Vingt ans après leurs premiers cris, Fall Of Messiah célèbrent son anniversaire avec Green Lands, cinquième album aussi mûr qu’habité. Originaire du Nord, le groupe continue d’incarner ce que la scène screamo française a de plus sincère et viscéral, tout en affirmant une identité post-rock de plus en plus affirmée. Attendu le 24 avril via Voice Of The Unheard, Green Lands n’est pas seulement un disque : c’est un chemin. Un chemin vers une paix intérieure longtemps entravée par la tristesse, la colère et la peur de l’ouverture
par Marye Davenne
English version below
Dès « Tour de garde », nous sommes inviter à entrer dans cette forêt dense et verdoyante. Le départ est feutré, presque rassurant, avant que de violentes rafales ne viennent troubler le calme, à l’image de ces coups du quotidien qui fissurent notre sérénité. Le chant crié et lointain de Pierre Bailleul résonne comme un écho perdu entre les arbres, tandis que la montée en puissance instrumentale, résolument post-rock, impose une beauté rude et mélancolique. « Il faut passer l’hiver » devient ensuite une clairière instrumentale, battue par des changements de rythme subtils : la batterie accélère par instants, les guitares tracent des lignes saillantes, flirtant avec le mathrock sans jamais s’y enfermer. Une mélancolie persistante s’installe, comme le froid qui mord encore les doigts mais annonce déjà le retour du printemps. Avec « Tired Hands » et surtout « Hourvari », la marche se fait plus instinctive : la voix donne l’impulsion, les corps bougent, yeux fermés, jusqu’à ce break puissant et déchirant, véritable chute émotionnelle au cœur des sous-bois.
La balade se poursuit en terrain plus ouvert avec « Meadows », où les voix se répondent comme des guides se relayant pour mieux avancer. « Old Traces » agit alors comme un moment suspendu : un interlude doux, presque contemplatif, où l’on s’arrête pour regarder la beauté brute du monde, respirer, sentir le sol humide sous ses pas. Ce temps de pause prépare l’élan de « …New Path », titre plein d’espoir où la guitare trace clairement la direction à suivre, indiquant que le changement, aussi vertigineux soit-il, est désormais accepté. « Petrichor » porte parfaitement son nom : l’odeur de la pluie sur l’herbe semble jaillir des premières minutes post-rock, avant que le morceau ne se tende, s’énerve et explore des territoires plus prog, comme un orage nécessaire pour purifier l’air. Le point culminant arrive avec « Tour de force », en featuring avec Chalk Hands : Antoine Mansion et Tommy Hampshire prêtent leurs voix à une montée crescendo chargée d’émotion, soutenue par la trompette de Fabien Verwaerde, qui apporte une lumière inattendue à cette traversée intérieure. Enfin, « A joy of lesser means » ferme le chemin sans le refermer, laissant la pression monter lentement, inexorablement, pendant que les larmes affleurent aux coins de nos yeux.
Avec Green Lands, Fall Of Messiah signent un album profondément cathartique, où tristesse et colère se transforment en force de reconstruction. Porté par Sylvain Moulin, Martin Moulin, Florent Gerbault et Pierre Bailleul, le groupe ne célèbre pas seulement vingt ans d’existence : il prouve qu’il est encore capable d’évoluer, de s’ouvrir, et de toucher juste, malgré les épreuves de la vie, les changements de line-up. Plus qu’un disque de screamo aux racines post-rock affirmées, Green Lands est une reconnexion à l’essentiel, une marche lente dans une forêt intérieure où chaque pas, parfois douloureux, rapproche un peu plus de l’apaisement.
Fall of Messiah seront en release-party le 24 avril prochain à la Bulle Café de Lille, en compagnie de Chalk Hands. Une date Assaut Productions dont nous sommes partenaires.

Tracklist :
- Tour de Garde
- Il faut passer l’hiver
- Tired Hands
- Hourvari
- Meadows
- Old Traces
- … New Path
- Petrichor
- Tour de Force
- A joy of lesser means
Twenty years after their first screams, Fall Of Messiah are celebrating their anniversary with Green Lands, a fifth album that is as mature as it is intense. Hailing from the north, the band continues to embody the most sincere and visceral aspects of the French screamo scene, whilst asserting an increasingly distinct post-rock identity. Due out on April 24th via Voice Of The Unheard, Green Lands is not just an album: it is a journey. A journey towards inner peace long hindered by sadness, anger and the fear of opening up.
From the very first track, “Tour de garde”, we are invited to enter this dense, verdant forest. The opening is hushed, almost reassuring, before violent gusts come to disturb the calm, much like those everyday blows that shatter our serenity. Pierre Bailleul’s distant, shouted vocals resonate like an echo lost amongst the trees, whilst the instrumental build-up, resolutely post-rock, imposes a raw and melancholic beauty. ‘Il faut passer l’hiver’ then becomes an instrumental clearing, punctuated by subtle shifts in rhythm: the drums speed up at times, the guitars trace sharp lines, flirting with math rock without ever becoming trapped within it. A lingering melancholy settles in, like the cold that still bites the fingers but already heralds the return of spring. With “Tired Hands” and especially “Hourvari”, the march becomes more instinctive: the vocals provide the momentum, bodies move, eyes closed, until that powerful, heart-wrenching break, a veritable emotional plunge into the heart of the undergrowth.
The journey continues across more open terrain with ‘Meadows’, where the voices echo one another like guides taking turns to lead the way. ‘Old Traces’ then feels like a moment suspended in time: a gentle, almost contemplative interlude, where one pauses to take in the raw beauty of the world, to breathe, to feel the damp earth beneath one’s feet. This pause sets the stage for the momentum of “…New Path”, a hopeful track where the guitar clearly charts the course ahead, signalling that change, however dizzying, is now embraced. ‘Petrichor’ is aptly named: the scent of rain on the grass seems to burst forth from the opening post-rock minutes, before the track tightens, intensifies and explores more prog-rock territories, like a storm needed to purify the air. The climax comes with ‘Tour de force’, featuring Chalk Hands: Antoine Mansion and Tommy Hampshire lend their voices to an emotionally charged crescendo, supported by Fabien Verwaerde’s trumpet, which brings an unexpected light to this inner journey. Finally, “A joy of lesser means” brings the journey to a close without drawing it to a definitive end, allowing the tension to rise slowly, inexorably, whilst tears well up in the corners of our eyes.
With Green Lands, Fall Of Messiah have produced a deeply cathartic album, in which sadness and anger are transformed into a force for renewal. Led by Sylvain Moulin, Martin Moulin, Florent Gerbault and Pierre Bailleul, the band is not merely celebrating twenty years of existence: it proves that it is still capable of evolving, opening up, and striking the right chord, despite life’s trials and line-up changes. More than just a screamo album with strong post-rock roots, Green Lands is a reconnection with the essential, a slow walk through an inner forest where every step, though sometimes painful, brings one a little closer to peace.