#Album : Frayle – Heretics & Lullabies (10/10/2025)

L’automne est sans aucun doute la saison idéale pour écouter Frayle, qui vient de sortir son nouvel album le 10 octobre chez Napalm Records. Leur musique se situe dans cet espace délicat entre décadence et beauté, où les ombres s’allongent et les émotions se replient sur elles-mêmes. Avec Heretics & Lullabies, le duo de Cleveland, composé de Gwyn Strang et Sean Bilovecky, revient avec son troisième album complet, une œuvre doom moderne à la fois cinématographique et profondément personnelle. C’est un album de contrastes : éthéré et écrasant, intime et immense, fragile mais terriblement puissant.

par Zo’

English version below


L’univers de Frayle a toujours été hanté, même le visuel suffit à vous le faire imaginer, mais ici, les fantômes semblent plus proches, chuchotant dans l’obscurité. Leur son caractéristique, des voix spectrales et inquiétantes flottant au-dessus de riffs massifs et distordus, n’a jamais semblé aussi délibéré. Le morceau d’ouverture, « Walking Wounded », donne le ton : une marche lente et lourde qui semble rituelle, dont la tension monte comme un orage à l’horizon. Elle a une envergure cinématographique, presque visuelle dans son rythme, tandis que la voix de Gwyn transperce la densité comme un sortilège : fragile mais imposante. Le duo repousse les limites de son genre tout au long de l’album. Sa réinterprétation de « Summertime Sadness » transforme l’hymne pop mélancolique de Lana Del Rey en un hymne fantomatique et inquiétant. C’est dérangeant et addictif, preuve de la facilité avec laquelle Frayle peut s’approprier la chanson de quelqu’un d’autre et la faire sienne. Sous le doom et la distorsion, des fragments de sensibilité pop font surface, des refrains qui persistent, des mélodies qui s’ancrent tranquillement dans votre esprit, c’est aussi pourquoi cette reprise semble s’intégrer parfaitement dans cet album.

Le milieu de l’album plonge davantage dans les ténèbres. « Boo » frappe avec une agressivité inattendue, ses guitares écrasantes et les voix partagées entre celle, inquiétante, de Gwyn et celle, saturée, de Sean lui conférant une intensité brute, presque rituelle. « Demons » suit comme une invocation, lourde, obscure, appelant les démons qui sommeillent en nous, tandis que « Souvenirs of Your Betrayal » expose le côté le plus vulnérable du groupe. S’étirant lentement sur plusieurs minutes, il est empreint de chagrin et d’introspection. Les paroles « Was I not good enough, complete enough? Did I not give enough or take too much? Just once I wanted you to be afraid of losing me, Souvenir of your Betrayal, they haunt me still, » résonnent longtemps après que la dernière note se soit éteinte, comme si les fantômes eux-mêmes répondaient.

À partir de là, « Glass Blown Heart » prend le relais avec une sorte d’urgence, même si, comme dans « Hymn for the Living », elle semble offrir des moments fugaces de lumière. Les percussions nous guident à travers des paysages fiévreux. « Hymn for the Living » donne l’impression d’une main tendue depuis l’au-delà, une chanson rassurante des morts aux vivants, un doux rappel que certaines présences ne disparaissent jamais vraiment.

Mais dès que nous baissons notre garde, « Run » s’insinue, d’une douceur trompeuse, presque comme une berceuse, jusqu’à ce que ses sinistres sous-entendus se révèlent. La voix de Gwyn devient celle d’une sorcière malveillante, ou peut-être celle de nos propres démons intérieurs : « You can’t run from me, just you try and see…» Il y a toujours quelque chose de troublant d’humain sous le monstre, car nous savons tous que la véritable menace est souvent interne. « Heretic » offre l’un des moments les plus violents et viscéraux de l’album. Les cris de Sean se mêlent à la voix éthérée de Gwyn, créant une dualité saisissante, deux entités entrelacées dans un seul exorcisme. Le morceau se fond dans « Only Just Once », une finale envoûtante qui distille tout ce que Frayle fait de mieux : des voix inquiétantes, des guitares magistrales et une atmosphère à la fois suffocante et sublime.

Heretics & Lullabies est un album de dévotion et de décadence, de puissance et de vulnérabilité. Il capture l’essence même de Frayle : un groupe qui ne se contente pas de jouer du doom metal, mais qui vit dans son ombre. Magnifique, menaçant et surnaturel, cet album est un sortilège qui s’exerce lentement, destiné à persister longtemps après que les lumières se soient éteintes.

Tracklist :

  1. Walking Wounded
    02. Summertime Sadness
    03. Boo
    04. Demons
    05. Souvenirs Of Your Betrayal
    06. Glass Blown Heart
    07. Hymn For The Living
    08. Run
    09. Heretic
    10. Only Just Once

 


Autumn is definitely the right season to listen to Frayle, and they just released their new album on October 10th via Napalm Records. Their music exists in that delicate space between decay and beauty, where shadows stretch a little longer and emotions turn inward. With Heretics & Lullabies, the Cleveland duo, Gwyn Strang and Sean Bilovecky, return with their third full-length album, a modern doom offering that feels both cinematic and deeply personal. It’s a record of contrasts: ethereal and crushing, intimate and immense, fragile yet terrifyingly powerful.

by Zo’

Frayle’s world has always been haunted, even just the visual can let you imagine this, but here the ghosts seem closer, whispering in the dark. Their signature sound, eerie, spectral vocals floating over massive, distorted riffs, has never felt more deliberate. Opening track “Walking Wounded” sets the tone: a slow, heavy march that feels ritualistic, its tension building like a storm on the horizon. It’s cinematic in scope, almost visual in its pacing, as Gwyn’s voice cuts through the density like a spell: fragile but commanding. The duo stretch the edges of their genre throughout the record. Their reimagining of “Summertime Sadness” transforms Lana Del Rey’s melancholic pop anthem into a creeping, ghostly hymn. It’s unsettling and addictive, proof of how naturally Frayle can inhabit someone else’s song and make it wholly their own. Beneath the doom and distortion, fragments of pop sensibility surface, choruses that linger, melodies that quietly anchor themselves in your mind, that also why this cover seems to fit perfectly in this record. 

The middle of the album dives deeper into darkness. “Boo” hits with unexpected aggression, its crushing guitars and shared vocals between Gwyn’s eerie voice and Sean’s saturated singing giving it a raw, almost ritualistic intensity. “Demons” follows like an invocation, heavy, obscure, it calls the demons inside us, while “Souvenirs of Your Betrayal” exposes the band’s most vulnerable side. Stretching slowly over several minutes, it aches with heartbreak and introspection. The lyrics, “Was I not good enough, complete enough? Did I not give enough or take too much? Just once I wanted you to be afraid of losing me, Souvenir of your Betrayal, they haunt me still,” echo long after the last note fades, as if the ghosts themselves were answering.

From there, “Glass Blown Heart” takes over with a kind of urgency, even if, like in “Hymn for the Living”, it seems to offer fleeting moments of light. The percussions guide us through feverish landscapes. “Hymn for the Living” feels like a hand reaching out from beyond, a song of reassurance from the dead to the living, a gentle reminder that some presences never truly disappear.

But as soon as we let our guard down, “Run” creeps in, deceptively soft, almost like a lullaby, until its sinister undertones reveal themselves. Gwyn’s voice becomes that of a malicious witch, or perhaps of our own inner demons: “You can’t run from me, just you try and see…” There’s still something disturbingly human beneath the monster, as we all know the real threat is often internal. “Heretic” brings one of the most violent and visceral moments of the record. Sean’s screams merge with Gwyn’s ethereal tone, creating a striking duality, two entities entwined in a single exorcism. The track bleeds into “Only Just Once”, a haunting finale that distills everything Frayle do best: eerie vocals, masterful guitars, and an atmosphere that feels both suffocating and sublime. 

Heretics & Lullabies is an album of devotion and decay, of power and vulnerability. It captures the essence of Frayle: a band that doesn’t just play doom metal but lives within its shadows. Beautiful, menacing, and otherworldly, this record is a spell cast slowly, meant to linger long after the lights go out.

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