#Live Big Joanie + Fräulein @ L’Aéronef, Lille – 16/10/2023

En ce froid lundi soir, nous sommes allés nous réchauffer à l’Aéronef, histoire de prolonger le week-end. Au programme, un peu de douceur, non sans revendications, avec le duo Fräulein et les londoniennes de Big Joanie. Une soirée Club on ne peut plus « more women on stage » puisque 5 musiciens sur les 6 qui montent sur scène sont des femmes. Et celles-ci ont bien des choses à nous partager…

Report par Mégane Canis

English version below


Le club de l’Aéro est peu fréquenté lorsque le duo de Fräulein monte sur scène. Mais les deux musiciens ne nous en tiennent pas rigueur, prêts à nous présenter leur rock aux accents 90’s qui n’oublie pas d’être moderne. La composition du groupe est minimaliste avec Joni Samuels à la guitare et au chant, et Karsten von der Tol à la batterie. On découvre alors la voix de Joni, parfois suave, parfois plus rock, toujours puissante. Le schéma de leurs titres est globalement le même, avec un début tout en douceur, puis une montée en puissance progressive et un arrêt brut lorsque le morceau atteint son apothéose. Les variations vocales de Joni nous maintiennent dans une écoute attentive. On sent la complicité entre les deux protagonistes est flagrante, mais c’est bien Joni qui tient la scène, seule devant. Elle montre une prestance et une assurance impressionnantes et sans artifices. On admire la prestation vocale qui ne devient jamais une démonstration. Elle va marquer une pause, laissant Karsten seul pour un solo de batterie, étonnant sur ce type de concert. Cela lui laisse le temps de s’accorder sans temps mort sur ce court set. Lorsque Joni revient au micro, la reprise se fait tout en douceur. Les jeux de lumière, tout en finesse, parfois presque tamisés, valorisent comme il se doit la formation. Arrivant tout doucement vers la fin du set, on a le droit à un temps guitare batterie prenant des airs de bœuf maîtrisé. Pour le dernier morceau, « Big Cool », Joni nous invite à crier avec elle, à laisser la colère sortir. Ce titre nous offrira toute une gamme de cris, grave comme aigus, comme une  expression brute des émotions, sans pour autant donner un aspect désorganisé. La prestation est courte et nous tient tellement en haleine qu’on ne remarque qu’à la fin que la salle s’est considérablement remplie. Fräulein c’est simple sans être simpliste, ça sonne années 90’s tout en étant moderne, c’est puissant sans être démonstratif… Bref c’est tout le talent de deux musiciens humbles dans leur prestation particulièrement réussie.  

A peine le temps de croiser deux ou trois têtes connues dans la salle que Big Joanie entre sur scène. Stephanie Phillips nous cueille avec sa voix grave et envoûtante. On sent tout de suite le son profond du groupe, laissant une belle place à la basse. Pour la première date française de leur tournée, initialement prévue en février, les londoniennes nous offrent tout leur talent. Elles enchaînent rapidement sur « Happier Still » puis « Used to be friends ». Rien que sur ces deux titres on peut entendre un nombre incroyable d’influences de Big Joanie, entre le punk londonien, l’indie rock, le garage, parfois avec des accents presque jazzy. Ici encore, le groupe n’en fait pas des caisses, ça reste simple, tout en permettant à chacun d’exprimer sa personnalité au sein du groupe. Estella Adeyeri, à la basse, attire forcément l’œil par sa coupe de cheveux originale, mais aussi par sa façon de se mouvoir et son énergie sur scène. Celle-ci échangera d’ailleurs à l’occasion sa basse contre une guitare lorsque Stephanie, qui en plus de chanter est à la guitare, passe aux accessoires comme le tambourin ou les maracas. Le clavier apporte des envolées envoûtantes qui, associées à la voix, nous emmènent loin dans nos pensées. Stephanie joue et chante d’une façon presque nonchalante, comme si ça lui était inné, là où même avec des années d’entraînement et d’expérience peu lui arriverais à la cheville. Elle annonce justement l’avant dernier titre de ce set , « Confident Man », parlent d’hommes mauvais au lit, avec à la fois beaucoup d’humour et toujours cette sorte de nonchalance qui apporte finalement un cachet à la prestation. Ce titre ainsi que le suivant paraissent plus rythmés et entraînent davantage à se déhancher lascivement, tout en restant dans sa bulle. Cette annonce de fin après seulement 40 minutes de set sent le rappel, ce que le public ne manquera pas de faire. On est reparti pour deux titres, trop courts à notre goût ! On resterait bien encore un peu devant la voix profonde, au timbre particulier de Stephanie. On termine sur un message dénonçant les discriminations en tout genre, qui fait émerger un titre aux paroles profondes mais à la mélodie encourageante. Big Joanie se définit comme un groupe de black feminist sistah punk. C’est effectivement tout ça… et plus encore. La musique est belle, le message est grand… on ne peut qu’aimer !

Big Joanie Setlist L'Aéronef, Lille, France 2023

La soirée a été courte, avec seulement 30 minutes pour Fräulein et un peu moins d’une heure pour Big Joanie, mais cela nous a tout de même permis d’admirer tout le talent des deux formations. On ressort heureux d’avoir vu autant de femmes charismatiques, passionnantes et passionnées sur scène, ce qui reste malheureusement trop rare. Que ce soit Fräulein ou Big Joanie, leur musique se démarque par leur fausse simplicité, et par la non prétention de musicien.nes pourtant plus que confirmé.es. Espérons les revoir bientôt dans nos contrées !

Un grand merci à Danièle pour l’accréditation et à l’Aéronef pour l’organisation de cette soirée et pour l’accueil toujours au top!


On this chilly Monday evening, we went to warm up at the Aéronef to extend the weekend. On the programme: a bit of softness, not without demands, with the duo Fräulein and the Londoners of Big Joanie. This Club night could not be more « more women on stage », with 5 of the 6 musicians taking to the stage being women. And they’ve got a lot to share with us…

Review by Mégane Canis

The Aéro club is not very busy when the Fräulein duo take to the stage. But the two musicians don’t hold it against them, ready to present their 90s rock with a modern twist. The band’s line-up is minimalist, with Joni Samuels on guitar and vocals, and Karsten von der Tol on drums. Joni‘s voice is sometimes smooth, sometimes rockier, but always powerful. The pattern of their tracks is broadly the same, with a gentle start, then a gradual build-up to a powerful climax, and a hard stop when the song reaches its climax. Joni‘s vocal variations keep us listening intently. There’s a clear sense of complicity between the two protagonists, but it’s Joni who takes the stage, alone in front. Her presence and assurance are impressive and unaffected. We admire her vocal performance, which never becomes a demonstration. She took a break, leaving Karsten alone to play a drum solo, which was surprising on this type of concert. This gives her the time she needs to get on with her short set. When Joni returns to the microphone, the restart is very smooth. The subtle, almost subdued lighting effects do justice to the band. As the set slowly drew to a close, the guitar and drums took on the air of a controlled jam session. For the final track, ‘Big Cool’, Joni invites us to shout along with her, to let our anger out. This track offers us a whole range of screams, low and high, like a raw expression of emotions, without sounding disorganised. It’s a short performance that keeps you on the edge of your seat, so much so that you don’t notice until the end that the room has filled up considerably. Fräulein‘s music is simple without being simplistic, it sounds 90’s yet modern, it’s powerful without being demonstrative… In short, it’s all the talent of two humble musicians in a particularly successful performance.

Barely enough time to bump into two or three familiar faces in the room before Big Joanie takes to the stage. Stephanie Phillips takes us by surprise with her deep, haunting voice. You can immediately feel the band’s deep sound, with plenty of room for the bass. For the first French date of their tour, initially scheduled for February, the Londoners show us all their talent. They quickly moved on to ‘Happier Still’ and then ‘Used to be friends’. On these two tracks alone you can hear an incredible number of Big Joanie‘s influences, from London punk to indie rock and garage, sometimes with almost jazzy overtones. Once again, the band doesn’t overdo it, keeping things simple while allowing each member to express his or her own personality. Estella Adeyeri, on bass, catches the eye with her original haircut, but also with the way she moves and her energy on stage. In fact, she occasionally swaps her bass for a guitar when Stephanie, who not only sings but also plays guitar, switches to accessories such as tambourines and maracas. The keyboard provides a spellbinding backdrop that, combined with the vocals, takes us far away into our thoughts. Stephanie plays and sings in an almost nonchalant way, as if she was born with it, where even with years of training and experience few could match her. She announces the penultimate track of the set, ‘Confident Man’, a song about bad men in bed, with a great deal of humour and a kind of nonchalance that adds a certain cachet to the performance. This track and the following one seem to have more rhythm and encourage you to sway your hips lasciviously, while remaining in your own bubble. This announcement of the end of the set after just 40 minutes smacks of an encore, which the audience will certainly want to hear. We were back for two more tracks, too short for our liking! We’d love to stay a little longer in front of Stephanie‘s deep, distinctive voice. We end on a message denouncing discrimination of all kinds, which brings out a track with deep lyrics but an encouraging melody. Big Joanie describe themselves as a black feminist sistah punk band. It is indeed all that… and more. The music is beautiful, the message is great… you can’t go wrong!

Big Joanie Setlist L'Aéronef, Lille, France 2023

It was a short evening, with only 30 minutes for Fräulein and just under an hour for Big Joanie, but it still allowed us to admire the talent of both groups. We came away happy to have seen so many charismatic, exciting and passionate women on stage, which is unfortunately all too rare. Whether it’s Fräulein or Big Joanie, their music stands out for its false simplicity, and for the unpretentiousness of musicians who are more than experienced. Let’s hope we see them back in our shores soon!

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