#Live : Sólstafir + Oranssi Pazuzu + Hamferð @ Le Splendid, Lille – 19/11/2024

Comme prémisse à la froideur de l’hiver, les pays nordiques viennent abattre leur son au Splendid ce 19 novembre 2024. Les islandais de Sólstafir en tête, ils nous ramènent les finlandais de Oranssi Pazuzu ainsi que les féroïens de Hamferð. Une affiche riche en sonorités originales qui viennent faire de cette soirée organisée par A Gauche de La Lune, un moment d’exception. 

Article par Mégane

Photos par Marye DAVENNE

English version below


Les portes ouvrent particulièrement tôt ce soir, laissant peu de temps aux spectateurs pour affronter les bouchons lillois. Les féroïens de Hamferð ouvrent le bal, démarrant la soirée à 19h pétantes. Les rangs sont encore clairsemés mais se rempliront au fur et à mesure de la prestation. L’entrée en scène est solennelle, et le concert démarre tout en douceur. La prestation monte en puissance, faisant apparaître le chant growlé de Jón Aldará. Il est majestueux et posé. Remi Kofoed Johannesen fait s’emballer le rythme derrière ses fûts, sur des guitares mélodiques et envoûtantes. Le coffre de Jón Aldará semble contenir une multitude de voix, que ce soit de tête, claire, growlée… Il passe de l’une à l’autre, nous faisant voyager au sein de multiples univers. Toujours très doom musicalement, la langue des îles Féroé, le féroïen, inconnue à nos oreilles, nous transporte dans une dimension épique. La basse de Ísak Petersen résonne fort pour donner toute l’ampleur nécessaire aux longs titres. Certains jouent davantage sur un registre sombre, avec une dimension black metal dans les sonorités. Hamferð joue peu de titres, étant en première partie, avec des morceaux d’une belle longueur, mais arrive à nous donner envie de se plonger davantage dans cet univers. Les applaudissements nourris en fin de set témoignent de la qualité de la prestation. 

Hamferð @ Le Splendid, Lille – 19/11/2024

Après un court interlude, la scène est prête à accueillir Oranssi Pazuzu. Les finlandais sont un peu les ovnis de la soirée, et nous attendons avec hâte de les découvrir sur scène. La lumière s’éteint et nous sommes plongés dans une atmosphère angoissante en guise d’introduction. Dès les premières secondes, on se retrouve en transe avec le groupe. Les claviers puissants avec loopers nous emmènent dans une dimension parallèle. Le chant black metal apporte une lourde profondeur aux titres. On ne sait pas exactement où les titres commencent et terminent, le son ne s’arrêtant jamais. Durant les 35 premières minutes de set, on est totalement plongés dans l’univers sombre, psychédélique et expérimental de Oranssi Pazuzu, sans pause. Le groupe détonne dans ses sonorités. C’est clairement le type de concert dans lequel on rentre directement ou qui laisse en dehors durant tout le set. Et même au sein du média, la rédaction est divisée. On est dans le 100% subjectif sur ce type de musique qui en déconcerte plus d’un. Sur scène, il se passe des choses absolument partout. L’ensemble donne un aspect vraiment collectif. Un immense clavier prend une grande place, autant sur scène que dans l’ensemble musical. Le guitariste passe également par moments sur un deuxième clavier, tandis que le bassiste ajoute également sa touche sur un troisième clavier. Des éléments répétitifs composent la majeure partie de chaque titre, comme une signature. Oranssi Pazuzu est vraiment à vivre en live, pour ressentir les vibrations importantes que nous envoie le groupe. Les gestuelles de Juho « Jun-His » Vanhanen (chant) sont énigmatiques et nous content une histoire. Entre sons sous-marins et robotiques, Oranssi Pazuzu nous emmène dans un environnement musical et visuel dystopique. Le groupe joue avec les rythmes, tantôt lents, tantôt complètement hallucinants. Le set se termine après environ une heure, qui de mon côté m’a complètement subjuguée, ne voyant pas le temps passer. Oranssi Pazuzu est un groupe comme nul autre, qui fascine par sa complexité et son mélange de sonorités inédit. 

Oranssi Pazuzu @ Le Splendid, Lille – 19/11/2024

Quelques personnes restées dans le fond jusque là se pressent à l’avant de cette ancienne salle de cinéma pour être au plus proche de Sólstafir. Le public est clairement venu pour eux, et tape des mains, trépignant d’impatience, pendant l’introduction. Le backdrop majestueux nous plonge déjà dans l’univers du groupe. Pour le reste, Sólstafir a la scène la plus épurée de la soirée. Aðalbjörn « Addi » Tryggvason (chant, guitare) profite de l’ouverture instrumentale pour venir à l’avant de la scène, comme pour saluer son public, n’oubliant aucun côté de la salle. Après ce petit temps d’accueil avec le groupe sur “78 Days in the Desert”, les premières notes de “Silfur Refur” résonnent tandis que la voix perce. Malheureusement, le son dans la salle est de piètre qualité et nous empêche d’être totalement plongé dans ce titre magnifique. La voix est faible, et les chœurs censés être discrets, nous explosent les tympans. De manière générale, l’équilibre n’y est pas. Heureusement, le son va s’améliorer et nous permettre de profiter davantage des compositions du groupe. Les longues parties instrumentales et la durée des titres sont une invitation à prendre son temps, à se poser.  Les musiciens bougent sur scène, échangeant leur place, dans un mouvement quasi permanent mais tranquille. Le jeu de basse de Svavar « Svabbi » Austmann est impressionnant et rapide, tandis que celui-ci montre une attitude de facilité déconcertante. Aðalbjörn « Addi » Tryggvason vit ses titres, et son visage se tord en une multitude de mimiques. Il semble également parfois fusionner avec sa guitare. Sólstafir vient ce soir nous présenter son nouvel album Hin Helga Kvöl, sorti le 8 novembre. On y découvre notamment “Hùn Andar”, titre d’ouverture, à la fois rythmé et mélodique, entre rock et post. L’univers de Sólstafir lui est propre, entre froideur, émotions, langue islandaise… Lorsque “Fjara” résonne dans la salle, on a juste envie de fermer les yeux et de s’évader. C’est une sensation entre douceur et souffrance qui prend aux tripes, dans la même veine que le titre précédent.”Hin Helga Kvöl” contient des éléments un peu plus agressifs, avec un son massif et puissant, et même quelques blast. Sólstafir nous gratifie de “Ritual of Fire” et ses presque 15 minutes de communion avec le groupe, laissant une place pour un petit solo de basse. “Otta” fait baisser notre rythme dans un moment suspendu, qui nous transporte dans une autre dimension. La puissance de ce titre est incroyable, et le live lui permet d’exprimer toute sa splendeur. On termine avec “Goddess of the Ages” durant lequel Aðalbjörn « Addi » Tryggvason lâche sa guitare et monte debout en équilibre sur les crash barrières, soutenu par les mains du public. Il les arpente sur toute leur longueur, saluant ainsi tout l’avant de la salle. Puis il remonte et reprend sa guitare et son micro comme si de rien était. On quitte Sólstafir , acclamé, sur cette impression de groupe authentique, généreux et dans le partage. 

Sólstafir @ Le Splendid, Lille – 19/11/2024

La soirée aura été riche en personnalités sonores fortes. Les univers musicaux des trois groupes sont uniques, et les voir réunis sur cette affiche a été une expérience exceptionnelle. Les prestations ont été à la hauteur de cette belle soirée aux accents nordiques, nous envoutant ou nous transcendant, au gré des mélodies. 

Un grand merci à Victor pour les accréditations, à A Gauche de la Lune pour l’organisation de cette belle soirée et au Splendid de Lille pour l’accueil.


As a prelude to the chill of winter, the Nordic countries will be bringing their sound to the Splendid on 19 November 2024. With Iceland’s Sólstafir leading the way, they’ll be joined by Finland’s Oranssi Pazuzu and the Faroes’ Hamferð. A line-up packed with original sounds to make this evening organised by A Gauche de La Lune an exceptional one.

Review by Mégane

Pictures by Marye DAVENNE

The doors open particularly early this evening, leaving spectators little time to brave the Lille traffic jams. The Faroese band Hamferð get the ball rolling, kicking off the evening at 7pm sharp. The crowd is still sparse, but fills up as the show progresses. The entrance to the stage is solemn, and the concert gets off to a gentle start. The performance builds in power, bringing out Jón Aldará‘s growled vocals. It’s majestic and calm. Remi Kofoed Johannesen revs up the rhythm behind his drums, with melodic, haunting guitars. Jón Aldará ‘s chest seems to contain a multitude of voices, whether lead, clear or growled… He moves from one to another, taking us on a journey through multiple universes. Still very doomy musically, the Faroese language, Faroese, unknown to our ears, transports us into an epic dimension. Ísak Petersen ‘s bass resonates loudly to give the long tracks all the scope they need. Some of the tracks are darker in tone, with a black metal dimension. Hamferð don’t play too many tracks, as they’re the opening act, and their songs are quite long, but they manage to make us want to immerse ourselves further in this universe. The rapturous applause at the end of the set testifies to the quality of the performance.

After a short interlude, the stage is set for Oranssi Pazuzu. The Finnish band are something of a UFO for the evening, and we can’t wait to see them live on stage. The lights go down and we’re plunged into an eerie atmosphere by way of introduction. From the very first seconds, you find yourself in a trance with the band. The powerful keyboards and loops take us into a parallel dimension. The black metal vocals add a heavy depth to the tracks. You don’t know exactly where the tracks begin and end, as the sound never stops. For the first 35 minutes of their set, you’re totally immersed in Oranssi Pazuzu‘s dark, psychedelic and experimental universe, without a break. The band’s sound is out of this world. It’s clearly the kind of concert that you can either get straight into or stay out of for the whole set. And even within the media, the editorial team is divided. We’re 100% subjective about this type of music, which is disconcerting to many. On stage, things are happening absolutely everywhere. The whole thing has a really collective feel to it. A huge keyboard takes up a lot of space, both on stage and in the musical ensemble. The guitarist also switches to a second keyboard at times, while the bassist also adds his touch on a third keyboard. Repetitive elements make up the majority of each track, like a signature. Oranssi Pazuzu is truly something to be experienced live, to feel the strong vibrations that the band sends out. The gestures of Juho ‘Jun-His’ Vanhanen (vocals) are enigmatic and tell a story. Between underwater and robotic sounds, Oranssi Pazuzu takes us into a dystopian musical and visual environment. The group plays with rhythms, sometimes slow, sometimes completely hallucinatory. The set came to an end after about an hour, and I was completely captivated, never seeing the time go by. Oranssi Pazuzu is a band like no other, fascinating you with its complexity and unique blend of sounds.

A few people who had stayed in the back until then crowd to the front of this former cinema to get as close as possible to Sólstafir. The audience have clearly come for them, and clap their hands impatiently during the introduction. The majestic backdrop already immerses us in the band’s universe. As for the rest, Sólstafir have the most uncluttered set of the evening. Aðalbjörn ‘Addi’ Tryggvason (vocals, guitar) takes advantage of the instrumental opening to come to the front of the stage, as if to greet his audience, never forgetting any side of the room. After a short welcome with the band on ‘78 Days in the Desert’, the first notes of ‘Silfur Refur’ sound and the vocals break through. Unfortunately, the sound in the venue is of poor quality and prevents us from being fully immersed in this magnificent track. The vocals are weak, and the backing vocals, which are supposed to be discreet, burst our eardrums. Generally speaking, the balance isn’t there. Fortunately, the sound is about to improve, allowing us to enjoy the band’s compositions more. The long instrumental parts and the length of the tracks are an invitation to take your time, to settle down. The musicians move around the stage, exchanging places in a quasi-permanent but tranquil movement. Svavar ‘Svabbi’ Austmann ‘s bass playing is impressive and fast, while he displays an attitude of disconcerting ease. Aðalbjörn ‘Addi’ Tryggvason lives his tracks, and his face twists into a multitude of mimics. He also seems to merge with his guitar at times. Tonight,Sólstafir present their new album Hin Helga Kvöl, released on 8 November. The opening track, ‘Hùn Andar’, is both rhythmic and melodic, somewhere between rock and post. Sólstafir ‘s universe is all its own, with a mix of coldness, emotion and the Icelandic language… When “Fjara” rings out in the room, you just want to close your eyes and escape. Hin Helga Kvöl’ contains slightly more aggressive elements, with a massive, powerful sound and even a few blasts. Sólstafir treat us to ‘Ritual of Fire’ and its almost 15 minutes of communion with the band, leaving room for a little bass solo. ‘Otta’ brings the tempo down in a suspended moment, transporting us into another dimension. The power of this track is incredible, and the live setting allows it to express all its splendour. We finish with ‘Goddess of the Ages’, during which Aðalbjörn ‘Addi’ Tryggvason drops his guitar and balances on the crash barriers, supported by the hands of the audience. He walks the entire length of the crash barriers, waving to the front of the room. Then he climbs back up and picks up his guitar and microphone as if nothing had happened. We leave Sólstafir , cheered, with the impression of a genuine, generous and sharing band.

The evening was rich in strong sonic personalities. The musical worlds of the three groups are unique, and to see them together on this bill was an exceptional experience. The performances matched the Nordic flavour of the evening, bewitching or transcending us as the melodies flowed.

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