Quatre ans après RUCKUS!, Movements reviennet avec Happier Now, leur quatrième album, dont la sortie est prévue le 4 septembre chez Fearless Records. Le quatuor post-hardcore du sud de la Californie a toujours su trouver le juste équilibre entre des riffs math et discordants et des mélodies avant-gardistes. Cette fois-ci, l’objectif était de faire resurgir certains des éléments caractéristiques des débuts du groupe tout en les mêlant à la direction explorée sur leur précédent album. Le résultat semble familier sans pour autant se contenter de regarder en arrière, oscillant entre urgence, mélancolie et mélodies envoûtantes tout en conservant un fil conducteur émotionnel fort tout au long de l’album.
par Zo‘
English version below
Happier Now s’ouvre sur « Pulse », qui nous plonge d’emblée dans l’univers des Movements. La voix de Patrick Miranda et la guitare d’Ira George s’entremêlent avant que les riffs envoûtants et les mélodies planantes ne prennent progressivement le dessus. Les premières paroles « Is it worth it anymore? Are we searching for the pulse? » donnent le ton d’un album qui passera beaucoup de temps à s’interroger sur où nous en sommes, ce que nous sommes devenus et si nous sommes réellement plus heureux avec les choix que nous avons faits. Ensuite, « Dissolve Me » accélère le rythme avec des riffs tendus et anguleux enveloppés d’harmonies vocales chatoyantes. C’est un morceau hardcore entraînant qui semble taillé pour les concerts, le genre de chanson qui nous donne irrésistiblement envie de sauter et de danser. En tant que premier morceau écrit pour l’album et premier single, il a défini l’énergie que Movements souhaitait capturer ici. « Comme une grande partie de l’album, cette chanson est introspective ; c’est une sorte de confession sur mes propres comportements sociaux et les difficultés que je rencontre pour gérer même les interactions quotidiennes les plus insignifiantes ou les plus “normales”. Ces sentiments ont tendance à s’accumuler et à s’aggraver avec le temps, au point de devenir paralysants. Parfois, j’ai l’impression que le seul remède serait de me cogner la tête contre un mur », explique Patrick Miranda. C’est un album introspectif, mais son énergie donne incroyablement envie de chanter à tue-tête. Les mélodies plus enjouées des premiers titres prennent une tournure plus sombre avec « Everything Is Fine ». Derrière ce son contagieux se cache le mensonge familier que nous racontons lorsque nous insistons pour dire que tout va bien, tout en nous cachant derrière les murs que nous avons érigés autour de nous. La chanson donne l’impression d’une tentative de protéger un espace fragile en refusant de laisser quiconque y pénétrer, même lorsque cet isolement nous brise lentement. C’est le genre de morceau où l’on a envie de chanter chaque mot en chœur, peut-être parce que l’on reconnaît un peu trop bien ce sentiment. Le morceau-titre, « Happier Now », s’enchaîne naturellement. Des mélodies de guitare hypnotiques et un rythme de batterie régulier portent la chanson, tandis que son intensité s’accroît progressivement. La question répétée « Are you happier now? » reste gravée dans nos esprits, nous amenant à nous demander si toutes les décisions que nous avons prises nous ont réellement menés là où nous voulions aller. C’est une question d’une simplicité trompeuse qui devient de plus en plus difficile à ignorer à chaque fois qu’elle revient. « Flowerbed » offre d’abord une mélodie de guitare légèrement plus légère, mais dès que Patrick Miranda commence à chanter, les guitares s’effacent pour laisser davantage d’espace à la basse, qui résonne sous sa voix. Une fois de plus, Movements parvient à créer cette atmosphère hypnotique qui nous donne envie de continuer à écouter. Le morceau oscille avec aisance entre des passages plus doux et d’autres plus intenses, la guitare apportant une touche presque optimiste à la mélodie avant de s’arrêter brusquement et de nous plonger dans le rythme plus lent de « Back In My Ways ». Cette chanson, à la fois sombre et mélancolique, constitue l’un des moments les plus émouvants de l’album. Le morceau dans son ensemble donne l’impression d’une histoire qui s’installe lentement, la tension montant de manière presque imperceptible derrière la voix de Patrick Miranda. Il admet avoir d’abord détesté cette chanson, car il hésitait à revenir au côté « plus triste » de la musique du groupe, mais avec le temps, elle est devenue l’une de ses préférées. On comprend facilement pourquoi. La mélodie s’intensifie lentement en arrière-plan tandis que son interprétation gagne en puissance, jusqu’à ce que, aux deux tiers du morceau, toute cette tension éclate enfin en un torrent de riffs et d’émotion. C’est le genre de chanson que l’on sait déjà que l’on chantera à tue-tête avec le groupe en concert. Après cette libération émotionnelle, « Spellbound » offre un bref moment de répit. Cet interlude conserve le caractère hypnotique présent tout au long de l’album, nous permettant de prendre un peu de recul avant que l’énergie ne revienne. Dans la deuxième partie de l’album, « III at Ease » accélère à nouveau le tempo, ravivant l’envie de sauter et de danser. Les paroles sont portées par un riff de guitare marquant, avant que tout n’explose à nouveau dans l’énergie instaurée plus tôt dans l’album. Il y a quelque chose de particulièrement saisissant dans l’interprétation vocale ici, notamment dans les phrases « Mostly I miss having fun / Oh my God, what’s happening to me », où la mélodie est presque réduite à néant et qui ressortent immédiatement, faisant de ce morceau l’un des moments forts de l’album. « Live by the Sword » poursuit sur cette lancée avec un son plus percutant, des guitares résonnantes et une mélodie entraînante qui pourrait facilement rester gravée dans nos têtes pendant longtemps. La basse d’Austin Cressey prend particulièrement le dessus vers le dernier couplet, apaisant brièvement le morceau avant que tout n’explose à nouveau. Il y a beaucoup de rage ici, mais le morceau ne perd jamais ce côté accrocheur qui rend l’album si facile à réécouter. « Everyone I’ve Ever Been » est un peu plus mélodique et dansant, nous offrant un nouveau changement de texture sans pour autant sacrifier l’énergie. Elle est moins empreinte de rage que le morceau précédent, mais Movements ne laisse jamais notre attention se relâcher. La chanson s’estompe peu à peu, menant en douceur vers le morceau bien plus calme « Fragile Hands ». Ici, tout ralentit. Derrière la batterie, Spencer York impose le rythme avant qu’un synthé doux ne vienne les rejoindre, suivi de la basse, de la guitare et de la voix de Patrick Miranda. Le morceau dégage une atmosphère triste et nostalgique, la basse semblant presque répondre au chant à travers sa propre mélodie. Chaque instrument a sa place, ce qui rend les moments plus calmes encore plus intimes. Vers la fin, la guitare gagne en intensité et finit par dominer le mix avant de s’arrêter brusquement, laissant les mots « But I can’t change… » en suspens sur le synthé. Enfin, « Separate » clôt l’album en nous ramenant à quelque chose de plus vivant, sans pour autant abandonner complètement tout ce que nous venons de vivre. On a l’impression que Movements fait ce qu’il sait faire de mieux : allier une charge émotionnelle à des mélodies aériennes et à une intensité qui monte lentement jusqu’à exploser. Et juste au moment où nous arrivons à la fin, nous en redemandons.
Happier Now réussit à réunir différentes époques de Movements sans qu’elles semblent déconnectées les unes des autres. Le groupe peut être intense, mélodique, hypnotique ou vulnérable, parfois au sein d’un même morceau, et les transitions entre ces ambiances semblent remarquablement naturelles. C’est un album qui nous invite à nous remettre en question, à lutter contre nos propres schémas et à essayer de comprendre si nous avançons réellement, tout en nous donnant de nombreuses raisons de crier, de danser et de nous perdre une fois de plus dans leur musique.

Tracklist:
01 : Pulse
02 : Dissolve Me
03 : Everything Is Fine
04 : Happier Now
05 : Flowerbed
06 : Back In My Ways
07 : Spellbound
08 : Ill At Ease
09 : Live By The Sword
10 : Everyone I’ve Ever Been
11 : Fragile Hands
12 : Separate
Four years after RUCKUS!, Movements returns with Happier Now, their fourth full-length album, scheduled to be released on September 4th via Fearless Records. The Southern California post-hardcore quartet has always found a way to balance mathy, discordant riffs with forward-thinking melodies. This time the goal was to bring back some of the early elements of the band while blending them with the direction explored on their previous record. The result feels familiar without simply looking backwards, moving between urgency, melancholy and soaring melodies while keeping a strong emotional thread throughout.
by Zo‘
Happier Now opens with “Pulse” that immediately pushes us into the Movements universe. Patrick Miranda’s voice and Ira George’s guitar work together before the slow-burning riffs and soaring melodies gradually take over. The first lyrics “Is it worth it anymore? Are we searching for the pulse?” sets the tone for an album that will spend a lot of time questioning where we are, what we have become and whether we are actually happier with the choices we have made. After that, “Dissolve Me” picks up the pace with tense, angular riffs wrapped in shimmering vocal harmonies. It is an infectious hardcore bop that feels made for the live session, the kind of song where we cannot help but jump and dance along. As the first track written for the album and its first single, it established the energy that Movements wanted to capture here. “Like much of the record, this song is introspective, and It’s a sort of confession about my own social behaviors and the challenges I face in navigating even the smallest or most ‘normal’ everyday interactions. Those feelings tend to accumulate and worsen over time, to the point where they can become debilitating. Sometimes it feels like the only remedy would be to slam my head into a wall,” explains Patrick Miranda. It is introspective, but the energy makes it incredibly easy to scream along to. The brighter melodies of the opening tracks take a darker turn with “Everything Is Fine”. Behind its infectious sound lies the familiar lie we tell when we insist that everything is fine while hiding behind walls we have built around ourselves. The song feels like an attempt to protect a fragile space by refusing to let anyone inside, even when that isolation is slowly breaking us. It is the kind of track where we want to sing every word alongside, perhaps because we recognise that feeling a little too well. The title track, “Happier Now”, follows naturally. Hypnotic guitar melodies and a steady drum rhythm carry the song forward, while its intensity gradually increases. The repeated question “Are you happier now?” stays in our heads, making us wonder whether all the decisions we have made actually brought us where we wanted to go. It is a deceptively simple question that becomes harder to ignore each time it comes back. “Flowerbed” offers a slightly lighter guitar melody at first, but as Patrick Miranda starts singing, the guitars step back and leave more space for the bass to resonate beneath his voice. Once again, Movements find that hypnotic quality that makes us want to keep listening. The track moves effortlessly between softer and heavier passages, with the guitar adding something almost hopeful to the melody before ending abruptly and throwing us into the slower pace of “Back In My Ways”. This song is moody and melancholic, and creates one of the album’s biggest emotional moments. The whole track feels like a slow-burn story, with the tension building almost imperceptibly behind Patrick Miranda’s vocals. He admits that he initially hated the song because he was hesitant to return to the “sadder” side of the band’s music, but over time it became one of his favourites. It is easy to understand why. The melody slowly builds in the background while his delivery becomes increasingly powerful, until, around two-thirds into the track, all that tension finally erupts into a torrent of riffs and emotion. It is the kind of song we already know we will be screaming back at the band live. After that emotional release, “Spellbound” offers a short moment to breathe. The interlude keeps the hypnotic quality found throughout the record, allowing us to step back for a moment before the energy returns.
For the second part of the record, “III at Ease” picks up the tempo once again, bringing back the urge to jump and dance. The lyrics are delivered over a prominent guitar riff before everything explodes back into the energy established earlier in the album. There is something particularly striking about the vocal delivery here, especially in the lines “Mostly I miss having fun / Oh my God, what’s happening to me”, where the melody is almost stripped to nothing and which immediately stand out and make this one of the record’s highlights. “Live by the Sword” keeps that momentum going with a punchier sound, reverberating guitars and an infectious melody that could easily stay stuck in our heads for a long time. Austin Cressey‘s bass becomes particularly prominent towards the final verse, briefly calming the track before everything explodes once again. There is a lot of rage here, but it never loses the catchiness that makes the album so easy to come back to. “Everyone I’ve Ever Been” is a little more melodic and danceable, giving us another change of texture without sacrificing the energy. It is less rage-filled than the previous track, but Movements never let our attention slip. The song eventually fades away, smoothly leading into the much quieter “Fragile Hands”. Here, everything slows down. Behind the drums, Spencer York establishes the rhythm before a soft synth joins them, followed by bass, guitar and Patrick Miranda’s voice. The track feels sad and nostalgic, with the bass almost answering the vocals through its own melody. Each instrument has room to exist, making the quieter moments feel even more intimate. Towards the end, the guitar grows louder and eventually takes over the mix before stopping abruptly, leaving the words “But I can’t change…” hanging over the synth. Finally, “Separate” closes the record by bringing us back to something more lively, but without completely abandoning everything we have just experienced. It feels like Movements doing what they do best: combining emotional weight with floating melodies and an intensity that slowly builds until it finally explodes. And just when we have reached the end, we are left wanting more.
Happier Now succeeds in bringing together different eras of Movements without making them feel disconnected. The band can be heavy, melodic, hypnotic or vulnerable, sometimes within the same track, and the transitions between those moods feel remarkably natural. It is an album about questioning ourselves, struggling with our own patterns and trying to understand whether we are actually moving forward, all while giving us plenty of reasons to scream, dance and lose ourselves in their music once more.