Au lendemain de Lofofora et Burning Heads, nous sommes de retour au Palace de Lillers pour une nouvelle date du Festival Les Enchanteurs. Même lieu mais style très différent puisque nous venons découvrir Les P’tits Fils de Jeannine, pour qui Un P’tit Gars du Coin ouvre. On nous promet un voyage dans des univers singuliers, navigant au gré de textes et de sonorités originales.
Report par Mégane Canis
Photos par Victor Brunerie
English version below
Le public, plus familial et divers que la veille, rentre tranquillement dans Le Palace. A 20h pile, la voix de Jean D’Ormesson résonne dans la salle, avant que Un P’tit Gars du Coin ne monte sur scène. On démarre par une ambiance reggae grâce à la basse, la guitare et la batterie. Puis la trompette et le saxophone font leur entrée pour donner un côté ska et cuivré à l’ensemble (bien que le saxophone soit évidemment un bois). Les riffs de guitare se font aussi pop rock dans l’esprit, bien marqués. Toussaint, à la guitare électrique, joue beaucoup avec les effets, variant ainsi les styles et les ambiances. Dorian (chant) y ajoute également par moments une guitare sèche pour créer un savant mélange. Les textes sont en français et les transitions sentent bon le Sud Ouest et son accent chantant. On est totalement dans l’esprit chanson française moderne, rafraîchissante et festive. Le groupe forme un véritable collectif sur scène. Les passages plus reggae, assez nombreux, invitent à danser dans une ambiance chill. On retrouve toutes les générations dans la salle et chacun se retrouve dans les compositions de la formation. Dorian vient aussi ajouter quelques passages aux bongos pour un joyeux melting pot culturel et sonore. Il vient s’asseoir au plus près de son public pour entonner “Nomade”, au chant plus slamé évoquant par moment du Manau. Un peu plus tard dans le set, on entend également des inspirations de Manu Chao, sur fond de guitare hispanique / gitane. Chaque instrument est mis en valeur à différents moments du concert, faisant parfois la part belle aux vents, et offrant également un temps avec la section rythmique seule. Toussaint occupe une grande place sur scène avec une gestuelle et des mimiques bien plus marquées que ses camarades. Pour autant, ce qu’on apprécie chez Un P’tit Gars du Coin c’est bien l’aspect collectif, groupal. On arrive doucement à la fin du set, avec “La rumeur”, qui démarre sur un reggae chill avant de finir sur un ska au tempo endiablé. La formation quitte la scène après une heure de set et une petite mise en scène chorégraphiée pour terminer. Un P’tit Gars du Coin nous a ramené un petit bout du Lot à Lillers, avec bienveillance, positivité et univers marqué. Tout ce que l’on attendait de ce moment !
On continue donc la soirée après un changement de plateau très efficace pour accueillir Les P’tits Fils De Jeanine. Mémé présente d’ailleurs le concert de ses petites fils grâce à une bande son donnant les indications à suivre durant le concert (ce qui nous rappelle évidemment celle de Lofofora le veille!). On précise également que Mémé est présente via une urne funéraire sur scène, autour de laquelle les musiciens se regroupent à plusieurs reprises. On démarre ensuite avec un merveilleux instrument, trop rarement représenté en concert : la clarinette. Elle est accompagnée de cuivres qui laisse passer ses douces sonorités. Autre bois de la soirée, l’accordéon vient poser sa mélodie également. On retrouve dans la formation une balalaïka basse là où trône d’habitude une basse électrique ordinaire. Cela apporte évidemment une richesse dans les sonorités, que l’on entend peu ou pas ailleurs. Le groupe est ici présent pour sa tournée des 15 ans. Très vite, le groupe nous propose des titres engagés et humanistes comme “Frontières”. Ce soir, il n’y en aura aucune, ni dans les esprits, ni dans les ambiances, les sons, les instruments… On retrouve ainsi du saxophone, du triangle joué à la cuillère, des castagnettes, de la flûte à bec… Chacun est multi-instrumentiste et on les voit évoluer sur scène à différentes places. Certains passages sont chorégraphiés, avec une remarquable danse synchronisée de Milo (saxophone mais aussi chant, guitare…), Pouet (clarinette entre autres) et de Aurelman (officiant notamment à la trompette). L’humanisme et la bonne humeur se dégage de leurs riches compositions et de leur attitude sur scène. On lève le poing avec eux en scandant “El pueblo Unido”. La formation, qui se veut sans leader, explique alors que leurs titres humanistes et de base non politiques, leur ont valu d’être classé côté islamo gauchiste / wokes… Après cela, pourquoi donc se priver d’aller sur le terrain de l’engagement politique ? C’est là dessus que se lance “Si jamais j’avais pu”, qui ne mâche pas ses mots. Le titre se termine d’ailleurs avec Hanni qui se débarrasse de sa chemise pour dévoiler son torse rasé en forme de cœur. Quelques happenings mode théâtre viennent également rythmer le concert, comme une mise en scène sur le Mexique ou encore un riche mime de France Travail. On va de surprise en surprise, y compris lorsque Couz nous propose un remix de “My Name Is” de Eminem à…l’accordéon ! Bref, ça ne s’arrête jamais, c’est dynamique, rythmé, entrainant… A la fin du set, une chenille se forme spontanément dans le public, mais un peu tard sur le titre qui s’arrête rapidement. C’était sans compter sur les rappels proposés par le groupe. Et si nous pensions être au bout de nos surprises, c’est raté ! Après “Une autre”, titre un peu plus posé, le groupe termine en grenouillère moulante bariolée aux couleurs du drapeau LGBT. La chorégraphie mode boys band qui n’a pas peur du ridicule provoque une ambiance vraiment bon enfant dans la salle. Et alors qu’on pense avoir fini, Mémé rappelle ses petits fils pour “Salut et Merci”, sur laquelle la chenille peut reprendre et voyager dans la salle entière.
Les P’tits Fils de Jeanine ont été une surprise terriblement agréable. On s’attendait à passer une bonne soirée grâce à la programmation qualitative des Enchanteurs, mais la formation a surpassé toutes nos espérances. L’engagement, le collectif, la bonne humeur, les sonorités riches, le travail scénique… Tout était réuni pour un concert inoubliable. Nous espérons fortement revoir la formation dans la région pour profiter à nouveau de leur live incroyable.
Un grand merci à Thibault pour les accréditations, aux Enchanteurs pour l’organisation et à toute l’équipe de la salle et aux bénévoles pour le super accueil.
The day after Lofofora and Burning Heads, we are back at Le Palace in Lillers for another date at the Les Enchanteurs Festival. Same venue but very different style, as we come to discover Les P’tits Fils de Jeannine, with Un P’tit Gars du Coin opening for them. We are promised a journey into unique worlds, navigating through original lyrics and sounds.
Review by Mégane Canis
Pictures by Victor Brunerie
The audience, more family-oriented and diverse than the night before, quietly enters the Palace. At 8pm sharp, Jean D’Ormesson’s voice echoes through the hall, before Un P’tit Gars du Coin takes to the stage. We start with a reggae vibe thanks to the bass, guitar and drums. Then the trumpet and saxophone come in to give the ensemble a ska and brass feel (although the saxophone is obviously a woodwind instrument). The guitar riffs are also pop rock in spirit, with a strong presence. Toussaint, on electric guitar, plays around with effects, varying styles and atmospheres. Dorian (vocals) also adds acoustic guitar at times to create a clever mix. The lyrics are in French and the transitions have a distinct South-West French feel with its sing-song accent. The overall feel is that of modern French chanson, refreshing and festive. The band forms a real collective on stage. The numerous reggae passages invite you to dance in a chill atmosphere. All generations are represented in the audience, and everyone can relate to the band’s compositions. Dorian also adds a few passages on the bongos for a joyful cultural and musical melting pot. He sits down close to his audience to sing ‘Nomade’, with vocals reminiscent of Manau at times. A little later in the set, we also hear inspirations from Manu Chao, against a backdrop of Hispanic/gypsy guitar. Each instrument is highlighted at different moments during the concert, sometimes giving pride of place to the wind instruments, and also offering a moment with the rhythm section alone. Toussaint occupies a large place on stage with gestures and facial expressions that are much more pronounced than those of his bandmates. However, what we appreciate about Un P’tit Gars du Coin is the collective, group aspect. We slowly reach the end of the set with ‘La rumeur’, which starts with a chill reggae before ending with a frenzied ska tempo. The band leaves the stage after an hour-long set and a short choreographed finale. Un P’tit Gars du Coin brought a little piece of Lot to Lillers, with kindness, positivity and a distinctive style. Everything we could have hoped for!
The evening continues after a very efficient set change to welcome Les P’tits Fils De Jeanine. Mémé introduces her grandsons’ concert with a soundtrack giving instructions to follow during the concert (which obviously reminds us of Lofofora‘s the night before!). It should also be noted that Mémé is present via a funeral urn on stage, around which the musicians gather several times. We then start with a wonderful instrument that is too rarely featured in concerts: the clarinet. It is accompanied by brass instruments that allow its sweet sounds to shine through. Another woodwind instrument of the evening, the accordion, also adds its melody. The band features a bass balalaika where an ordinary electric bass would usually be found. This obviously adds richness to the sound, which is rarely or never heard elsewhere. The band is here for its 15th anniversary tour. Very quickly, the band offers us socially conscious and humanistic songs such as ‘Frontières’. Tonight, there will be no boundaries, neither in spirit nor in atmosphere, sound or instruments… We hear the saxophone, the triangle played with a spoon, castanets, the recorder… Each member is a multi-instrumentalist, and we see them evolve on stage in different positions. Some passages are choreographed, with remarkable synchronised dancing by Milo (saxophone, but also vocals, guitar, etc.), Pouet (clarinet, among other instruments) and Aurelman (playing the trumpet, among other instruments). Humanism and good humour emanate from their rich compositions and their attitude on stage. We raise our fists with them, chanting ‘El pueblo Unido’. The band, which claims to have no leader, explains that their humanist and non-political songs have earned them a reputation as Islamo-leftists/wokes… After that, why not venture into the realm of political engagement? This is where ‘Si jamais j’avais pu’ comes in, a song that doesn’t mince its words. The song ends with Hanni taking off his shirt to reveal his chest shaved in the shape of a heart. A few theatrical happenings also punctuate the concert, such as a scene set in Mexico and a rich mime performance of France Travail. We go from one surprise to another, including when Couz treats us to a remix of Eminem’s ‘My Name Is’ on… the accordion! In short, it never stops, it’s dynamic, rhythmic, catchy… At the end of the set, a conga line spontaneously forms in the audience, but a little too late as the song quickly comes to an end. But that was without counting on the band’s encores. And if we thought we’d seen it all, we were wrong! After ‘Une autre’, a slightly more subdued track, the band finishes in tight-fitting jumpsuits in the colours of the LGBT flag. The boy band-style choreography, which isn’t afraid of looking ridiculous, creates a really good-natured atmosphere in the room. And just when we thought it was over, Mémé called her grandsons back on stage for ‘Salut et Merci’, which got the conga line going again and spread throughout the entire venue.
Les P’tits Fils de Jeanine were a wonderfully pleasant surprise. We expected to have a good evening thanks to the high-quality line-up at Les Enchanteurs, but the band exceeded all our expectations. Their commitment, teamwork, good humour, rich sounds, stage presence… Everything came together to make it an unforgettable concert. We very much hope to see the band again in the region so we can enjoy their incredible live performance once more.



















