Interview et photos par Marye Davenne
English version below
Marye : Je voulais commencer cette interview par le commencement, c’est à dire comment la musique est entrée dans ta vie ? Est-ce que c’est vraiment un désir qui était là depuis que tu étais enfant ?
MDNS : J’ai toujours aimé la musique, toujours écouté beaucoup de sons. Mon père est guitariste, il était dans les groupes locaux plus reggae ou fusion. Et j’ai fait un peu de guitare à l’époque. Mon père, il m’apprenait quand j’avais genre 8 ans. Et finalement, en fait, j’ai relâché, j’ai re repris, j’ai relâché, et cetera. Et c’est un peu comme ça. Après, moi, je voulais pas vraiment faire de la musique de ma vie, pas du tout, au contraire.
Marye : T’es arrivé un peu par hasard.
MDNS : Ouais et en fait c’est dans mon adolescence que je me suis vraiment dit « vas-y faut que je me lance ». Au collège j’écrivais du rap, enfin j’écrivais des textes de rap, je rappais beaucoup. Du coup je me suis lancé dans le rap genre à 17-18 ans
Marye : Et tu recherchais quoi dans ce processus ? Plutôt la production, l’écriture, peut-être mettre des mots sur ce que t’avais au fond de toi.
MDNS : C’était plus ça ouais, mettre des mots sur ce qui m’entourait, parler de ma vie aussi, j’avais des choses à dire, même si j’avais rien vécu de fou.
Marye : Tu t’es alors lancé dans des projets musicaux plutôt axé rap à la base. Quand est ce qu’il y a eu le déclic et que « MDNS » va devenir ton identité, ce qui te représente ?
MDNS : Je dirai que MDNS a toujours été en moi, juste dans un style différent, plus de la musique extrême entre guillemets. Je faisais du rap, je bossais avec des gens méga pro de ouf, mais quand j’ai commencé à faire du rock c’est là où je me suis dit « c’est bon, j’ai trouvé mon truc ». J’ai toujours rêvé de faire ça et je peux mettre toute mon énergie là-dedans et aller jusqu’au bout de ce que j’ai toujours voulu faire vraiment. J’ai essayé de m’accompagner aussi de gens qui me poussent à aller plus loin et j’avais cette volonté de live aussi, vraiment de faire une musique live organique, vraiment brute et sincère.
Marye : Est-ce que tu trouves que tu as dû un peu te battre pour trouver ta place dans cette scène ? Parce que la scène rock, et même élargie jusqu’au punk, elle est quand même extrêmement riche.
MDNS : Non, pas tant, pas tant. En vrai, ça s’est fait naturellement. C’est peut-être de la chance, mais je me suis jamais dit « putain faut que je fasse mon trou ». C’était plus un truc du genre « je fais ce que je kiffe et on verra ce qui ce qui se passe après ». Et je suis un grand spectateur aussi, donc je vais voir plein de groupes et je kiffe, je kiffe aller voir des concerts. Et ça me motive, aller voir un groupe sur scène, dire « putain mais j’aimerais trop être à leur place »
Marye : Avant de parler de ton EP, la raison principale pour laquelle on est ensemble aujourd’hui, je voulais savoir si dans ton début de carrière il y a eu des premières étapes ou des moments importants comme un concert marquant, une expérience, une rencontre particulière qui t’a fortement marqué ?
MDNS : Ouais, bah il y a eu déjà l’expérience Train Fantôme où on a tourné de ouf et c’était la première fois pour nous tous qu’on tournait comme ça. C’était incroyable, on a vécu une aventure de ouf, on est tous des potes, on est arrivé à 15 sur scène, c’était incroyable, on a fait des gros gros concerts, on a fait la première partie de Scarlxrd et là je fais waouh. En fait, il y a un public pour qui est prêt à acheter des places de concert et à venir en concert pour nous voir. Donc là, j’étais vraiment choqué. On a fait la première partie d’Ho99o9, ça c’était fou. Une expérience de ouf. Et sinon, moi en solo, je dirai que la sortie de mon album Posthume a été ultra important pour moi.
Marye : Surtout qu’il est quand même assez conséquent. Souvent la premières sortie, on est sur des EP de 4-5 chansons, et là tu sors un album de 16 chansons !
MDNS : Carrément, c’était conséquent et je dirais pas une période précise, mais enfin pas un moment précis, mais toute cette période de ma vie qui était assez intense pendant 3 ans, c’était la merde de ouf quoi, c’était vraiment chaud et c’est ce que j’ai retranscris dans Posthume. Mais je pense que en vrai, ça a changé ma vie de passer par cette étape-là, même si j’avais jamais été un grand joyeux mais j’ai pas besoin d’être joyeux pour faire des sons. Mais je me suis rendu compte que j’étais très torturé, tu vois, et que je serai peut-être toujours comme ça.
Marye : Cet album Posthume a plutôt bien marché, et là tu te mets à travailler sur Drache, ton EP. Est-ce que tu ressentais la pression avec de sortir cet EP, de te dire qu’il fallait être aussi bon que ton album ?
MDNS : Je me pousse toujours à essayer de faire des belles, des bonnes chansons en fait, et je suis hyper bien entouré, donc ça c’est un avantage. Mais non, pas vraiment de pression particulière, juste je voulais vraiment changer ma manière de faire du son aussi et je voulais raconter autre chose.
Marye : Est-ce que du coup, tu le considères comme un nouveau chapitre?
MDNS : Ouais, c’est un nouveau chapitre, littéralement. Et j’ai trouvé vraiment mon truc. Posthume, je dirai pas que c’est une esquisse, parce que je suis ultra fier du projet. Mais je saurais pas comment expliquer. Là, je sais où je vais aller en tout cas. Cet EP, musicalement, je trouve qu’il est un peu différent.
Marye : Ah bah oui clairement, à l’écoute, on trouve des parties plus criés, assez viscéral et peut-être vraiment plus punk que ce que tu avais fait avant. Fallait que tu dégages cette énergie en toi peut-être ?
MDNS : Ouais, c’était mon énergie du moment et il fallait que je la mette en musique. Et en fait, on avait fait plein de sons punk avec Juju, celui qui a composé presque tout Drache et en soirée on se dit « mais viens, on fait 1EP un peu vénère » !
Marye : Cet EP est sorti il y maintenant un mois, quelles sont les premiers retours que t’as eu?
MDNS : Bah que des bons retours, que ce soit mon entourage, ils kiffent trop et je souviens d’un pote qui m’a dit « mais ça c’est toi, c’est ça que tu dois faire, c’est ça, c’est toi ». Et c’était trop touchant, tu vois. Et je suis assez surpris en fait finalement, parce que je me dis vas-y, j’ai fait un album qui était plus pop, là je débarque avec un truc un peu plus vénère quand même. Et de me dire bah en fait c’est pareil, il y a des gens qui sont prêts à écouter ça encore en France parce que ça reste quand même accessible, on est pas dans la scène punk. Mais ouais, trop bon retour. Bon, du coup, forcément on remplit les salles, c’est là où je vois la différence aussi, qu’il y a des gens qui viennent en concert et tout et qui chantent par cœur, donc c’est juste trop gratifiant en vrai. Mais de toute façon, je suis ultra reconnaissant envers mon public, il me touche trop, vraiment.
Marye : On dit toujours que c’est le public qui fait la carrière d’un artiste, on dirait bien que tu as trouvé ton public fidèle ! Tu me disais que c’est donc un nouveau chapitre de ta vie. Le son est différent de ce que tu faisais, mais est-ce que dans la forme, dans la composition, ça a changé et c’est un nouveau toi ?
MDNS : Non, c’était le vrai moi aussi dans l’album d’avant, mais c’était une autre de mes phases de vie. J’ai pas mal fait la fête, j’avais besoin de vivre aussi, plus de m’enfermer dans ma chambre, juste faire de la musique, rencontrer des gens. Et j’ai habité au-dessus d’un estaminet pendant 7 ans, toute cette énergie-là de traîner tous les soirs au bistrot, boire des coups, rencontrer vraiment rencontrer des gens, c’est toute cette énergie-là que j’ai mis dedans et ma manière de travailler, elle a pas tant changé que ça.
Marye : Du coup ta manière de travailler a pas changé mais peut-être la manière dont tu abordes le live a peut-être évolué. Forcément, t’es un peu plus produit, vous avez travaillé sur la manière de construire ton concert ?
MDNS : Ouais carrément, sur le live par contre, on a beaucoup bossé. Parce que avant on avait pas mal de backing track, et moi je voulais tout retirer et faire vraiment un live, authentique. On a rebossé tous les morceaux pour qu’ils collent aussi à Drache par exemple. Et on a eu la chance d’être en résidence ici à l’Aéronef pendant 2 jours, vraiment peaufiner le live parce que c’est là où tout le projet MDNS dans sa globalité prend son sens en vrai. C’était ultra important de bosser avec les gars, à répéter presque tous les jours, tout le temps, c’est ce qu’il faut je pense pour justement arriver à un truc qui nous satisfait tous.
Marye : De toute façon, les musiciens qui sont avec toi en live, c’était déjà les mêmes avant?
MDNS : Ouais, Tomi qui est à la guitare, sans lui, le live il aurait pas la même gueule.
Marye : C’est un sacré personnage effectivement !
MDNS : Ouais, c’est un personnage bien sûr, mais ouais, tout le monde en fait a sa personnalité aussi et peut l’exprimer comme il le souhaite. Et du coup, c’est ça qui est trop cool. Tout le monde a sa place.
Marye : Ce soir, tu joues à l’aéronef, c’est complet depuis déjà pas mal de temps. Est-ce que tu le prends comme un aboutissement ou tu le vois comme une étape de ta carrière qui arrive ?
MDNS : Les 2, c’est un aboutissement parce que c’est une salle que je fréquente souvent, où j’ai vu plein de groupes. La date de Lille s’est rempli avant Paris. C’est trop génial de remplir une salle que je fréquente depuis que j’ai 14 piges, tu vois. C’est juste trop cool.
Marye : Nous aussi on est trop content pour toi. Mais même de manière générale, quand un artiste local rempli de belles salles, on a cette fierté de dire « Regardez moi ça, c’est notre enfant de la ville » ! Est-ce qu’aujourd’hui tu te sens vraiment un peu plus libre sur scène que tu l’étais auparavant, de savoir que ton public est là et répond présent.
MDNS : Ouais, tu rentres déjà plus confiant, mais du coup tu te mets la pression de leur donner 10 fois plus aussi et de leur rendre la pareille parce que les concerts aujourd’hui coûtent de plus en plus cher. Je sais que les gens se déplacent, ils prennent leur boisson. Enfin, un concert, une soirée, ça coûte vite 50 balles et je veux vraiment pas me foutre de leur gueule quoi. Genre je sais ce que c’est aussi et c’est juste normal. En fait, les gens viennent te voir, ils te soutiennent, ils achètent tes vinyles, tes t-shirts, ils viennent te voir en concert, tu te dois de leur de leur rendre la pareille. C’est normal pour moi.
Marye : Et à Lille, on a de la chance, on est dans une ville où si tu veux faire des concerts tous les soirs, bah tu peux ! Il y a un nombre incalculables d’assos qui se bougent pour faire des concerts, et dans tous les styles musicaux. Et c’est sans parler des SMACs qui accompagnent les artistes d’ici ! Tu dirais que c’est une chance pour toi d’évoluer en tant qu’artiste à Lille ?
MDNS : Ouais, c’est trop inspirant. Et même tous les copains qui font du son, tout le monde. Il y a un truc à Lille où vraiment ça se soutient fort. Contrairement à d’autres villes, c’est vraiment un truc d’identité lilloise qui est ultra marquée, je trouve. Mais même dans le rap, moi, tous mes potes ils sont rappeurs, et à côté de ça, tu vas au CCL, tout le monde se soutient, tu vas à l’Amul, il y a des jams improvisés tout le temps, tu vas à La Griffe, pareil, tu sens vraiment que c’est ouvert. Donc quand tu viens de commencer, tu peux aller jouer n’importe où à Lille et on va t’accueillir et je trouve ça trop cool.
Marye : Ouais, on espère que ça va rester comme ça. Forcément, depuis l’été dernier, il y a déjà eu beaucoup de fermetures, des lieux en tensions. Au final, Lille a un impact sur ta carrière artistique et du coup, t’en fais carrément un hommage dans ton EP avec une chanson. Mais cette chanson, ce n’est pas que sur la ville, c’est aussi sur les gens qui sont dans la ville. Lille c’est une ville de personnage !
MDNS : Ouais carrément, cette chanson à la base c’était plus pour ancrer d’où je viens et je raconte juste ma vie en soi. C’est pas un truc où je me suis dis « je vais rendre un hommage à ma ville ». C’est arrivé comme ça, je l’ai appelé « Enfant de ma ville » et je voulais vraiment ancrer ce truc de « Je viens de Lille » parce qu’il y a plein de gens qui ne savaient pas d’où je venais. Il y a plein de gens qui habitent pas du tout dans le nord ou à Lille et qui me disent « je me reconnais dans les paroles ». C’est ce truc de peu importe où tu vis en France, hors de Paris, en fait, on a tous à peu près la même vie un peu nulle, mais on essaie de voir un peu de trucs beaux quand même là-dedans.
Marye : J’aime bien quand les artistes, sans en faire trop, on écoute l’album et on se dit attends, ça respire la brique rouge, c’est cette impression qu’on a eu en écoutant par exemple l’album de Ben PLG, tu sens que c’est un gars d’ici et c’est je trouve ça hyper important en fait.
MDNS : Carrément, Lille on la déteste comme on l’aime, tu vois. C’est ça. On va pas non plus fermer les yeux sur plein de problèmes qu’il y a ici aussi. Mais j’ai jamais voulu la mettre hyper en lumière genre « Regardez, Lille, c’est trop bien ! » Pas du tout. Juste montrer tel que c’est.
Marye : A côté de cet album, t’as fait pas mal de featuring avec différents artistes de bord très différents. S’associer avec des artistes, c’est important pour toi ?
MDNS : C’est juste la connexion humaine. Si ça se passe bien, pourquoi pas faire un morceau ?
Marye : Et tu te fermes à aucun genre musical
MDNS : Non, si je m’entends bien avec toi, qu’on a un bon feeling et qu’on peut faire un bon morceau, let’s go vient, on essaie un truc et puis on voit ce que ça donne, mais même pour rigoler, tu vois, juste faire un son comme ça, faire une maquette.
Marye : Est-ce que ça t’apporte quelque chose dans le processus créatif ?Peut-être de voir comment les autres travaillent ?
MDNS : C’est surtout ça qui est cool. Tu vas bosser avec une artiste pop. J’ai bossé avec Yseult, c’est pas du tout la même manière de travailler qu’avec Kyo ou avec Skip The Use, etc. C’est ça qui est ultra enrichissant, de voir comment les gens ils travaillent et de s’ouvrir aussi à d’autres choses, essayer d’autres choses. Et de poser sur d’autres choses en tant que chanteur.
Marye : Et peut être travailler sur d’autres styles, peut-être d’agrandir ta palette aussi ! Si tu devais un peu comparer l’artiste que t’es aujourd’hui avec l’artiste que t’imaginais quand t’étais plus jeune, est-ce que tu vois un gap énorme ?
MDNS : Forcément tu vois tout l’envers du décor. Avant t’avais ce truc de fantasme. Tu te disais « putains les mecs c’est des ouf ! Ca doit être fou de monter sur scène, et d’être dans les loges ». Je sais pas comment dire mais ouais t’as un truc de quand t’as 14 piges et que tu vois des rock stars et tout tu fais putain c’est trop bien, c’est trop stylé, il doit avoir une vie de ouf en fait. Tu te rends compte que pas du tout, c’est pas aussi glorieux que on le laisse croire. Tu vois, tu fais des concerts où t’es payé au lance-pierre et t’as plein de lieux qui alimentent ce système là en mode ah bah on va pas te payer, on va juste te donner 2 bières et un paquet de chips et tu seras content, et c’est horrible. C’est vrai pour plein d’artistes, parce que y a plein d’artistes aussi qui acceptent et il faudrait pas qu’ils acceptent. Parce qu’ils continuent d’alimenter un système où les artistes sont payés au lance-pierre. Donc ouais, c’est ça le vrai envers du décor. Parce qu’on va pas se mentir, on est à 1% à faire des salles comme ça, on sait même pas de quoi demain est fait et la plupart des artistes y galèrent quoi. Donc c’est ultra dur de vivre de son art.
Marye : Est-ce que t’as un peu une intuition sur ce qui arrive pour toi ou est-ce que tu as des objectifs précis sur le futur de ta carrière ?
MDNS : J’ai jamais fait de la musique pour un objectif particulier. On va voir si ça va loin, c’est très bien, je serais le plus heureux, vraiment. Mais après, on bosse beaucoup pour que ça marche, mais on fait pas ça pour que ça marche, on fait les morceaux qu’on a envie de faire avant tout. C’est comme j’ai déjà eu une question en mode est-ce que tu fais tes morceaux pour le live ? Mais non, nous on fait des tracks et après on se dit celle-là en live ça va défoncer, on a juste hâte de la répéter, mais on a jamais fait de la musique pour aucun autre objectif. On n’est pas là pour le succès, on s’en tape, enfin vraiment pas. Et juste advienne que pourra, on verra, mais on pense vraiment pas au futur pour le coup.
Marye : Et du coup, là, tu vas jouer dans pas mal de villes, on a déjà parler de Paris, mais t’as une belle tournée qui se profile. Ca va avoir un impact significatif sur ta carrière !
MDNS : Je suis ultra excité. Après il y a toujours une petite pression, c’est normal, t’as envie de bien faire quand même pour les gens mais on a assez confiance en nous donc ça c’est cool. Après il y a pas mal de stress dans le groupe aussi mais du coup on se soutient de fou. On est déjà très anxieux de base. Mais on a bossé pour être assez confiant sur scène, on se soutient surtout et c’est que de l’excitation, on veut juste rencontrer les gens, aller dans des villes et foutre le bordel quoi.
Marye : Il y a des gens qui vont te découvrir ce soir, qui te connaissent absolument pas. Que veux-tu qu’ils retiennent de ce concert ?
MDNS : Bienvenue, bienvenue dans la famille. Et oui, on veut mettre une claque aussi à tout le monde, quoi, mais juste d’envoyer du gros son et qu’ils disent putain je suis à ma place ici.
Marye : Et ma dernière question, notre média s’appelle Sounding Shivers. Ces « shivers », c’est ces frissons que tu as en écoutant de la musique. Est-ce que tu as des artistes, des morceaux comme ça qui te font du bien et te procure des frissons ?
MDNS : Les frissons, ça va être la folk. Elliot Smith, Alex G. Sinon, le morceau « Nutshell » de Alice in Chains, par exemple, j’ai envie de mourir à chaque fois que je l’écoute. C’est ça qui me donne des frissons. C’est vraiment des chansons deep, super tristes et en même temps qui te donnent l’envie de continuer aussi. Là j’ai découvert un groupe de Screamo, Daïtro, une claque dans la gueule. J’ai failli pleurer dans le train en écoutant.
Marye : Ah bah carrément, moi le screamo, c’est mon genre favori. C’est bien pour ça que j’organise quasiment que des concerts de screamo, parce que je trouve que le genre musical, ça prend direct aux tripes, et c’est d’autant plus puissant en live ! Le nombre de concerts de Screamo où le chanteur a même pas de micro, en fait, il est en plein milieu de la fosse et il hurle.
MDNS : Carrément, la voix qui craque de ouf ! Daïtro, c’est incroyable, c’est fou.
Marye : Comment tu vois un peu la scène dans laquelle tu évolues ? Et est-ce que toi tu t’identifies à une scène particulière ?
MDNS : Pas tant, parce que je m’identifie grave à la scène rap, comme Birdy, mon pote rappeur de Lille, comme Théa aussi. Et en fait, c’est plus le message qu’on véhicule plutôt que la musique qu’on fait. C’est assez hybride. Ok, je suis dans la scène rock parce que je fais du rock, mais sinon je m’identifie à tellement plein de trucs différents. Je raconte un peu la même chose que plein d’artistes, même si on raconte différemment. Donc ouais, on appartient à une scène, mais, je m’identifie pas à plein de trucs rock par exemple, tu vois qui sont sortis récemment. Mais ouais, je m’identifie dans la scène parce que je vais toujours au CCL et au concert de punk, toujours dans des caves et il faut soutenir la scène locale.
Marye : Je te remercie beaucoup pour ces échanges
MDNS : Merci à toi
Un grand merci à Morgane pour l’opportunité, et à l’Aéronef pour leur accueil et à MDNS pour ces échanges intéressants.
Just before taking the stage at L’Aéronef, we had the opportunity to chat with MDNS. He reflects on his journey, from his first rap lyrics to the visceral outlet that his rock/punk project has become. He talks about passing on his knowledge, raw energy, live performance as his backbone, and the necessity of staying true to himself at every stage. With Drache, his pivotal new EP, the artist asserts his identity more than ever, deeply rooted in Lille and nourished by people, the local scene, and the audience that supports him.
Interview and picture by Marye Davenne
Marye: I’d like to start this interview at the very beginning — how did music enter your life? Was it something you’d wanted since you were a kid?
MDNS: I’ve always loved music, always listened to a lot of sounds. My dad is a guitarist, he played in local bands, more reggae or fusion-oriented. I took some guitar lessons back then — my dad taught me when I was about eight. And then I dropped it, picked it up again, dropped it again, and so on. It was a bit like that. But honestly, I didn’t really want to make music my life at all — quite the opposite.
Marye: So you kind of fell into it by chance.
MDNS: Yeah. And it was during my teenage years that I really thought, “Alright, I need to go for it.” In middle school I was writing rap lyrics, I rapped a lot. So I got into rap around 17 or 18.
Marye: And what were you looking for in that process? More the production side, the writing, maybe putting words to what you had inside?
MDNS: Yeah, more that — putting words to what was around me, talking about my life too. I had things to say, even if I hadn’t lived through anything crazy.
Marye: You started out with projects that were more rap-oriented. When was the turning point where MDNS really became your identity, what represents you?
MDNS: I’d say MDNS had always been inside me, just in a different style — more extreme music, so to speak. I was doing rap, working with super professional people, but when I started making rock, that’s when I thought, “Alright, I’ve found my thing.” I’d always dreamed of doing that. I could pour all my energy into it and go all the way with what I’d always truly wanted to do. I also tried to surround myself with people who push me further. I really wanted the live aspect too — to make live, organic music, something raw and sincere.
Marye: Do you feel like you had to fight to find your place in that scene? Because the rock scene — and punk more broadly — is extremely rich.
MDNS: Not really. Honestly, it happened pretty naturally. Maybe it was luck, but I never thought, “I need to make my mark.” It was more like, “I do what I love and we’ll see what happens.” And I’m also a big spectator — I go see a lot of bands. I love concerts. It motivates me. Watching a band on stage and thinking, “Damn, I’d love to be in their place.”
Marye: Before talking about your EP, which is why we’re here today, I wanted to know if there were any key early moments in your career — a standout concert, an experience, a meeting — that really marked you.
MDNS: Yeah. There was the whole Train Fantôme experience — we toured a lot, and it was the first time for all of us doing something like that. It was incredible. We lived an insane adventure, we were all friends, fifteen of us on stage — crazy. We played huge shows, opened for Scarlxrd, and I was like, “Wow.” There are people who are ready to buy concert tickets and come see us live. That really shocked me. We also opened for Ho99o9 — that was wild. An insane experience. And solo-wise, I’d say the release of my album Posthume was extremely important for me.
Marye: Especially since it’s quite substantial. Often, a first release is a 4–5 song EP, but you dropped a 16-track album!
MDNS: Totally. It was a big project. I wouldn’t say it was one specific moment, but that entire period of my life — about three years — was really intense. It was rough, really rough, and that’s what I translated into Posthume. Honestly, going through that stage changed my life. I’ve never been a super joyful guy, but I don’t need to be happy to make music. I realized I was very tortured, you know, and I might always be like that.
Marye: Posthume did pretty well, and now you’re working on Drache, your EP. Did you feel pressure releasing it, thinking it had to be as good as the album?
MDNS: I always push myself to try and make good songs, beautiful songs. And I’m really well surrounded, which helps a lot. But no real pressure — I mostly wanted to change my way of making music and tell something different.
Marye: So do you see it as a new chapter?
MDNS: Yeah, literally a new chapter. I really found my thing. Posthume wasn’t a draft — I’m incredibly proud of it — but it’s hard to explain. Now I know where I’m going. Musically, this EP is a bit different.
Marye: Definitely. Listening to it, you hear more screaming, something visceral, maybe more punk than before. Did you need to release that energy?
MDNS: Yeah, it was the energy I had at that moment, and I had to put it into music. Juju — who composed almost all of Drache — and I had made tons of punk tracks. One night we were like, “Let’s make a really angry EP.”
Marye: The EP came out about a month ago — what kind of feedback have you received?
MDNS: Well, it’s been nothing but good feedback, from my friends and family, they’re really loving it, and I remember a friend telling me, « That’s you, that’s what you should be doing, that’s it, that’s you. » And it was so touching, you know? And I’m actually quite surprised, because I thought, « Okay, I made an album that was more pop, and now I’m coming out with something a bit more intense. » And to think, well, it’s the same thing, there are people in France who are still willing to listen to this because it’s still accessible, it’s not the punk scene. But yeah, the feedback has been amazing. So, naturally, we’re filling venues, that’s where I see the difference too, that there are people who come to the concerts and everything and sing along by heart, so it’s just so incredibly rewarding, really. But anyway, I’m incredibly grateful to my fans, they mean so much to me, truly.
Marye: People say the audience makes an artist’s career — it seems like you’ve found a loyal one. You say this is a new chapter. The sound is different, but has the way you work changed too?
MDNS: No — it was also the real me on the previous album. Just another phase of my life. I partied a lot, I needed to live, not just lock myself in my room making music. I lived above a pub for seven years — all that energy of hanging out at the bar every night, drinking, meeting people — that’s what I put into it. My method hasn’t really changed.
Marye: But the live aspect probably has evolved — you’re more produced now, the show is more structured?
MDNS: Definitely. We worked a lot on the live show. Before, we had a lot of backing tracks, and I wanted to remove all of that and make it fully live and authentic. We reworked all the songs so they’d fit Drache. We were lucky to do a two-day residency here at l’Aéronef, really polishing the set. The live show is where the whole MDNS project truly comes together. We rehearsed constantly. That’s what it takes to reach something that satisfies everyone.
Marye: The musicians with you live — are they the same as before?
MDNS: Yeah. Tomi on guitar — without him, the live show wouldn’t be the same.
Marye: He’s quite a character!
MDNS: Yeah, but everyone is, really. Everyone has their own personality and can express it freely. Everyone has their place.
Marye: Tonight you’re playing a sold-out Aéronef show. Do you see it as an achievement or just a step in your career?
MDNS: Both. It’s an achievement because it’s a venue I’ve gone to since I was 14. The Lille show sold out before Paris. Filling a room I’ve attended forever — it’s amazing.
Marye: We’re really happy for you. When a local artist fills major venues, there’s that collective pride. Do you feel freer on stage now that you know your audience is there?
MDNS: Yeah, you’re more confident, but you also feel more pressure to give back tenfold. Concerts are expensive nowadays. People travel, buy drinks — a night out can cost €50 easily. I don’t want to take that lightly. They buy your records, your merch, your tickets — you owe them everything on stage.
Marye: Lille is a city where you can see concerts every night. So many associations, venues, SMACs supporting local artists. Is that a real advantage for you?
MDNS: Yeah — it’s incredibly inspiring. There’s a strong sense of mutual support here. It’s a real Lille identity. Rap scene, punk shows, jams, CCL, l’Amul, La Griffe — it’s open, welcoming. You can play anywhere and be welcomed. That’s so valuable.
Marye: Lille clearly influences your career — and you even pay tribute to it on the EP. But that song isn’t just about the city, it’s about the people.
MDNS: Exactly. It’s about anchoring where I come from. I wasn’t trying to make a tribute song. I just wanted to say, “I’m from Lille.” People from all over France tell me they relate. Outside Paris, we all kind of share the same mediocre life, but we still try to find beauty in it.
Marye: You can feel Lille in the music — the red bricks vibe. Like Ben PLG’s album. That authenticity is important.
MDNS: Totally. We hate and love Lille at the same time. I didn’t want to glamorize it — just show it as it is.
Marye: You’ve done a lot of features with artists from very different backgrounds. Is collaboration important to you?
MDNS: It’s all about human connection. If it clicks, why not make a track?
Marye: You’re open to all genres?
MDNS: Absolutley, if we get along well, if we have a good feeling and we can make a good track, let’s go, let’s try something out and see how it goes. But even just for fun, you know, just making a track like that, making a demo..
Marye: Does it influence your creative process?
MDNS: That’s what’s really cool about it. You’re going to work with a pop artist. I worked with Yseult, and it’s a completely different way of working than with Kyo or Skip The Use, etc. That’s what’s so incredibly enriching, seeing how people work and opening yourself up to other things, trying new things. And exploring different styles as a singer.
Marye: And maybe working on other styles, maybe broadening your range too! If you had to compare the artist you are today with the artist you imagined yourself to be when you were younger, do you see a huge gap?
MDNS: Of course, you see everything behind the scenes. Before, you had this fantasy aspect. You’d think, « Damn, these guys are crazy! It must be insane to go on stage and be backstage. » I don’t know how to put it, but yeah, you have that feeling you get when you’re 14 and you see rock stars and all that, you’re like, « Damn, that’s so cool, so awesome, they must have an amazing life. » Then you realize it’s not as glamorous as they make it out to be. You see, you’re doing gigs where you’re paid peanuts, and there are tons of venues that perpetuate this system, like, « Oh well, we’re not going to pay you, we’ll just give you two beers and a bag of chips and you’ll be happy, » and it’s awful. It’s true for a lot of artists, because there are also a lot of artists who accept it, and they shouldn’t. Because they’re continuing to feed a system where artists are paid peanuts. So yeah, that’s the real dark side. Because let’s be honest, only 1% of us play venues like that, we don’t even know what tomorrow holds, and most artists are struggling. So it’s incredibly hard to make a living from your art.
Marye: Do you have any kind of intuition about what’s coming your way, or do you have specific goals for the future of your career?
MDNS: I’ve never made music with a specific goal in mind. We’ll see if it goes far, that would be great, I’d be the happiest person, really. But then, we work hard to make it work, but we don’t do it for the sake of success, we make the songs we want to make first and foremost. It’s like I once got asked, « Do you make your songs for live performance? » But no, we make tracks and then we think, « This one’s going to be amazing live, » we just can’t wait to rehearse it, but we’ve never made music for any other purpose. We’re not here for success, we don’t care, really not. And we’ll just see what happens, but we’re really not thinking about the future.
Marye: And so, you’re going to be playing in quite a few cities, we’ve already talked about Paris, but you have a great tour coming up. It’s going to have a significant impact on your career!
MDNS: I’m super excited. There’s always a little pressure, which is normal; you want to do well for the fans, but we’re pretty confident, so that’s cool. There’s also a fair amount of stress in the band, but we’re incredibly supportive of each other. We’re already pretty anxious by nature. But we’ve worked hard to be confident on stage, we support each other, and it’s all just pure excitement. We just want to meet people, go to different cities, and raise hell.
Marye: For those discovering you tonight — what do you want them to take away from the show?
MDNS: Welcome to the family. We want to hit hard and make people feel like they belong.
Marye: Our media is called Sounding Shivers. Any artists that give you chills?
MDNS: The shivers are going to come from folk music. Elliot Smith, Alex G. Otherwise, the song « Nutshell » by Alice in Chains, for example, I feel like dying every time I listen to it. That’s what gives me chills. They’re really deep songs, super sad, and at the same time they make you want to keep going. Then I discovered a screamo band, Daïtro, a real eye-opener. I almost cried on the train listening to them.
Marye: Oh yeah, absolutely, screamo is my favorite genre. That’s why I almost exclusively organize screamo concerts, because I find that the genre really grabs you by the gut, and it’s even more powerful live! I’ve seen so many screamo concerts where the singer doesn’t even have a microphone; he’s just in the middle of the pit, screaming.
MDNS: That cracked voice — incredible.
Marye: Do you identify with a specific scene?
MDNS: Not so much, because I really identify with the rap scene, like Birdy, my rapper friend from Lille, and Théa too. And actually, it’s more about the message we convey than the music we make. It’s quite a hybrid. Okay, I’m in the rock scene because I make rock music, but otherwise I identify with so many different things. I’m saying pretty much the same thing as a lot of artists, even if we say it differently. So yeah, we belong to a scene, but I don’t identify with a lot of rock stuff, for example, you know, the stuff that’s come out recently. But yeah, I identify with the scene because I always go to the CCL and to punk concerts, always in basements, and you have to support the local scene.
Marye: Thank you so much.
MDNS: Thank you.
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