#Live : Frustration + Gwendoline + No Filter + Canteleu @ The Black Lab, Wasquehal – 07/11/2025

Les amateurs de punk français avaient rendez-vous à The Black Lab le 7 novembre dernier. Pas moins de quatre groupes étaient présents pour ravir nos oreilles tout au long de cette folle soirée. Au programme : Frustration, Gwendoline, No Filter et évidemment les locaux de Canteleu. On vous raconte tout ça ! 

Report par Mégane Canis

Photos par Marye DAVENNE

English version below


La salle ouvre avec un peu de retard, ce qui n’empêche pas notre trio local de démarrer à l’heure. Canteleu regroupe trois musiciens bien connus des aficionados de la scène lilloise avec Théo (Gummo) à la guitare , Zelda au chant et à la basse, ainsi que Mathieu (Gummo également) à la batterie. La formation nous propose une sonorité faite de reverb au chant. La batterie est minimaliste avec son pad électronique. L’ensemble donne des aspects froids, oscillant parfois entre post punk et cold punk. Les titres sont emplis d’émotions, parfois très brutes, parfois plus complexes. Là où “CENDRES” est assez ambiante, “LA VIE” est plus percutante. La basse est bien présente dans le mix, donnant cet aspect assez lourd aux titres, contrebalancé par une guitare aux sonorités claires. Théo prend le micro pour “Goodbye Horses”, reprise de Q Lazzarus, et seul titre en anglais de la setlist. La salle se remplit. Et autant à l’avant, on est totalement envoutés par la prestation, autant à l’arrière ça frise le manque de respect. Les titres souvent dans les fréquences basses et graves, font que les voix humaines passent rapidement au-dessus et sont donc assez audibles. Qu’à cela ne tienne, on ne boude pas notre plaisir à écouter Canteleu. “LE TUNNEL” marque la fin de la prestation, courte mais efficace, de Canteleu. On n’oublie pas de saluer Charly au son ou Antoine (guitariste de Gummo) qui a enregistré l’EP du groupe paru en 2024. Et bien que nous trouvions que la fin de ce concert arrive vite, il est visiblement largement temps pour la guitare de Théo dont une corde lâche en toute fin de prestation ! 

On enchaîne la soirée avec le seul groupe de l’affiche que je n’avais encore jamais vu. No Filter démarre avec une petite ambiance rap punk qui pourrait évoquer Krav Boca, avant que l’ensemble ne s’électrise. Une boite à rythme bien énervée donne un aspect électronique à leur punk. La formation a fait 8h de route, ce qui n’a pas réduit leur forme, comme ils nous le prouvent sur “Sauvage”. Les samples présents apportent un côté synth punk à l’ensemble. Dans le chant et dans l’attitude, on remarque évidemment les influences Oï dans lesquelles le groupe a très probablement puisé. Ils chauffent vraiment le public, et le pogo finit par démarrer. En même temps, rien de bien étonnant avec des titres comme “Bagarre Générale” ou “La Haine nous Appartient”. Sur scène, c’est hyper énergique, hyper efficace, avec un chant bien agressif. On pense notamment à Oï Boys en écoutant le groupe. C’est une formation qu’on verrait bien au Zikenstock ou à L’Ouïe Pleure. Les rythmiques entêtantes font bouger les corps, parfois de manière anarchique, dans une mouvement 100% punk. Bref, une très chouette découverte dont on ne manquera pas de suivre les prochains passages ! 

La soirée avance et on retrouve Gwendoline. On avait découvert le groupe lors du festival En Nord Beat et on avait trop hâte de les retrouver ! La formation démarre avec une douce complainte qui appelle le public à rentrer dans la salle. Puis ils enchaînent avec une voix grave, presque slamée, qui nous rappelle vaguement Fauve. Les chants de Pierre Barrett et Mickaël Olivette alternent durant tout le set. Entre voix claire avec reverb et voix grave, le duo nous envoûte. Musicalement on est quelque part à la croisée du post punk, du synth punk, le tout teinté de cold wave. Les quatre musiciens assurent en toute simplicité. “Chevalier Ricard” est repris en chœur dans la fosse. Le titre est hyper entêtant et efficace. Gwendoline c’est vraiment un univers, une ambiance. Et ils arrivent à nous y embarquer en seulement quelques minutes. Derrière les musiciens, un écran illustre divers sujets. Pendant “Conspire”, on y voit ainsi tous les puissants (et surtout fraudeurs) de ce monde comme les Balkany, Elon Musk… Mais aussi mis en lien avec les évènements de la société et du monde : violences policières, déforestation, catastrophe écologique, maltraitance animale. Ici la basse puissante illustre parfaitement la gravité du propos. On est totalement happé par ce titre fort, qui par ses paroles mais aussi par sa composition instrumentale, traduit une sensation d’oppression telle que celle que le monde qui nous entoure nous fait ressentir. Avec “Chèque Vacances”, Gwendoline illustre encore un sujet de société. Le groupe écrit des textes qui parlent aux gens “ordinaires”, qui évoquent le quotidien et les émotions qui traversent la majorité de la population, ceux qui vivent hors du système de l’entre soi des privilégiés. Les corps suivent les rythmiques répétitives. Et tandis que le groupe évoque la Suze Tonic dans “Pinata”, des liquides alcoolisés se répandent malencontreusement sur scène, essuyés sans s’arrêter par les musiciens. On termine le show avec “Audi rtt”, au son de “la vie c’est dûr putain” alors que tous les chiens de la classe type Hanouna, Bigard, aux côtés des opprimeurs Macron, Zemmour… Les couplets graves sont ici mis en contraste avec les refrains plus lumineux qui voient défiler les photos de tournée, de vie… Entre optimisme mélancolique et pessimisme plein d’espoir, Gwendoline apporte des sensations douces amères qui prennent aux tripes. 

Le public a massivement répondu présent et la soirée bat son plein, avec un bar qui ne désemplit pas en ce vendredi soir. Frustration monte sur scène en faisant baisser la nôtre grâce à une avance de 15 minutes sur le planning prévu ! Ce qui nous promet de rester jusqu’au bout du concert sans rater les derniers transports en commun… Après une introduction à base de chants d’oiseaux amenant “Path of Extinction”, le post punk des parisiens va rapidement monter en puissance et en tempo. Un mini pogo éclate même dans le fond. A l’avant ça se déchaîne totalement. Les claviers de Fred Campo ancrent le groupe dans le post punk mais ne s’interdisent aucune fantaisie. Ainsi certaines sonorités donnent un petit aspect expérimental, sans limite, aux compositions, notamment celles du dernier album Our Decisions (2024). Parfois, des petits accessoires comme le wind chime, apportent des détails importants aux titres. La formation, qui tourne depuis plus de 20 ans, rend hommage “aux jeunots” de Gwendoline, dans une ôde au progressisme et à la modernité. Fabrice Gilbert (chant) nous assène les textes avec une force et une virulence qui embarquent toute la salle. Il vit complètement ses textes et nous honorent parfois de quelques chorégraphies possédées sur des passages instrumentaux plus calmes. Les interactions avec le public sont bien présentes, rendant le show très interactif, avec une vraie sensation de proximité. Scéniquement, la formation propose quelque chose de très épuré, mais rempli l’espace par son énergie unique, qui explique l’affluence ce soir. Sur album, Frustration c’est excellent, mais en live le groupe donne tout et c’est une expérience unique. Quand on parle de spectacle vivant, on est en plein dedans! Les titres s’enchainent, et on sent la fin poindre son nez lorsque retentit le fameux “Too Many Questions”. Le public donne alors tout ce qui lui reste, physiquement et vocalement. Le titre comporte des passages hyper dansants, grâce à des éléments indus/électro, que les spectateurs s’approprient aisément. La réelle apothéose aura lieu avec “Blind”, titre immanquable de la discographie du groupe. Finalement, Frustration nous permet d’extérioriser les nôtres et il ne nous en reste aucune ! 

On pouvait difficilement rêver meilleur vendredi soir. La programmation a rempli toutes ses promesses, et au vu des réactions du public, chacun y a trouvé son bonheur musical ! Les quatre groupes, avec leurs univers à la fois différents mais se rejoignant, ont fait chavirer nos cœurs et nos oreilles ! 

Merci à Mic pour les accréditations, à The Black Lab pour l’organisation de cette soirée et à toute l’équipe pour l’accuei.


French punk fans had a date at The Black Lab on 7 November. No fewer than four bands were there to delight our ears throughout this crazy evening. On the programme: Frustration, Gwendoline, No Filter and, of course, local band Canteleu. We’ll tell you all about it!

Review by Mégane Canis

Pictures by Marye DAVENNE

The venue opened a little late, but that didn’t stop our local trio from starting on time. Canteleu brings together three musicians well known to aficionados of the Lille scene: Théo (Gummo) on guitar, Zelda on vocals and bass, and Mathieu (also Gummo) on drums. The band offers a sound made up of reverb on the vocals. The drums are minimalist with their electronic pad. The whole thing has a cold feel to it, sometimes oscillating between post-punk and cold punk. The tracks are full of emotion, sometimes very raw, sometimes more complex. Whereas ‘CENDRES’ is quite ambient, ‘LA VIE’ is more powerful. The bass is very present in the mix, giving the tracks a rather heavy feel, counterbalanced by a clear-sounding guitar. Théo takes the microphone for ‘Goodbye Horses’, a cover of Q Lazzarus, and the only English track on the setlist. The room fills up. And while those at the front are completely captivated by the performance, those at the back are bordering on disrespectful. The tracks, often in low and bass frequencies, mean that the human voices quickly rise above the noise and are therefore quite audible. Never mind, we don’t begrudge our pleasure in listening to Canteleu. ‘LE TUNNEL’ marks the end of Canteleu‘s short but effective performance. We mustn’t forget to give a shout-out to Charly on sound and Antoine (Gummo’s guitarist) who recorded the band’s EP released in 2024. And although we feel that the end of this concert comes too quickly, it’s clearly time for Théo‘s guitar, one of whose strings breaks at the very end of the performance!

We continue the evening with the only band on the bill that I’ve never seen before. No Filter starts with a bit of a rap punk vibe reminiscent of Krav Boca, before the whole thing becomes electrified. A lively drum machine gives their punk an electronic feel. The band has been on the road for eight hours, but that hasn’t dampened their spirits, as they prove on ‘Sauvage’. The samples give the whole thing a synth punk feel. In the vocals and attitude, you can clearly hear the Oï influences that the band has most likely drawn on. They really get the audience going, and the pogo eventually starts. At the same time, this is hardly surprising with tracks like ‘Bagarre Générale’ and ‘La Haine nous Appartient’. On stage, they are hyper-energetic, hyper-effective, with very aggressive vocals. Listening to the band, Oï Boys immediately comes to mind. This is a band we could easily see playing at Zikenstock or L’Ouïe Pleure. The heady rhythms get bodies moving, sometimes anarchically, in a 100% punk style. In short, a very nice discovery that we will definitely be following in the future!

The evening progresses and we find Gwendoline. We discovered the band at the En Nord Beat festival and couldn’t wait to see them again! The band starts with a soft lament that calls the audience into the room. Then they follow up with a deep, almost slam-like voice that vaguely reminds us of Fauve. The vocals of Pierre Barrett and Mickaël Olivette alternate throughout the set. Between clear voices with reverb and deep voices, the duo captivates us. Musically, we are somewhere at the crossroads of post-punk and synth punk, all tinged with cold wave. The four musicians perform with ease. ‘Chevalier Ricard’ is sung in chorus in the pit. The song is extremely catchy and effective. Gwendoline is truly a universe, an atmosphere. And they manage to draw us into it in just a few minutes. Behind the musicians, a screen illustrates various subjects. During ‘Conspire’, we see all the powerful (and especially fraudulent) people of this world, such as the Balkany family and Elon Musk, but also links to events in society and the world: police violence, deforestation, ecological disasters and animal abuse. Here, the powerful bass perfectly illustrates the seriousness of the subject matter. We are completely captivated by this strong track, which, through its lyrics and instrumental composition, conveys a feeling of oppression similar to that which we feel in the world around us. With ‘Chèque Vacances’, Gwendoline once again illustrates a social issue. The band writes lyrics that speak to ‘ordinary’ people, evoking everyday life and the emotions experienced by the majority of the population, those who live outside the privileged elite’s closed circle. The bodies follow the repetitive rhythms. And while the band evokes Suze Tonic in ‘Pinata’, alcoholic liquids are accidentally spilled on stage, wiped up non-stop by the musicians. The show ends with ‘Audi rtt’, to the sound of ‘life is fucking hard’ while all the dogs of the Hanouna and Bigard type, alongside the oppressors Macron, Zemmour… The serious verses are contrasted here with the brighter choruses, which feature photos of the tour and life… Between melancholic optimism and hopeful pessimism, Gwendoline brings bittersweet sensations that hit you in the gut.

The audience turned out in force and the evening is in full swing, with the bar packed on this Friday night. Frustration takes to the stage, easing our frustration by starting 15 minutes ahead of schedule! This means we can stay until the end of the concert without missing the last public transport… After an introduction based on birdsong leading into ‘Path of Extinction’, the Parisian band’s post-punk quickly picks up in power and tempo. A mini mosh pit even breaks out at the back. At the front, the crowd goes wild. Fred Campo’s keyboards anchor the band in post-punk but don’t shy away from fantasy. Certain sounds give the compositions a slightly experimental, limitless feel, particularly those from their latest album, Our Decisions (2024). Sometimes, small accessories such as wind chimes add important details to the tracks. The band, which has been touring for over 20 years, pays tribute to the ‘youngsters’ of Gwendoline in an ode to progressivism and modernity. Fabrice Gilbert (vocals) delivers the lyrics with a force and virulence that sweeps the whole room along. He lives his lyrics completely and sometimes honours us with a few possessed choreographies on quieter instrumental passages. There is plenty of interaction with the audience, making the show very interactive, with a real feeling of closeness. On stage, the band offers something very minimalist, but fills the space with its unique energy, which explains the large crowd tonight. On album, Frustration is excellent, but live the band gives its all and it’s a unique experience. When we talk about live performance, this is it! The songs follow one after the other, and we sense the end approaching when the famous ‘Too Many Questions’ rings out. The audience then gives everything they have left, physically and vocally. The track has some very danceable passages, thanks to industrial/electro elements, which the audience easily takes to. The real climax comes with ‘Blind’, an unmissable track from the band’s discography. In the end, Frustration allows us to let out our frustrations, and we have none left!

It would have been hard to imagine a better Friday night. The line-up delivered on all its promises, and judging by the audience’s reactions, everyone found something to enjoy musically! The four bands, with their different yet similar styles, won over our hearts and ears!

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