#Album : La Dispute – No One Was Driving The Car (05/09/2025)

Comment fait-on pour vivre dans ce monde si complexe ? Lorsqu’on regarde autour de nous, la réalité est effrayante et c’est sur ce constat que La Dispute fait son grand retour avec No One Was Driving The Car, leur cinquième album. L’album sortira ce 5 septembre via Epitaph Records

par Marye Davenne

English version below


Six ans depuis leur dernier album, les américains de La Dispute ont eu le temps d’observer le monde qui les entourent avec encore plus de critique et d’introspection que jamais. Pour ce cinquième album, le groupe a décidé de nous parler de technologie et d’apocalypse, s’inspirant du film First Reformed (Sur le chemin de la rédemption) de Paul Schrader. Si vous n’êtes pas familier avec ce film, ces quelques lignes vous guideront : Un pasteur qui prends conscience de l’état de la planète à la suite du suicide du mari d’une de ses fidèles. Un film construit comme une méditation totalement angoissante, qui résonne donc dans ce nouvel opus de La Dispute. Le groupe a décidé de séparer son album en cinq actes, sorti tout au long de l’année, faisant de son album une sorte de mini-série où chaque épisode est aussi marquant que le précédent.

ACTE I

Pour commencer cet album avec force, c’est une chanson sur la dissociation qui lance la machine : « I Shaved My Head » et son rythme extrêment entêtant. La rythmique sonne comme un montre allant trop vite, et qui nous questionne sur notre propre perception de la réalité. Notre protagoniste passe ensuite par sa fenêtre pour aller discuter de contrôle et de désir avec « Man With Hands And Ankles Bound ». La machine semble bien lancé, et le titre nous dévoile des sonorités plus post punk, parfois même à la limite garage. On retrouve dans ces deux morceaux la puissance de chant de Jordan Dreyer, toujours aussi impressionnante. Et pourtant, le morceau suivant est plus calme, plus posé. Avec « Autofiction Detail », notre personnage rentre dans une remise en question intérieure après une balade nocturne. Si ce titre est aussi marquant, c’est surtout dans sa dernière partie, où seule la voix de Jordan fait son, allant jusqu’à nous faire entendre son coeur battre rien qu’en parlant. Un spoken word comme seul La Dispute savent faire.

ACTE II

La Dispute ont marqué toute une génération avec un titre de 7 minutes sur le meurtre et le suicide, captivant par sa composition si cinématographique. Dans ce nouvel album, l’acte II est clairement notre morceau marquant. De son titre premièrement, qui annonce la couleur : « Environmental Catastroph Film », reprenant cette référence au septième art, mais où le thème fera clairement un pont entre nature et humanité. Entre ruine environnementale, et chagrin. Quel est notre place sur terre ? L’humain est loin d’être immortel et on ressent tout au long du morceau que la nature, elle, n’attends pas l’humain. Le temps file à une vitesse, transformant l’humanité en poussière. Le morceau vibre de sa composition si post rock dans le fond, et où l’explosion émotionnelle vous prends aux tripes.

ACTE III

Dans ce troisième acte, c’est quatre moments forts dans la vie de notre personnage qui sont décrits. Mais pour bien les appréhender, c’est avec « Self-Portrait Backwards » que l’on retourne dans notre maison de jeunesse, avec sa vision d’adulte. Une voix plus posé, juste une guitare folk, on fait un point sur sa vie, pas si facilement après la dissociation dans le premier acte, et les séries de notre adolescence commence à faire sens dans notre vie, et notre train train quotidien ne semble pas nous faire avancer dans une vie où l’on c’était promis gloire et succès. Qu’il est dur de regarder sa vie actuelle au travers de nos souvenirs. Que s’est-il passé durant toutes ces années ? Dans « The Field », notre personnage revient sur un après midi entre père et fils dans un ancien camp paramilitaire, où des centaines de carcasses de cerfs s’entassent. Les guitares de Chad Morgan-Sterenberg et Corey Stroffolino ne lésinent pas sur les distorsions, rappelant des sonorités très stoner dans le fond. Et c’est finalement à l’anniversaire de sa mère dans le morceau « Sibling Fistfight At Mom’s Fiftieth / The Un-Sound » qu’on obtient une puissance cathartique, où les répétitions du son « UN- » nous écrase. La vie d’adulte est là, et alors que le monde capitalisme te fait miroiter le luxe, la gloire et la richesse, « Landlord Calls The Sheriff In » vient décrire la réalité de bon nombre de personnes : la précarité. Les cris semblent être la seule réponse dans un système qui s’effondre, écrase les plus pauvres et enrichit les plus riches. Cela va finir mal, et c’est dans un accident de voiture qu’on dit au revoir à « Steve », un ami. Ce titre fort du troisième acte dévoile le jeu de basse d’Adam Vass absolument fantastique.

ACTE IV

Quatrième acte, et on retrouve les mêmes éléments que dans les actes précédents, mais encore plus profonds dans les émotions. On retrouve cet univers capitaliste avec un banquet célébrant les meilleurs commerciaux de l’entreprise, « Top Sellers Banquet » est un titre en deux parties où le décor s’installe progressivement puis un bruit sourd vient briser cette routine dépressive. Porté par le jeu de batterie de Brad Vander Lugt, c’est un évènement mystique qui prends place, avec des serveurs et danseurs suspendus dans les airs, sous une lumière céleste. On s’attends à entendre un scream puissant et pourtant, on reste sans voix, calme face à un évènement sur-réaliste qui nous fait questionner notre propre réalité, dans un son qui vous englobe d’un épais nuage de fumée. Comme piégé, on ne se reconnait plus, et c’est confronté à son propre vide que « Saturation Diver » annonce une sorte de désastre. Depuis le début de cet album, c’est comme piégé dans notre esprit qu’on combat le monde qui nous entoure, mais voici que le quotidien d’une vie de couple nous ramène à la réalité. La fragilité de l’esprit de notre protagoniste tenait dans la routine, et c’est avec un chant fragile, la voix légèrement tremblante que son couple éclate en morceau.

ACTE V

L’album se clôture avec cet acte V en deux morceaux aux guitares sèches, et un accident d’une voiture sans passager. « No One Was Driving The Car » fait référence à ces voitures autonomes sans conducteurs, mais surtout nous questionne : Etions vraiment présent ? Un titre post hardcore d’une puissance émotionnelle assez intense, amenant vers le superbe « End Times Sermon » où le calme des oiseaux qui chantent vient confronter toutes les questions qui se sont posés depuis le début : quelle est notre place dans ce monde ? Quel est le but d’une vie de souffrance intérieure ? On peut re-écouter en boucle pour trouver des réponses, l’humain reste et restera un mystère à part entière.

Cet album de La Dispute est une pure merveille, montrant avec brio tout le talent des américains. Mieux que votre film et votre série préférée, No One Was Driving The Car fait état du monde au travers d’un personnage fort et fragile à la fois. On y parle environnement, santé mentale, souvenir d’enfance, capitalisme, religion avec honnêteté et questionnement. Un album fort, qui vient même jusqu’à féliciter ceux qui n’ont pas encore cédé à la folie du monde, et de son propre esprit ravageur.

product cover

Tracklist :

  1. I Shaved My Head
  2. Man With Hands And Ankles Bound
  3. Autofiction Detail
  4. Environmental Catastroph Film
  5. Self-Portrait Backwards
  6. The Field
  7. Sibling Fistfight At Mom’s Fiftieth / The Un-Sound
  8. Landlord Calls The Sheriff In
  9. Steve
  10. Top-Sellers Banquet
  11. Saturation Diver
  12. I Dreamt of A Room With All My Friend I Could Not Get In
  13. No One Was Driving The Car
  14. End Times Sermon

How do we live in such a complex world? When we look around us, reality is frightening, and it is on this note that La Dispute makes its big comeback with No One Was Driving The Car, their fifth album. The album will be released on September 5th via Epitaph Records.

by Marye Davenne

Six years since their last album, the American band La Dispute has had time to observe the world around them with even more criticism and introspection than ever before. For this fifth album, the band has decided to talk to us about technology and the apocalypse, drawing inspiration from Paul Schrader’s film First Reformed. If you’re not familiar with the film, here’s a quick summary: a pastor becomes aware of the state of the planet following the suicide of one of his congregation’s husbands. The film is constructed as a deeply disturbing meditation, which resonates in La Dispute’s new opus. The band decided to split their album into five acts, released throughout the year, making it a kind of mini-series where each episode is as memorable as the last.

ACT I

To kick off this album with a bang, it’s a song about dissociation that gets the ball rolling: “I Shaved My Head” and its extremely catchy rhythm. The beat sounds like a clock running too fast, questioning our own perception of reality. Our protagonist then climbs out of his window to discuss control and desire in “Man With Hands And Ankles Bound.” The machine seems to be running smoothly, and the track reveals more post-punk sounds, sometimes even bordering on garage. In these two songs, we find Jordan Dreyer‘s powerful vocals, as impressive as ever. And yet, the next track is calmer, more subdued. With “Autofiction Detail,” our character enters into an inner questioning after a nighttime stroll. If this track is so striking, it is especially so in its final part, where only Jordan’s voice is heard, going so far as to let us hear his heart beating just by talking. A spoken word piece that only La Dispute knows how to do.

ACT II

La Dispute left their mark on an entire generation with a seven-minute track about murder and suicide, captivating listeners with its cinematic composition. On this new album, Act II is clearly our standout track. First of all, its title sets the tone: “Environmental Catastrophe Film,” referencing the seventh art, but with a theme that clearly bridges nature and humanity. Between environmental ruin and grief. What is our place on earth? Humans are far from immortal, and throughout the song we feel that nature does not wait for humans. Time flies by at a rapid pace, turning humanity to dust. The song vibrates with its post-rock composition in the background, and the emotional explosion hits you in the gut.

ACT III

In this third act, four key moments in our character’s life are described. But to fully understand them, we return to our childhood home with “Self-Portrait Backwards,” through the eyes of an adult. With a more composed voice and just a folk guitar, we take stock of his life, which is not so easy after the dissociation in the first act. The series of events from our adolescence begin to make sense in our lives, and our daily routine does not seem to be moving us forward in a life where we promised ourselves glory and success. How hard it is to look at our current lives through our memories. What happened during all those years? In “The Field,” our character looks back on an afternoon between father and son in a former paramilitary camp, where hundreds of deer carcasses are piled up. Chad Morgan-Sterenberg and Corey Stroffolino‘s guitars don’t skimp on distortion, reminiscent of very stoner sounds in the background. And it’s finally at his mother’s birthday in the song “Sibling Fistfight At Mom’s Fiftieth / The Un-Sound” that we get a cathartic power, where the repetitions of the sound “UN-” crush us. Adult life is here, and while the capitalist world dangles luxury, fame, and wealth in front of you, “Landlord Calls The Sheriff In” describes the reality for many people: precariousness. Screams seem to be the only response in a system that is collapsing, crushing the poorest and enriching the richest. It’s going to end badly, and it’s in a car accident that we say goodbye to “Steve,” a friend. This powerful track from the third act showcases Adam Vass’s absolutely fantastic bass playing.

ACT IV

Act IV features the same elements as the previous acts, but with even deeper emotions. We return to this capitalist world with a banquet celebrating the company’s top salespeople. “Top Sellers Banquet” is a two-part track where the scene gradually sets in, then a loud noise breaks this depressing routine. Driven by Brad Vander Lugt‘s drumming, a mystical event takes place, with waiters and dancers suspended in the air under a celestial light. We expect to hear a powerful scream, yet we remain speechless, calm in the face of a surreal event that makes us question our own reality, in a sound that envelops us in a thick cloud of smoke. As if trapped, we no longer recognize ourselves, and it is when confronted with our own emptiness that “Saturation Diver” announces a kind of disaster. Since the beginning of this album, it’s as if trapped in our minds that we fight the world around us, but now the daily routine of a couple’s life brings us back to reality. The fragility of our protagonist’s mind lay in routine, and it is with fragile singing and a slightly trembling voice that his relationship falls apart.

ACT V

The album closes with Act V, consisting of two tracks featuring acoustic guitars and a car accident with no passengers. “No One Was Driving The Car” refers to driverless cars, but above all asks us: Were we really present? A post-hardcore track with intense emotional power, leading into the superb “End Times Sermon,” where the calm of birdsong confronts all the questions that have been asked since the beginning: What is our place in this world? What is the purpose of a life of inner suffering? We can listen to it over and over again to find answers, but humans remain and will remain a mystery in their own right.

This album by La Dispute is a pure marvel, brilliantly showcasing the talent of these Americans. Better than your favorite movie or TV series, No One Was Driving The Car reflects on the world through a character who is both strong and fragile. It tackles topics such as the environment, mental health, childhood memories, capitalism, and religion with honesty and questioning. It is a powerful album, which even goes so far as to congratulate those who have not yet succumbed to the madness of the world and its own destructive spirit.

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