#Live : L’Idylle + Malvä + Muddle @ CCL, Lille – 17/02/2026

« SMASH THE BOYSCLUB », voilà le slogan de GZL VNR, association d’orga de concert par des meufs de Lille. Le 17 février, elles nous ont régalé avec une soirée 100 % screamo où les femmes et minorités de genre occupent le devant de la scène. À l’affiche : Muddle, Malvä et L’Idylle. Trois propositions fortes, trois manières d’habiter le cri.

Article et photos par Marye DAVENNE

English version below


La soirée s’ouvre dans une salle comble avec Muddle. Dans le public, le club de roller derby de Lille est venu en force soutenir ses ami·es, et l’ambiance est déjà électrique. Sous une esthétique grunge assumée, le groupe déploie un son nourri d’influences multiples, mais surtout porté par des textes revendicatifs. Dès les premières notes de “Skate”, la salle entière reprend les paroles en chœur. “Closet”, présenté comme le morceau le plus sexy du répertoire, injecte une touche hard rock qui fait décoller les premiers pogos. L’énergie monte encore d’un cran avec “Good Girl”, véritable décharge dédiée à toutes les meufs présentes ce soir. En fin de set, Jacky surprend tout le monde en sortant une flûte traversière, ajoutant une couleur inattendue à l’ensemble. Le concert se clôt sur “Usual Suspect”, titre coup-de-poing sur les violences conjugales : la chanteuse termine accroupie au sol, hurlant du plus profond d’elle-même. Frissons garantis.

 

Changement d’atmosphère avec Malvä, trio venu de Tours et Poitiers. Révélé·es l’an dernier via une présentation Instagram aussi simple que percutante : un projet composé de meufs cis et de minorités de genre cherchant un espace safe pour expérimenter et créer, le groupe s’inscrit dans une démarche à la fois musicale et politique. Le set s’ouvre sur un morceau questionnant la légitimité d’être là. Tour à tour, les trois membres chantent et prennent la parole, affirmant une scène en pleine mutation. Ici, pas de pogo effréné : on est face à un screamo brut, viscéral, qui invite davantage à encaisser l’émotion qu’à la défouler. La force de Malvä réside dans la clarté des textes : chaque mot frappe, chaque phrase résonne. Trois timbres distincts, mais surtout complémentaires, tissent un ensemble cohérent et puissant. Mention spéciale à Mélanie qui, depuis sa batterie, sort un xylophone d’une petite mallette pour une introduction aussi délicate qu’inattendue. On y parle d’emprise, de violences, de légitimité, soit des thèmes lourds, portés avec une sincérité désarmante. On ressort du set vidé·es, lessivé·es, mais profondément touché·es. L’attente était grande après avoir fait tourner leurs morceaux en boucle sur Bandcamp : elle est largement comblée.

La soirée s’achève avec L’Idylle, quatuor originaire de Rouen. Pas de montée en douceur : le groupe démarre pied au plancher sur des accents d’emoviolence. Nolwen, à la guitare, traverse la scène en tous sens tandis que Louis se plie en deux à chaque phrase hurlée. Ici, les convictions s’expriment sans filtre : soutien aux peuples palestinien, congolais et kanak, colère politique assumée. À la batterie, Mathilde, que l’on connaît également dans We Hate You Please Die , ajoute sa voix à l’édifice. Sur scène comme dans la fosse, c’est un tourbillon. Le public est déchaîné, le groupe envoie un screamo de haute volée. Derrière la furie emoviolence, des nappes post-rock affleurent, laissant déferler un torrent d’émotions presque poétique. Les paroles se laissent parfois moins saisir que lors du set de Malvä, mais les passages plus spoken word dévoilent des phrases bouleversantes sur le mal-être. Le set file à toute allure. Toby, accroupi sur ses pédales d’effets, sculpte les textures sonores et fait vibrer la salle une dernière fois.

Au-delà des performances, cette date restera comme une franche réussite. Salle pleine, public engagé, artistes habité·es : tous les ingrédients étaient réunis pour rappeler pourquoi on aime tant cette scène. Oui, l’âge d’or du screamo à la française appartient peut-être à une autre époque. Mais loin d’être essoufflé, le genre se réinvente. Un renouveau est à l’œuvre, plus inclusif, plus politique, plus sensible aussi et il est franchement réjouissant à voir et à vivre. Ce soir, nous avions trois groupes et trois visions du screamo dans une même urgence : occuper l’espace, faire entendre des voix trop souvent mises à l’écart et prouver, une fois de plus, que le boys club n’a qu’à bien se tenir.

Ce 17 février en est la preuve éclatante : la relève est là, déterminée, créative et prête à faire trembler les murs. À Lille, on compte bien continuer à faire vivre cette dynamique. Que ce soit grâce à l’énergie sans faille de nos amies de GZL VNR ou à travers nos propres initiatives avec Assaut Productions, on y mettra toujours le cœur, les tripes et toute notre conviction. Parce que cette scène screamo mérite d’exister, de circuler, et de hurler encore longtemps.

Un grand merci à GZL VNR pour l’organisation de cette belle soirée


‘SMASH THE BOYSCLUB’ is the slogan of GZL VNR, a concert organisation association run by women from Lille. On February 17th, they treated us to a 100% screamo evening where women and gender minorities took centre stage. On the bill: Muddle, Malvä and L’Idylle. Three powerful acts, three ways of expressing themselves through screaming.

Review and pictures by Marye DAVENNE

The evening kicked off in a packed venue with Muddle. The Lille roller derby club turned out in force to support their friends, and the atmosphere was already electric. With their unapologetic grunge aesthetic, the band delivered a sound nourished by multiple influences, but above all driven by protest lyrics. From the first notes of ‘Skate’, the whole venue sang along in unison. ‘Closet’, presented as the sexiest song in their repertoire, injects a touch of hard rock that gets the first mosh pits going. The energy rises another notch with ‘Good Girl’, a real blast dedicated to all the girls in the audience tonight. At the end of the set, Jacky surprises everyone by pulling out a flute, adding an unexpected colour to the ensemble. The concert closes with ‘Usual Suspect’, a powerful song about domestic violence: the singer ends up crouching on the floor, screaming from the depths of her soul. Goosebumps guaranteed.

 

Malvä, a trio from Tours and Poitiers, brings a change of atmosphere. Discovered last year via a simple yet powerful Instagram post, the group is a project composed of cis women and gender minorities seeking a safe space to experiment and create, with an approach that is both musical and political. The set opens with a song questioning the legitimacy of being there. In turn, the three members sing and speak, affirming a scene in the midst of change. Here, there is no frenzied pogo dancing: we are faced with raw, visceral screamo that invites us to absorb the emotion rather than let it out. Malvä‘s strength lies in the clarity of their lyrics: every word hits home, every sentence resonates. Three distinct but complementary tones weave together to form a coherent and powerful whole. Special mention goes to Mélanie, who, from behind her drum kit, pulls a xylophone out of a small case for an introduction that is as delicate as it is unexpected. The lyrics deal with control, violence and legitimacy, heavy themes delivered with disarming sincerity. We leave the set drained, exhausted, but deeply moved. Expectations were high after listening to their tracks on repeat on Bandcamp: they have been more than fulfilled.

 

The evening ends with L’Idylle, a quartet from Rouen. There’s no gentle build-up: the band kicks off at full throttle with emoviolence accents. Nolwen, on guitar, crosses the stage in all directions while Louis doubles over with every shouted phrase. Here, convictions are expressed without filter: support for the Palestinian, Congolese and Kanak peoples, unapologetic political anger. On drums, Mathilde, also known from We Hate You Please Die, adds her voice to the mix. On stage and in the pit, it’s a whirlwind. The audience is wild, the band delivers high-flying screamo. Behind the fury of emoviolence, post-rock layers emerge, unleashing an almost poetic torrent of emotions. The lyrics are sometimes less easy to grasp than during Malvä’s set, but the more spoken word passages reveal moving phrases about malaise. The set flies by at breakneck speed. Toby, crouched over his effects pedals, sculpts the sound textures and makes the room vibrate one last time.

Beyond the performances, this date will remain a resounding success. A full house, an engaged audience, passionate artists: all the ingredients were there to remind us why we love this scene so much. Yes, the golden age of French screamo may belong to another era. But far from running out of steam, the genre is reinventing itself. A revival is underway, one that is more inclusive, more political, more sensitive too, and frankly delightful to see and experience. Tonight, we had three bands and three visions of screamo with the same urgency: to occupy the space, to make voices that are too often sidelined heard, and to prove, once again, that the boys’ club had better watch out.

This 17th of February is striking proof of this: the next generation is here, determined, creative and ready to shake the walls. In Lille, we intend to keep this momentum going. Whether it’s through the unfailing energy of our friends at GZL VNR or through our own initiatives with Assaut Productions, we will always put our hearts, guts and all our conviction into it. Because this screamo scene deserves to exist, to circulate and to scream for a long time to come.

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