#Live : Deûle + Khateÿm + Doujosé @ La Malterie, Lille – 02/10/2025

Comme à son habitude, Cerbère Coryphée nous proposait une soirée riche en sonorités originales à la malterie. Deûle, Khateÿm et Doujosé se sont réunis le 2 octobre dernier pour un moment intense et hors des sentiers battus. 

Report par Mégane Canis

Photos par Marye DAVENNE

English version below


Nous avons demarré la soirée avec une formation lilloise récente. Le projet Doujosé en est à ses premiers concerts et nous découvrons donc le trio ce soir. Comme le fait très bien remarquer l’un de ses membres, “ça commence par doux”. Et musicalement cela démarre effectivement par un son enveloppant et délicat. Celui-ci va ensuite prendre en intensité. Le début du set se fait dans le noir total avant que les spots ne viennent prendre le relais. Le tempo est plutôt lent à modéré, avec des rythmes entrainants. Durant les transitions, la voix du chanteur est volontairement monocorde. Sur ses compositions, la formation joue avec les textures et les effets. Les pédaliers d’effets sont nombreux au niveau des guitares. Le chant est telle une complainte et vient en support des instruments, dans un schéma inverse de ce qui se fait habituellement. Sous leurs airs délibérément nonchalants, le trio assure envoie à fond. Il est très difficile de classer Doujosé dans une catégorie musicale. On entend parfois des influences doom dans la rythmique et l’aspect sombre de certains passages. On est totalement dans le registre expérimental avec des sonorités inédites. La batterie apporte de nombreuses nuances tout au long du set qui sont très intéressantes. On reste attentif tout au long de la proposition, signe d’une belle réussite pour un de leur premier concert. On suivra attentivement les aventures de cette nouvelle formation lilloise !

On continue la soirée avec les belges de Khateÿm. Le duo nous invite dans son univers par des respirations, des chants enivrants et des bruitages en fond. La voix de Sarah est loopée pour superposer les chants. Il en est de même pour les bruitages, effectués avec toutes sortes d’éléments, objets du quotidien ou usage détourné du bouzouki par Thomas. L’ambiance évoque la mer, le vent, les éléments. Khateÿm signifie bague en arabe syrien, langue dans laquelle le groupe délivre ses textes, et évoque le thème de l’alliance. La batterie est faite par ordinateur. Le duo délivre des messages profonds sur l’exil, le silence… Un titre est d’ailleurs consacré à ce dernier thème, évoquant le fait que personne ne se taira face aux guerres et atrocités en cours, face à la toute puissance du capitalisme sur l’humanisme. Le silence vient alors nous percer les tympans et nous fendre le cœur, à renforts de cris bruts et tout en émotion. Un titre suivant évoque le chaos (chaque titre est en arabe mais je ne maîtrise malheureusement pas la langue et n’est pas pu retenir leur nom original). Ici, les éléments retranscrits par ordinateur passent un peu trop au-dessus de la voix par moments et on rate sûrement de belles nuances. Lorsque les titres évoquent l’exil, la mémoire, les épreuves, les liens… On ne comprend évidemment pas les paroles, mais la musique de Khateÿm est tellement puissante que le message et surtout l’émotion passe totalement. Les rythmiques black metal apportent un côté sombre et profond, tandis que la bouzouki amène des notes plus orientales, accompagné d’un clavier plus mélodique. Encore une fois, impossible de catégoriser la groupe qui se nourrit d’influences diverses, mais surtout d’émotions et de ressentis bruts et authentiques.

La fin de la soirée marque le retour de Deûle, formation lilloise que tous les fans de Bourlon connaissent. Après un an d’absence, le groupe revient avec un line up légèrement modifié et surtout un nouveau set. Rapidement, les claviers d’Elya et la guitare de Vince, nouvellement arrivé, se mêlent pour nous emporter dans un torrent de sonorités aussi puissantes que sombres. L’atmosphère ambiante et souvent tourmentée des compositions nous accroche comme à chacun de leur passage. Les rythmes sont souvent lents et l’atmosphère a un côté ténébreux. Deûle invite à se poser, à prendre son temps, à apprécier chaque note. Les sonorités comportent à la fois des éléments aériens et très ancrés. La formation joue avec les textures et les éléments. La voix d’Elya nous transcende. Entre parties criées et d’autres posées, elle vient nous chopper aux tripes et nous embarque à son gré. A la batterie, Pierre nous offre un jeu très équilibré. La rythmique peut varier énormément d’un morceau à l’autre, changeant même parfois son registre. Entre doom, black et synth metal, Deûle nous offre encore ici un set prenant et réussi. On regrette seulement que ce soit trop court !

La malterie nous a prouvé que la scène locale, qu’elle soit lilloise ou belge, regorge de trésors d’inventivité et de créativité. Les trois formations de la soirée nous ont embarqué dans des univers totalement différents et uniques. Encore une belle affiche concoctée par Cerbère Coryphée ! 


As usual, Cerbère Coryphée offered us an evening rich in original sounds at La Malterie. Deûle, Khateÿm and Doujosé came together on 2 October for an intense and offbeat moment.

Review by Mégane Canis

Pictures by Marye DAVENNE

We kicked off the evening with a recent Lille-based band. The Doujosé project is just starting out, so tonight is our first chance to discover the trio. As one of its members aptly puts it, ‘it starts off gently’. And musically, it does indeed begin with an enveloping, delicate sound. This then builds in intensity. The set begins in total darkness before the spotlights take over. The tempo is rather slow to moderate, with lively rhythms. During the transitions, the singer’s voice is deliberately monotonous. In their compositions, the band plays with textures and effects. There are numerous effects pedals on the guitars. The vocals are like a lament and support the instruments, in a reversal of what is usually done. Beneath their deliberately nonchalant air, the trio delivers a powerful performance. It is very difficult to classify Doujosé in a musical category. We sometimes hear doom influences in the rhythm and the dark aspect of certain passages. This is totally experimental music with unique sounds. The drums bring many interesting nuances throughout the set. We remain attentive throughout the performance, a sign of great success for one of their first concerts. We will be following the adventures of this new band from Lille closely!

We continue the evening with the Belgian band Khateÿm. The duo invites us into their world with breathy vocals, intoxicating songs and background sound effects. Sarah’s voice is looped to overlay the vocals. The same goes for the sound effects, created using all kinds of elements, everyday objects or Thomas’s unconventional use of the bouzouki. The atmosphere evokes the sea, the wind, the elements. Khateÿm means ring in Syrian Arabic, the language in which the group delivers its lyrics, and evokes the theme of alliance. The drums are computer-generated. The duo delivers profound messages about exile, silence… One track is dedicated to the latter theme, evoking the fact that no one will remain silent in the face of ongoing wars and atrocities, in the face of the omnipotence of capitalism over humanism. Silence then pierces our eardrums and breaks our hearts, reinforced by raw, emotional cries. The next track evokes chaos (each track is in Arabic, but unfortunately I don’t speak the language and couldn’t remember their original names). Here, the computer-generated elements sometimes overpower the vocals, and we surely miss some beautiful nuances. When the songs evoke exile, memory, trials, bonds… Of course, we don’t understand the lyrics, but Khateÿm’s music is so powerful that the message and, above all, the emotion come across perfectly. The black metal rhythms bring a dark and deep side, while the bouzouki adds more oriental notes, accompanied by a more melodic keyboard. Once again, it is impossible to categorise the band, which draws on diverse influences, but above all on raw and authentic emotions and feelings.

The end of the evening marks the return of Deûle, a Lille-based band known to all Bourlon fans. After a year’s absence, the band returns with a slightly modified line-up and, above all, a new set. Quickly, Elya’s keyboards and Vince’s guitar, newly arrived, blend together to carry us away in a torrent of sounds as powerful as they are dark. The ambient and often tormented atmosphere of the compositions captivates us as it does every time they play. The rhythms are often slow and the atmosphere has a dark side. Deûle invites us to sit back, take our time and appreciate every note. The sounds contain both airy and very grounded elements. The band plays with textures and elements. Elya’s voice transcends us. Between shouted and calm parts, she grabs us by the guts and takes us wherever she wants. On the drums, Pierre offers us a very balanced performance. The rhythm can vary enormously from one song to another, sometimes even changing its register. Between doom, black and synth metal, Deûle once again offers us a captivating and successful set. Our only regret is that it was too short!

La Malterie has proven to us that the local scene, whether in Lille or Belgium, is brimming with treasures of inventiveness and creativity. The three bands of the evening took us on a journey through totally different and unique worlds. Another great line-up put together by Cerbère Coryphée!

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