Dans le cadre de sa dix-neuvième édition, le festival les Nuits de l’Alligator, événement de référence pour les amateurs de blues et de ses dérivés, se déroule dans seize salles à travers la France. Après un passage le 22 janvier à Tourcoing, c’est au tour de Lille d’être le théâtre d’un événement d’envergure avec le passage de Christone « KINGFISH » Ingram, bluesman de vingt-six ans qui a fait ses preuves, notamment en 2022 en recevant un Grammy Award, incarnant l’essence même du blues du Mississippi. Nous nous sommes donc rendu le 3 février dernier à l’Aéronef avec une grande impatience pour assister à la performance de Kingfish et des Alsaciens de Dirty Deep.
Article et photos par JB
English version below
Après leur passage dans notre ville en 2020, marqué par l’annulation de leur concert en raison de la crise sanitaire, le groupe de trois musiciens alsaciens Dirty Deep revient pour ce festival. Avec un album, Trompe L’oeil, ainsi qu’un EP, Rust on My Knees, sortis en 2023 et 2024 respectivement, dans la poche, le style heavy blues de Dirty Deep rappelle celui de John the Conqueror, ou de James Leg, qui figure sur l’album. Le groupe s’est forgé une identité forte, comme en témoigne la présence d’une caisse de Jack Daniels pour le repose-pied du guitariste et d’une estrade pour le batteur, qui met en valeur chaque membre de la formation. Le groupe, qui m’était alors inconnu, a su mettre en valeur sa discographie et susciter ma curiosité, révélant qu’elle avait assuré les premières parties de Johnny Hallyday et Santana dans les années 2010. Avec cette expérience, on perçoit immédiatement l’alchimie entre les trois musiciens originaires de Strasbourg, qui s’épanouissent dans leur interaction et l’espace qui leur est laissé pour s’exprimer. Les solos de guitare, de basse et de batterie, ainsi que les riffs de Louisiane, ont créé une atmosphère énergique qui a permis à Dirty Deep de chauffer le public et de préparer l’arrivée de Kingfish.
Christone « KingFish » Ingram, originaire de Clarksdale, fait son entrée sur scène sous les applaudissements. Accompagné de ses musiciens, à savoir un bassiste, un batteur et un claviériste, il présente un style musical distinct du blues traditionnel. En effet, l’artiste, qui a grandi dans une famille biberonné au gospel et qui s’inspire fortement de la soul, propose une musique empreinte d’émotion et marquée par l’influence de Muddy Waters. Âgé de seulement vingt-six ans, il s’impose déjà comme une figure majeure du blues à l’échelle internationale, rivalisant avec des talents établis comme Gary Clark Jr., bien que dans un registre différent. Ses compositions, telles que “Midnight Heat”, révèlent une expertise technique remarquable, un tempo impeccable de la main droite, et une utilisation subtile de la wah-wah qui évoque les grandes heures d’Hendrix. Ses solos, empreints de justesse et d’originalité, témoignent d’une belle maîtrise technique. En outre, Kingfish fait preuve d’un attrait dans l’art de la composition, en laissant une place suffisante au silence, en sachant quand jouer et quand faire durer sa note, sans artifice superflu. Contrairement au trio précédent, qui prenait une part importante de la scène, la représentation met en lumière deux membres clés du quatuor : Kingfish, bien sûr, mais aussi le talentueux claviériste qui a bénéficié d’un solo pour démontrer encore davantage son talent lors de cette soirée. Les morceaux se succèdent, et le public, nombreux, se déchaîne. L’Aéronef se remplit et se termine en apothéose avec un « Long Distance Woman » qui fait l’unanimité. KingFish prouve ainsi son statut de patron du blues actuel, et convainc même les derniers sceptiques s’il en restait.
Les deux groupes venus dans le cadre du festival Les Nuits de l’Alligator nous ont apporté la chaleur du Mississippi pendant ces quelques heures de show avant de retourner à la réalité lilloise dès la sortie de scène. C’est avec énormément de joie que nous sortons de la salle avec encore une fois un grand plaisir de venir à L’Aéronef qui nous permet de pouvoir expérimenter des artistes comme Kingfish. Une chose est sûre, le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, ne reste plus qu’à savoir de quel côté des états unis nous aurons le droit par chez nous.
Un grand merci à Danièle pour l’accréditation, ainsi qu’à l’Aéronef pour l’accueil et l’organisation.
Now in its nineteenth year, the Nuits de l’Alligator festival, a benchmark event for fans of the blues and its derivatives, takes place in sixteen venues across France. After an appearance on January 22nd in Tourcoing, it’s Lille’s turn to host a major event with the appearance of Christone “KINGFISH” Ingram, a twenty-six-year-old bluesman with a proven track record, including a Grammy Award in 2022, embodying the very essence of Mississippi blues. So, on February 3rd, we eagerly awaited the performance of Kingfish and Alsatians Dirty Deep at L’Aéronef.
Review and pictures by JB
After their visit to our town in 2020, marked by the cancellation of their concert due to the health crisis, three-piece Alsatian band Dirty Deep return for this festival. With an album, Trompe L’oeil, and an EP, Rust on My Knees, released in 2023 and 2024 respectively, in the bag, Dirty Deep’s heavy blues style is reminiscent of John the Conqueror, or James Leg, who features on the album. The band has forged a strong identity, as evidenced by the presence of a Jack Daniels crate for the guitarist’s footrest and a dais for the drummer, which showcases each member of the band. The band, who were unknown to me at the time, showcased their discography and aroused my curiosity, revealing that they had opened for Johnny Hallyday and Santana in the 2010s. With this experience, we immediately perceive the chemistry between the three musicians from Strasbourg, who flourish in their interaction and the space they are given to express themselves. The guitar, bass and drum solos, along with the Louisiana riffs, created an energetic atmosphere that allowed Dirty Deep to warm up the audience and prepare for the arrival of Kingfish.
Clarksdale native Christone “KingFish” Ingram takes the stage to rapturous applause. Accompanied by his musicians – bassist, drummer and keyboardist – he presents a musical style distinct from traditional blues. Growing up in a family steeped in gospel and heavily inspired by soul, the artist’s music is full of emotion and influenced by Muddy Waters. At just twenty-six years of age, he is already establishing himself as a major blues figure on an international scale, rivalling established talents such as Gary Clark Jr. His compositions, such as “Midnight Heat”, reveal remarkable technical expertise, impeccable right-hand tempo, and a subtle use of wah-wah reminiscent of Hendrix‘s heyday. His solos, imbued with accuracy and originality, testify to his technical mastery. In addition, Kingfish shows an appeal in the art of composition, leaving enough room for silence, knowing when to play and when to make his note last, without superfluous artifice.Unlike the previous trio, who took up a large part of the stage, this performance highlights two key members of the quartet: Kingfish, of course, but also the talented keyboardist, who was given a solo to further demonstrate his talent on this evening. One song followed another, and the large audience went wild. L’Aéronef fills to bursting point, and ends in apotheosis with the unanimously acclaimed “Long Distance Woman”. KingFish proves their status as the boss of today’s blues scene, convincing even the last skeptics if there were any left.
The two bands, who had come as part of the Les Nuits de l’Alligator festival, brought us the warmth of Mississippi for a few hours, before returning to the reality of Lille as soon as they left the stage. We were delighted to leave the venue, and once again delighted to come to L’Aéronef, where we could experience artists like Kingfish. One thing’s for sure: we’ve already booked a date for next year, so all that’s left is to find out which side of the U.S. we’re going to be on.

