#Live : Mathilde @ Salle Jesse Owens, Angres – 27/02/2026

En tant que partenaires de cette édition et surtout adeptes de longue date de cet évènement, il nous était impossible de rater l’ouverture du Festival Les Enchanteurs. Celui-ci avait lieu le 27 février dernier à la salle Jesse Owens de Angres, transformée pour l’occasion en salle de concert. Et qui de mieux pour démarrer cette édition 2026 que l’artiste-autrice-compositrice engagée : Mathilde ! 

Article par Mégane Canis

English version below


Après un speech d’ouverture improvisé, Mathilde fait son entrée sur la scène, avec un entrain et un accueil digne des plus grandes rock star. La configuration avec guitare, batterie et Queen Juliette à la basse permet totalement cela. Nous avions découvert son talent scénique lors des 80 ans du Secours Populaire au Zénith de Lille en décembre dernier. Elle n’avait alors interprété que deux titres, qui nous avaient bouleversés. En cette fin février, sa voix se pose encore avec cette intensité qui nous donne rapidement des frissons. Le concert est entièrement doublé en chansigne, permettant ainsi une accessibilité mais aussi une lecture corporelle des titres, même lorsque l’on ne parle pas la LSF. Très vite, les inter titres se font engagés, forts. Elle y dénonce le sexisme, le patriarcat, l’impunité des hommes dans cette société à dominance masculine. Ses textes mettent en lumière ses combats, évoquant souvent son vécu. Ainsi “La nuit – Le jour”, titre issu de son album éponyme, a été écrit pour se pardonner de ne pas avoir vu les drapeaux rouges pourtant présents tout au long du chemin… Mathilde écrit avec ses tripes, avec ce qu’elle est et cela se ressent fortement. On vibre également avec ses textes, qui résonnent en chacune de nous. Les femmes sont d’ailleurs l’immense majorité du public de la soirée. Mathilde construit son concert en “commençant par les chansons sur les mecs relous puis les chansons féministes”, comme une suite logique de notre construction de femme. On continue ainsi avec “Ni oui, Ni non”, à propos des hommes indécis, disant notamment oui dans l’intimité mais refusant de s’afficher en public, par exemple avec une femme qui ne correspondrait pas aux standards de beauté irréalistes de notre société. L’artiste nous partage ses tranches de vie, comme sa rencontre avec Josh, son guitariste, avec qui elle partage une amitié faite de sororité et de fraternité. Ils nous présentent ainsi le titre “Sun of a Light” qui retrace cette histoire. Mathilde nous propose également des surprises avec notamment un nouveau titre totalement inédit “La maladie du Coeur de verre”. L’artiste nous explique avoir envisagé un album en 2026, mais la tournée se rallongeant sans cesse à la demande des organisations et du public, ses textes restent dans un coin, frustrant l’autrice qui ne demande qu’à les partager. Au sein de ce titre fort, se trouvent des passages a capella, qui nous permettent de profiter de sa voix incroyable. Mathilde finit ce titre par des larmes, portée par l’émotion partagée avec le public. La compositrice joue avec les rythmes, et cela ne nous étonne pas lorsqu’elle dit venir du jazz. Sa pop est teintée de complexité et d’influences diverses. 

Cela fait environ 40 minutes que le concert a démarré lorsque démarrent les titres de lutte. L’artiste engagée lance un “de là où je me trouve, tout le monde est à droite”, évoquant également le glissement de l’échiquier politique et même la classification surprise de Dominique de Villepin à gauche… Avec humour et authenticité, l’artiste féministe nous livre ses combats. Dans sa voix résonne également toute la sincérité de celle qui est en accord total avec elle-même. Sa voix puissante fait résonner des textes bouleversants et enivrants, avec une tessiture impressionnante. La compositrice est aussi à l’aise dans les graves que dans les aigus ou les médiums. Ses discours sont aussi inspirants que ses textes. Elle joue avec les mots avec brio, tant ils sont ancrés en elle. “Le corps des femmes” résonne tandis que certaines la chantent également dans le public. On continue ce concert riche avec “Il était une fille”, titre aussi difficile qu’émouvant et puissant. Et comme pour redonner un élan de combativité, et même quelque part de résilience, on enchaine avec “Guerrières de lumière”, dans une version live bien rock, se terminant sur un “Siamo tutti antifascisti” repris ensuite par un public, guidé en mode chorale par Mathilde. Avant son titre phare “Libre”, l’artiste nous dicte son mantra, qui, pour ma part, mériterait un t-shirt à porter tous les jours : “Ni Dieu, Ni Maître, Ni Patron, Ni Mari”, se réclamant, tout comme ses textes, anarcho-libertaires.

D’autres surprises viennent rythmer le set, comme “Elle Pleure”, reprise de Ophélie Winter, avec la présence d’une sorte d’instrument jouet qui fonctionne très bien en live. Puis l’artiste rend hommage à son équipe presque entièrement constituée de femmes, et notamment à Barbara qui fête aujourd’hui ses 50 ans et qui a la lourde tâche de permettre à Mathilde de se produire sur scène. Alors que nous arrivons tout doucement à la fin de cette soirée, Mathilde interprète “Martyre de la cause”. Comme à son habitude, l’artiste précède le titre d’un prélude qui nous raconte son histoire. Celui-ci est sorti durant le COVID, et a donc pû être enregistré notamment avec divers enregistrements et réenregistrements. Il a donc fallu l’adapter pour qu’il puisse être joué en live, et notamment pour que des respirations soient possibles ! Malgré un petit bug dans un couplet, pris avec le sourire par tout le monde, sur scène ou dans le public, on admire la prestation à couper le souffle. On termine par un titre écrit dans la plus grande intimité mais sorti sous la pression du public : “à la gloire des femmes en deuil”. Ici Mathilde reste seule sur scène, a capella, droite et presque solennelle. Dans la salle on pleure, chacune avec ce à quoi nous rapporte ce titre, ce soir, dans cette salle. On est dans l’ici et dans le maintenant, tout en étant présentes à toute notre histoire de vie.

Mathilde nous a fait passé par toutes les émotions ce soir. Sa voix bouleverse, secoue, rassemble, nous rend forte… Mais surtout ses textes résonnent en chacune de nous, car le vécu des femmes dans cet univers patriarcal est malheureusement toujours le même. Mais ici, ce soir, nous avons chanté ensemble, dans un esprit de sororité sans faille, entourées de quelques alliés. Son ton, son attitude, ses engagements et même son mantra, en font, à mon sens, une icône punk ! 


As partners of this edition and, above all, long-time fans of this event, we couldn’t miss the opening of the Les Enchanteurs Festival. It took place on 27 February at the Jesse Owens Hall in Angres, which was transformed into a concert hall for the occasion. And who better to kick off this 2026 edition than the committed artist-songwriter Mathilde!

Review by Mégane Canis

After an impromptu opening speech, Mathilde takes to the stage with an energy and welcome worthy of the biggest rock stars. The line-up, with guitar, drums and Queen Juliette on bass, makes this entirely possible. We discovered her talent on stage during the 80th anniversary of Secours Populaire at the Zénith in Lille last December. She only performed two songs, but they left us deeply moved. At the end of February, her voice still carries the same intensity that quickly gives us goosebumps. The concert is entirely dubbed in sign language, making it accessible and allowing the audience to read the lyrics with their bodies, even if they don’t speak French Sign Language. Very quickly, the interludes become committed and powerful. She denounces sexism, patriarchy and the impunity of men in this male-dominated society. Her lyrics highlight her struggles, often evoking her own experiences. For example, ‘La nuit – Le jour’ (Night – Day), a track from her eponymous album, was written to forgive herself for not seeing the red flags that were present all along the way… Mathilde writes from the heart, with everything she is, and this comes across strongly. We are also moved by her lyrics, which resonate with each and every one of us. Women make up the vast majority of the audience this evening. Mathilde structures her concert by ‘starting with songs about annoying men and then moving on to feminist songs’, as a logical progression of our development as women. She continues with ‘Ni oui, Ni non’ (Neither Yes nor No), about indecisive men who say yes in private but refuse to be seen in public, for example with a woman who does not meet our society’s unrealistic standards of beauty. The artist shares snippets of her life with us, such as her meeting with Josh, her guitarist, with whom she shares a friendship based on sisterhood and brotherhood. They present the song ‘Sun of a Light’, which recounts this story. Mathilde also has some surprises in store for us, including a brand new song, ‘La maladie du Coeur de verre’. The artist explains that she had planned an album for 2026, but with the tour constantly being extended at the request of organisers and audiences, her lyrics remain on the shelf, frustrating the author who is eager to share them. Within this powerful track, there are a cappella passages that allow us to enjoy her incredible voice. Mathilde ends the song in tears, overcome by the emotion shared with the audience. The composer plays with rhythms, which comes as no surprise when she says she comes from a jazz background. Her pop music is tinged with complexity and diverse influences.

The concert has been underway for about 40 minutes when the protest songs begin. The politically engaged artist declares, ‘From where I stand, everyone is on the right,’ also referring to the shift in the political landscape and even Dominique de Villepin’s surprise classification as left-wing… With humour and authenticity, the feminist artist shares her struggles with us. Her voice also resonates with the sincerity of someone who is completely at peace with herself. Her powerful voice brings these moving and intoxicating lyrics to life, with an impressive range. The composer is as comfortable in the low register as she is in the high and middle registers. Her speeches are as inspiring as her lyrics. She plays with words brilliantly, so deeply are they rooted in her. ‘Le corps des femmes’ resonates as some in the audience sing along. The rich concert continues with ‘Il était une fille’, a song that is as difficult as it is moving and powerful. And as if to give a boost of fighting spirit, and even a sense of resilience, we move on to ‘Guerrières de lumière’, in a rock-inspired live version, ending with ‘Siamo tutti antifascisti’ (We are all anti-fascists), which is then taken up by the audience, guided in choral mode by Mathilde. Before her hit song ‘Libre’, the artist dictates her mantra, which, in my opinion, deserves to be printed on a T-shirt to wear every day: ‘Ni Dieu, Ni Maître, Ni Patron, Ni Mari’ , claiming, like her lyrics, to be anarcho-libertarian.

Other surprises punctuate the set, such as ‘Elle Pleure’, a cover of Ophélie Winter, featuring a kind of toy instrument that works very well live. Then the artist pays tribute to her team, almost entirely made up of women, and in particular to Barbara, who is celebrating her 50th birthday today and who has the daunting task of enabling Mathilde to perform on stage. As we slowly reach the end of the evening, Mathilde performs ‘Martyre de la cause’. As usual, the artist precedes the song with a prelude that tells us its story. It was released during COVID, and was therefore recorded with various recordings and re-recordings. It therefore had to be adapted so that it could be played live, and in particular so that breathing was possible! Despite a small hiccup in one verse, which was taken with a smile by everyone, both on stage and in the audience, we admire the breathtaking performance. We end with a song written in the utmost intimacy but released under pressure from the audience: ‘À la gloire des femmes en deuil’ (To the glory of women in mourning). Here, Mathilde remains alone on stage, a cappella, upright and almost solemn. In the hall, we cry, each of us moved by what this song means to us tonight, in this hall. We are in the here and now, while being present to our entire life story.

Mathilde took us through a whole range of emotions tonight. Her voice moves us, shakes us up, brings us together, makes us strong… But above all, her lyrics resonate with each and every one of us, because the experiences of women in this patriarchal world are unfortunately still the same. But here, tonight, we sang together, in a spirit of unwavering sisterhood, surrounded by a few allies. Her tone, her attitude, her commitments and even her mantra make her, in my opinion, a punk icon!

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