Après un report de dernière minute pour cause de problème technique le 16 janvier dernier, nous pouvons enfin assister au concert de Soulwax à l’Aéronef ce 5 février. Il s’agit là de la dernière date de la tournée et elle affiche complet depuis déjà un moment, tout comme lors de leur dernier passage dans cette salle en 2017. Les frères DJ Stephen et David Dewaele ont invité Natasha et Movulango, deux artistes de leur label Deewee à ouvrir cette soirée.
Article par Mégane
Photos par Zo’
English version below
Avant même d’entendre la moindre note, nous sommes happés par l’installation déjà en place pour Soulwax. Pas moins de trois batteries, chacune sur un échafaudage, une vingtaine de spots partout sur la scène, et de grosses machines encore recouvertes sont installées devant nous. C’est parmi ce chantier que Natasha monte sur scène. Son installation est minimaliste et l’artiste Gantoise semble se frayer un chemin parmi tous ces éléments imposants afin de rejoindre son espace. Elle s’est créé un espèce de ring de bobines, qu’elle va démarrer afin de nous produire les premiers sons. C’est doux, délicat, et le mixage de son sifflement par-dessus nous emmène en voyage. On ne sait pas trop si on lévite sur un nuage ou si on flotte sur une grande étendue d’eau. Malheureusement on est bien vite ramené sur la terre ferme en raison des discussions nombreuses et fortes qui produisent un brouhaha peu supportable dans la salle (on vous passe les hurlements douteux en lien avec son prénom et le film Dikkenek …). Pour changer de titre, Natasha change les bandes de ses bobines, se mouvant avec délicatesse au sein de son espace confiné, semblant onduler comme ses bandes sonores. Entre le visuel à la fois minimaliste et rétro et le son envoûtant proposé, Natasha crée un univers bien à elle, un moment suspendu. Elle aurait peut-être bénéficié d’un meilleur accueil dans une configuration Club, avec un public plus attentif.
On a découvert une artiste venue nous présenter son univers assez conceptuel, travaillé et qualitatif. Malheureusement la configuration grande salle de l’Aéronef n’est pas l’idéal pour ce type de musique calme, aux installations minimalistes et appelant à la proximité pour observer le travail de l’artiste. Natasha est une artiste à suivre, et pourquoi pas à redécouvrir dans un cadre plus intimiste.
Sans transition aucune, Movulango enchaîne de l’autre côté de la scène. L’artiste est accompagné d’un acolyte co-mixeur mais également guitariste. Le grain de voix de Movulango est assez reconnaissable, à la fois fragile, assuré, doux et fort. Entre pop, électro aux accents modernes et expérimentaux, Movulango nous offre une prestation qui commence à dynamiser la salle. Le son plus fort couvre davantage les conversations. Les effets utilisés sur sa voix ou la guitare sont toujours maîtrisés, sans fioriture inutile. Tout est fait pour nous amener dans un univers qu’est le sien, et que l’on sent unique. Avec sa fourrure imposante sur la tête, il nous amène vaguement à penser au personnage emblématique de Jamiroquai. La musique de Movulango est d’ailleurs aussi colorée que son couvre-chef. Sa voix réchauffe la salle, et les passages plus électro commencent à faire bouger le public. Les lumières se font également plus imposantes. Le charisme de la formation arrive pendant un instant à nous faire oublier le décor massif et le fait qu’ils n’aient qu’un bout de scène pour s’exprimer. Leur temps est également limité, et après juste une demi-heure de set, Movulango cède sa place aux grands Soulwax.
Malgré un espace-temps scénique limité, Movulango a su nous transmettre l’essentiel de son univers, et nous distiller juste assez de ses créations pour nous donner envie d’aller en écouter davantage. On vous conseille vraiment sa discographie toute en douceur, et espérons que nous aussi en tant que public, avons convaincu cet artiste de revenir nous rendre visite.
Une vraie pause est marquée avant l’apparition de Soulwax sur scène. L’attente du public est palpable. Celui-ci est d’ailleurs constitué de très nombreux belges ayant fait le déplacement pour assister au show de leurs compatriotes. Les grosses machines mystérieuses nous sont enfin dévoilées pour découvrir des claviers surmontés d’immenses tables de mixage verticales. Les frères Stephen et David Dewaele sont en avant sur leurs tables, tandis que cinq autres musiciens prennent place sur cette majestueuse scène. Trois batteurs(ses), un bassiste/claviériste et une choriste/claviériste viennent donc accompagner les deux pointures de la musique. Dès les premières notes, le son nous assaille, puissant, massif, assuré. Le spectacle des trois batteurs(ses) sur leur échafaudage, jouant en complémentarité, est impressionnant. L’agilité de David et Stephen à jouer avec les sons l’est tout autant. De même, la fluidité avec laquelle les deux derniers protagonistes passent de la basse au clavier, aux chœurs, allant de l’arrière à l’avant de la scène, est déconcertante. Où que l’on regarde, on est subjugué par ce que l’on voit. Musicalement, Soulwax est un groupe unique. Leurs différents sold out sont entièrement mérités tant la prestation n’est pas copiable. Le son est d’une propreté remarquable, la rythmique est carrée et d’une précision à faire pâlir un métronome. Tout est millimétré, on sent que les compositeurs ont réellement intellectualisé leur musique, et pourtant chaque titre dégage une énergie brute et authentique qui embarque le public. Au thème très reconnaissable de « Missing Wires », les spectateurs exultent, et la version live conquis l’assemblée. A l’instar de ce titre, on reconnaît un certain nombre de titres de l’album From Deewee de 2017 comme « Here Come Men In Suits », « Is It Always Binary » ou « Do you Want To Get In Trouble ». Tel un DJ set, les morceaux s’enchaînent avec des transitions totalement maîtrisées. Les fans plus anciens peuvent également être conquis par les titres électro de Nite Versions, sorti lui en 2005 et ayant eu droit à une réédition en 2020 avec les excellents et ambiançant « E Talking », « Krack » ou « Miserable Girl ». Soulwax fait mouche à chaque note, et la voix de Stephen vient se greffer à merveille, dans un équilibre subtil, sur les compositions des DJ. Après plus d’une heure de show passant à une vitesse folle, le groupe quitte la scène avant d’y revenir pour nous interpréter les trois derniers titres de cette tournée. Et même si on redemande toujours plus, on finit par se résigner à la fin de cette prestation incroyable et unique.
Le duo Soulwax nous a encore démontré son statut d’orfèvre de la composition et du live. Tout ce que l’on connaît de la musique est décomposée puis recomposée pour former un son unique. Le visuel est tout autant travaillé et impressionnant. La cohésion et la précision de l’ensemble des musiciens ce soir nous a tous subjugués et nous a permis de voyager durant 1h30 au sein de la galaxie Soulwax. Alors, on se voit à leur prochain passage ?
Un grand merci à Danièle pour les accréditations et à l’Aéronef pour l’organisation de cette soirée ainsi que pour l’accueil toujours parfait!
After a last-minute postponement due to technical problems on the 16th of January, Soulwax will finally be performing at l’Aéronef on this 5th of February. This is the last date of the tour, and it’s been sold out for a while now, just like their last visit to this venue in 2017. DJ brothers Stephen and David Dewaele have invited Natasha and Movulango, two artists from their Deewee label, to open the evening.
Review by Mégane
Pictures by Zo’
Even before we heard a single note, we were drawn in by the set-up already in place for Soulwax. No less than three drum sets, each on a scaffold, twenty or so spotlights all over the stage, and large machines still covered up are set up in front of us. Natasha took to the stage amidst all this construction. Her installation is minimalist, and the artist from Ghent seems to be making her way through all these imposing elements to reach her space. She has created a sort of ring of reels, which she will start up to produce the first sounds. It’s soft and delicate, and the mix of her whistling over it takes us on a journey. You’re not sure whether you’re levitating on a cloud or floating on a large body of water. Unfortunately, we’re soon brought back down to earth by the loud chatter, which makes for an unbearable hubbub in the room (we’ll skip the dubious screams about her first name and the film Dikkenek…). To change the title, Natasha changes the tapes on her reels, moving delicately within her confined space, seeming to undulate like her soundtracks. Between the minimalist, retro visuals and the haunting sound, Natasha creates a world all her own, a suspended moment. Perhaps she would have been better received in a club setting, with a more attentive audience.
We discovered an artist who had come to present us with her rather conceptual, elaborate and qualitative universe. Unfortunately, the Aeronef’s large venue isn’t ideal for this kind of calm music, with its minimalist installations and its need to get up close and personal to observe the artist’s work. Natasha is an artist to keep an eye on, and why not rediscover her in a more intimate setting?
Without a moment’s hesitation, Movulango took to the other side of the stage. The artist is accompanied by a co-mixer and guitarist. Movulango‘s voice is quite recognisable, at once fragile, confident, soft and strong. Somewhere between pop and electro with modern and experimental overtones, Movulango’s performance is beginning to energise the room. The louder sound covered more of the conversations. The effects used on his voice and guitar were always controlled, with no unnecessary frills. Everything is done to bring us into his own unique world. With his imposing fur on his head, he vaguely reminds us of Jamiroquai‘s emblematic character. Movulango‘s music is as colourful as his headgear. His voice warms up the room, and the more electro passages start to get the audience moving. The lights also become more imposing. For a moment, the band’s charisma managed to make us forget the massive set and the fact that they only had one end of the stage to express themselves. Their time is also limited, and after just half an hour’s set, Movulango give way to the great Soulwax.
Despite limited stage space, Movulango managed to convey the essence of his universe, and distil just enough of his creations to make us want to listen to more. We really recommend his gentle discography, and hope that we too, as an audience, have convinced this artist to come back and pay us a visit.
There’s a real break before Soulwax take to the stage. The audience’s anticipation was palpable. Many Belgians had made the trip to see their compatriots. The big, mysterious machines are finally unveiled, revealing keyboards topped by huge vertical mixing desks. Brothers Stephen and David Dewaele take centre stage on their desks, while five other musicians take their places on the majestic stage. Three drummers, a bassist/keyboardist and a backing singer/keyboardist accompany the two musical heavyweights. From the very first notes, the sound is overwhelming, powerful, massive and assured. The sight of the three drummers on their scaffolding, playing in perfect harmony, is impressive. David and Stephen’s agility in playing with sound is equally impressive. Likewise, the fluidity with which the last two protagonists move from bass to keyboard to backing vocals, from the back to the front of the stage, is disconcerting. Wherever you look, you’re transfixed by what you see. Musically, Soulwax are a unique band. Their various sell-outs are fully deserved, given the unrivalled quality of their performance. The sound is remarkably clean, the rhythmic pattern is tight, and the precision would make a metronome pale. Everything is meticulous, and you get the feeling that the composers have really intellectualised their music, yet each track exudes a raw, authentic energy that sweeps the audience along. The very recognisable theme of ‘Missing Wires’ had the audience going wild, and the live version won over the crowd. Just like this track, there are a number of tracks from the 2017 album From Deewee, including « Here Come Men In Suits », « Is It Always Binary » and « Do You Want To Get In Trouble ». Like a DJ set, the tracks follow on from each other with totally controlled transitions. Older fans may also be won over by the electro tracks on Nite Versions, released in 2005 and reissued in 2020 with the excellent, ambient ‘E Talking’, ‘Krack’ and ‘Miserable Girl’. Soulwax hit the nail on the head with every note, and Stephen‘s vocals were the perfect balance to the DJs’ compositions. After more than an hour of fast-paced entertainment, the band leave the stage before returning to perform the last three songs of their tour. And even though we kept coming back for more, we finally gave in at the end of this incredible and unique performance.
The Soulwax duo have once again demonstrated their status as master composers and live performers. Everything we know about music is broken down and recomposed to form a unique sound. The visuals are just as impressive. The cohesion and precision of all the musicians this evening had us all spellbound, taking us on a 1.5-hour journey through the Soulwax galaxy. So, we’ll see you next time they play?


