En début de mois, nous vous parlions de Heal, le nouvel album des français de No Terror In The Bang, qui nous a largement conquis. Il est temps de retrouver Etienne Cochin (guitare), Alexis Damien (batterie) et Sofia Bortoluzzi (chant) pour parler un peu plus en détails de cette nouvelle sortie, de leurs envies de composition, de leur projets et de leurs derniers coups de cœur musicaux.
Interview par Victor BRUNERIE
English version below
Crédit photo : Aurélien Cardot
Victor: Votre album Eclosion est sorti en 2021, quels retours avez-vous eu sur cette sortie, et que vous a t-elle apportée en tant que groupe?
Alexis : Les retours sur Eclosion ont été vraiment positifs, que ce soit de la part de la presse ou du public, et nous ont permis de prendre confiance. Nous avons réussi à poser quelques bases, ou disons une première réflexion sur ce sous-genre du métal que serait le cinematic metal. J’aime beaucoup cette démarche de recherche, de contribution. Un titre s’est détaché : “Another kind of violence”. Nous avons pu rencontrer et échanger avec notre public. Nous apprenons, et progressons donc ensemble.
Etienne : La sortie d’un album pour un groupe c’est toujours un gros événement. Nous étions impatient de le faire découvrir. Mais on savait aussi qu’on ne s’arrêterait pas là, on avait encore plein de choses à dire.
Victor: Heal arrive presque deux ans après ce premier album, comment voyez vous l’évolution du groupe et de votre son entre les deux albums?
Etienne : Le premier album a été construit en grande partie par Sofia et Alexis. Ils nous ont proposé de rejoindre l’aventure avec un produit presque déjà fini. Pour le deuxième album on a voulu le faire à six. Nous avons dû apprendre à travailler ensemble. Ça a créé peut être plus de débat mais ça nous a permis de savoir ce que nous voulions ou ce que nous ne voulions pas faire et de créer un album plein de réflexion dans lequel chacun d’entre nous peut se reconnaître.
Alexis : Heal est une continuité, c’est le tome II. Si vous l’avez apprécié, je ne peux que vous inviter à écouter le premier volet bien entendu, on peut imaginer nos disques comme une série, c’est une longue histoire…En terme de noirceur, je pense que l’on s’enfonce petit à petit dans des sables mouvants insondables…
Victor: A l’écoute de l’album on sent vraiment l’envie de dépeindre un monde dans chaque titre, d’où vous vient cette envie de rendre votre musique aussi cinématographique?
Alexis : Cela vient probablement du fait que depuis enfant je suis sujet aux rêves éveillés. Quand j’écoute une musique qui me plait je suis téléporté. Adolescent ou enfant, je partais littéralement. D’autre part, j’aime le cinéma depuis l’enfance, pour des raisons familiales. J’aime aussi la musique de film, la musique classique. L’alliance de ces trois paramètres ont sans doute créé une partie de notre ADN.
Victor : La pochette ressemble à un ensemble de corps entremêlés. Quel lien faites-vous entre le titre de l’album et cette pochette?
Alexis : Eclosion était une introspection, le début, une graine. Heal est une explosion, un cri primal. Les deux pochettes ont été réalisées par Louise Dumont, une artiste française. C’est effectivement une série d’autoportraits qui peuvent illustrer la concentration, la fusion puis l’éclatement, l’énergie primitive…
Sofia : Cette pochette est très puissante. Elle peut s’interpréter de différentes façons. On peut y voir à la fois la lutte, ou au contraire une image de solidarité, d’étreinte. On y voit du mouvement bien qu’il y ait un côté “statue” qui prône. Des émotions paradoxales, à l’image de notre musique.
Victor : Votre musique s’ancre dans le prog métal mais avec une envie de se démarquer avec des variations stylistiques fortes. Vers quoi avez-vous eu envie d’aller avec ce nouvel album en termes de sonorités?
Alexis : Pour ceux qui n’auraient pas encore écouté, on est très loin du métal prog démonstratif, il n’y a d’ailleurs aucun solos. C’est effectivement progressif dans le sens où il n’y a pas de formes couplet-refrain systématiques, et où les formes peuvent être labyrinthiques. Mais sans complications extrêmes non plus, on essaie de rester narratifs et compréhensibles. Certains morceaux ont même des refrains comme “Heal” ou “King with no crown”, ou encore un riff emblématique et guerrier, comme dans “Warrior”, pensé comme un hymne.
Victor : Quelles sont les thématiques principales que vous avez voulu traiter dans Heal?
Sofia : Le thème principal est celui du combat au sens large. Il traite de sujets très sérieux plus ou moins explicites avec pour volonté de mettre en avant l’importance de la gratification de l’accomplissement personnel après un chemin périlleux dans un univers hostile.
Victor : Vous allez bientôt reprendre le chemin de la scène avec une date avec Mass Hysteria ainsi que votre release party à La Boule Noire de Paris fin mars. Qu’est ce que votre public peut attendre de ces concerts, et qu’en attendez-vous de votre côté?
Alexis : J’aimerais beaucoup pouvoir rencontrer et échanger avec un nouveau public, car cela donne beaucoup de force. Nous allons jouer un mix entre les deux premiers albums. En première partie, c’est assez resserré, les morceaux les plus énergiques. Sur un concert plus long, il y aura la quasi totalité de Heal, agrémenté des meilleurs de Eclosion.
Victor : Quels retours avez-vous eu sur les premiers titres sortis de ce nouvel album?
Sofia : Nous avons énormément de retours positifs, je pense que beaucoup de gens ont été agréablement surpris. Ces titres et tout le reste de l’album ont été extrêmement bien reçus et nous en sommes très reconnaissants.
Alexis : Visiblement l’album fait plus parler de lui, les streams et commentaires sont plus nombreux, la presse et les gens sont plus enthousiastes et ont apprécié je pense la grande sincérité de notre démarche et de nos compositions. Le côté ludique, multi-couches, musique à trésors, revient souvent…C’est effectivement un album qui s’écoute plusieurs fois, ça c’est certain.
Victor: Quels sont vos projets pour le reste de 2024?
Alexis : Nous allons travailler sur du visuel, des projections, afin de pouvoir proposer dans les salles qui le peuvent, une ambiance encore plus cinématographique et immersive, mais cela n’est pas évident partout, c’est donc en réflexion. Mais d’abord il y a la phase promo qui prend du temps, la sortie imminente du clip, des séances photos supplémentaires, des répétitions, des concerts, etc. On réfléchit déjà un peu à la suite, mais il faut savoir se poser un peu aussi !
Victor : Pour terminer, sur notre site nous souhaitons mettre en avant les artistes qui nous font vibrer et en particulier ceux de la scène française. De votre côté quels artistes vous ont fait vibrer dans les derniers mois?
Sofia : J’ai découvert tellement d’artistes ces derniers mois comme Mitski, Lola Young, The Neighbourhood ou encore Loathe mais je réécoute pas mal de vieux classiques tels que Muse, Massive Attack, Portishead…
Etienne : J’ai découvert seulement récemment Kadinja qui m’a vraiment bluffé. Et dans la même veine, mais cette fois ci Suisse, il y a Pollen. Deux groupes dans lesquels le travail rythmique est incroyable, les riffs sont super bien écrit et le son des guitares est inspirant.
Alexis : J’ai découvert Sleep Token qui fait un gros carton, et qui a un petit lien avec ce que l’on fait dans le sens où ils n’hésitent pas à mélanger des styles urbains avec du métal, dans une vibe très moderne, et je pense personnellement que le métal a besoin de continuer à se moderniser et à muter – chose qu’il a toujours fait. Certaines branches ont franchement déjà tout dit je trouve, comment aller plus loin que les références du thrash par exemple, ou du heavy metal ? Autant trouver des nuances différentes, des tons, des accents légèrement nouveaux ou métissés, cela donne une fraîcheur et un renouveau…Enfin cela n’est que mon idée.
Un grand merci à Pat’ et Klonosphere pour cette belle opportunité et à Alexis, Etienne et Sofia pour leur disponibilité et leurs réponses.
Earlier this month, we told you about Heal, the new album from French band No Terror In The Bang, which won us over. Now it’s time to catch up with Etienne Cochin (guitar), Alexis Damien (drums) and Sofia Sofia Bortoluzzi (vocals) to talk in a little more detail about this new release, their songwriting ambitions, their projects and their latest musical favourites.
Interview by Victor BRUNERIE
Victor: Your album Eclosion was released in 2021. What feedback have you had on this release, and what has it brought you as a band?
Alexis: The feedback we’ve had on Eclosion has been really positive, both from the press and the public, and it’s given us a lot of confidence. We’ve managed to lay a few foundations, or let’s say an initial reflection on this sub-genre of metal that cinematic metal would be. I really like this process of research and contribution. One title stood out: « Another kind of violence ». We’ve been able to meet and talk to our audience. So we’re learning and growing together.
Etienne: Releasing an album is always a big event for a band. We couldn’t wait to show it off. But we also knew that we wouldn’t stop there, we still had a lot of things to say.
Victor: Heal comes almost two years after the first album, how do you see the band and your sound evolving between the two albums?
Etienne: The first album was largely put together by Sofia and Alexis. They asked us to join the adventure with an almost finished product. For the second album, we wanted to do it with six people. We had to learn to work together. It may have created more debate, but it allowed us to know what we wanted to do and what we didn’t want to do, and to create an album full of reflection in which each of us can identify.
Alexis: Heal is a continuation, it’s volume II. If you enjoyed it, I can only invite you to listen to the first part, of course. You can imagine our albums as a series, it’s a long story… In terms of darkness, I think we’re gradually sinking into unfathomable quicksand…
Victor: Listening to the album, you can really feel the desire to depict a world in each track. Where does this desire to make your music so cinematic come from?
Alexis: It probably comes from the fact that ever since I was a child I’ve been prone to daydreams. When I listen to music I like, I’m transported. When I was a teenager or a child, I would literally go away. On the other hand, I’ve loved cinema since childhood, for family reasons. I also love film music and classical music. The combination of these three things has undoubtedly created part of our DNA.
Victor: The cover looks like a set of intertwined bodies. What link do you make between the title of the album and this cover?
Alexis: Eclosion was introspection, the beginning, a seed. Heal is an explosion, a primal scream. Both covers were designed by Louise Dumont, a French artist. It’s effectively a series of self-portraits that can illustrate concentration, fusion then explosion, primal energy…
Sofia: The cover is very powerful. It can be interpreted in different ways. You can see the struggle, or on the contrary an image of solidarity, of embrace. You can see movement, although there’s a « statue » side to it. Paradoxical emotions, just like our music.
Victor: Your music is rooted in prog metal, but with a desire to stand out with strong stylistic variations. Where did you want to go with this new album in terms of sound?
Alexis: For those who haven’t listened to it yet, it’s a long way from demonstrative prog metal – there are no solos, in fact. It is indeed progressive in the sense that there are no systematic verse-chorus forms, and the forms can be labyrinthine. But without extreme complications either, we try to remain narrative and understandable. Some tracks even have refrains, like « Heal » or « King with no crown », or an emblematic, warlike riff, like in « Warrior », which is conceived as an anthem.
Victor: What are the main themes you wanted to deal with in Heal?
Sofia: The main theme is combat in the broadest sense. It deals with very serious subjects of varying degrees of explicitness, with the aim of highlighting the importance of the gratification of personal achievement after a perilous journey in a hostile universe.
Victor: You’ll soon be back on stage opening for Mass Hysteria as well as your release party at La Boule Noire in Paris at the end of March. What can your fans expect from these concerts, and what do you expect from them?
Alexis: I’d love to be able to meet and talk to a new audience, because it’s a really powerful experience. We’re going to play a mix of our first two albums. For the opening act, it’s going to be pretty tight, with the most energetic tracks. In a longer concert, we’ll be playing almost all of Heal, with some of the best tracks from Eclosion thrown in.
Victor: What feedback have you had on the first tracks released from the new album?
Sofia: We’ve had a lot of positive feedback, and I think a lot of people have been pleasantly surprised. These tracks and the rest of the album have been extremely well received and we’re very grateful for that.
Alexis: The album’s obviously getting a lot more press, with more streams and more comments. The press and people are more enthusiastic and I think they appreciate the sincerity of our approach and our compositions. The playful, multi-layered, treasure trove aspect comes up a lot… It’s an album that can be listened to several times, that’s for sure.
Victor: What are your plans for the rest of 2024?
Alexis: We’re going to be working on visuals and projections, so that we can offer an even more cinematic and immersive atmosphere in cinemas where we can, but that’s not easy everywhere, so we’re still thinking about it. But first there’s the promotion phase, which takes time, the imminent release of the video, additional photo shoots, rehearsals, concerts and so on. We’re already thinking a bit about what’s next, but you have to be able to sit back a bit too!
Victor: Finally, on our website we’d like to highlight the artists who thrill us, particularly those from the French scene. What artists have you discovered in recent months?
Sofia: I’ve discovered so many new artists over the last few months, including Mitski, Lola Young, The Neighbourhood and Loathe, but I still listen to a lot of the old classics like Muse, Massive Attack and Portishead…
Etienne: I only recently discovered Kadinja, who really blew me away. And in the same vein, but this time from Switzerland, there’s Pollen. Both bands have incredible rhythmic work, superbly written riffs and inspiring guitar sounds.
Alexis: I discovered Sleep Token, who are a big hit, and who have a little link with what we’re doing in the sense that they don’t hesitate to mix urban styles with metal, in a very modern vibe, and I personally think that metal needs to continue to modernise and mutate – something it’s always done. Frankly, I think some branches have already said it all. How can you go further than the thrash or heavy metal references, for example? You might as well find different nuances, tones and accents that are slightly new or mixed, to give it a freshness and renewal… Well, that’s just my idea.
A lire aussi / Also to be read:
