#Album : Bear – Anhedonia (22/05/2026)

Un son cathartique, d’un technicité qui leur offre la belle étiquette de mathcore, les belges de Bear reviennent ce 22 mai avec Anhedonia, un EP qui est loin de nous laisser sans joie. Sorti chez Pelagic Records, cet EP de cinq titres est aussi ravageurs qu’intense.

par Marye Davenne

English version below


Dès les premières secondes, le ton est donné : ici, tout est collision contrôlée entre précision chirurgicale et violence viscérale. BEAR, c’est autant de cerveau que de muscle, une mécanique complexe au service d’un chaos parfaitement maîtrisé. Et ce nouvel EP en est la démonstration la plus vivante. Enregistré en live, sans click track ni filet de sécurité, Anhedonia respire l’urgence et l’authenticité. On entend un groupe connecté, presque à vif, qui joue comme il ressent, sans filtre. Ce choix de production donne à l’ensemble une énergie organique, presque électrique, comme si chaque morceau pouvait exploser à tout moment.

« Empty Markers » ouvre les hostilités sans détour : ça hurle immédiatement, frontalement. Pourtant, au cœur de ce déluge, Bear glissent un refrain étonnamment accrocheur, presque chantable, une signature qui résume parfaitement leur capacité à marier brutalité et accessibilité. « Lacerate » opère un léger déplacement. Le chant s’y fait plus posé, passant par un effet presque radiophonique, comme filtré, qui apporte une respiration étrange et une tension différente. Une plage qui montre que le groupe sait aussi jouer sur les textures et les ambiances. Vient ensuite « The Smile », on bascule dans un pur moment de furie live. Le morceau transpire le hardcore dans ce qu’il a de plus physique : difficile de ne pas imaginer les pits se déchaîner. Les riffs, notamment au milieu du titre, sont ravageurs, mais toujours portés par une mélodie qui accroche autant qu’elle écrase.

Le titre éponyme de l’album, « Anhedonia » agit comme un pivot émotionnel. Elle synthétise l’essence du disque : une confrontation avec ce vide étrange laissé par les traumatismes, cette incapacité à ressentir pleinement malgré la lumière qui revient. Un morceau dense, chargé de sens autant que de tension. Enfin, « Metastatic » clôture l’EP sur une dynamique presque entraînante si tant est qu’on puisse employer ce mot ici. Les rythmes appellent clairement au 2-step, injectant une énergie brute qui donne envie de bouger autant que de s’abandonner à la lourdeur des riffs.

Au-delà de sa puissance sonore, Anhedonia est profondément habité. Il s’inscrit dans la continuité émotionnelle de Vanta, mais avec un recul différent. Là où ce dernier exorcisait la douleur immédiate, ce nouvel EP explore ses séquelles : ce moment où, malgré les épreuves traversées et les victoires remportées, quelque chose reste en suspens. Cette idée est au cœur du projet. Le guitariste James Falck évoque cet état de flottement, fait de gratitude et de détachement, né après des années marquées par la maladie, la perte et l’incertitude. Une sorte d’engourdissement émotionnel que la musique vient traduire avec une justesse presque troublante. De son côté, le bassiste Dries Verhaert insiste sur l’authenticité de la démarche : Anhedonia serait le BEAR le plus vulnérable, mais aussi le plus sincère. Et ça s’entend. Chaque note semble chargée d’une intention, chaque rupture donne l’impression d’un combat intérieur.

Court mais dense, Anhedonia ne laisse aucun répit. Cinq titres, pas une seconde de remplissage, et une intensité constante qui frappe autant le corps que l’esprit. BEAR réussissent ici à conjuguer technicité extrême et impact émotionnel, faisant de cet EP bien plus qu’un simple exutoire.

Tracklist :

  1. Empty Markers
  2. Lacerate
  3. The Smile
  4. Anhedonia
  5. Metastatic

 


With a cathartic sound and a technicality that has earned them the prestigious ‘mathcore’ label, Belgian band Bear return on May 22nd with Anhedonia, an EP that is far from joyless. Released on Pelagic Records, this five-track EP is as devastating as it is intense.

by Marye Davenne

From the very first seconds, the tone is set: here, everything is a controlled collision between surgical precision and visceral violence. BEAR is as much about brains as it is about brawn, a complex mechanism at the service of perfectly controlled chaos. And this new EP is the most vivid demonstration of that. Recorded live, without a click track or safety net, Anhedonia exudes urgency and authenticity. You hear a band that’s connected, almost raw, playing exactly as they feel, without a filter. This production choice gives the whole thing an organic, almost electric energy, as if every track could explode at any moment.

‘Empty Markers’ opens proceedings without beating about the bush: it screams immediately, head-on. Yet, at the heart of this deluge, Bear slip in a surprisingly catchy, almost singable chorus, a signature that perfectly sums up their ability to blend brutality and accessibility. ‘Lacerate’ marks a slight shift. The vocals here are more measured, featuring an almost radio-like, filtered effect that brings a strange sense of breathing space and a different kind of tension. A track that shows the band also knows how to play with textures and atmospheres. Next comes ‘The Smile’, and we’re plunged into a moment of pure live fury. The track exudes hardcore in its most physical form: it’s hard not to picture the mosh pits going wild. The riffs, particularly in the middle of the track, are devastating, yet always underpinned by a melody that’s as catchy as it is crushing.

The album’s title track, “Anhedonia”, acts as an emotional linchpin. It encapsulates the essence of the record: a confrontation with that strange void left by trauma, that inability to feel fully despite the light returning. A dense track, laden with meaning as much as with tension. Finally, “Metastatic” closes the EP on an almost infectious note, if one can use that word here. The rhythms clearly call for a 2-step, injecting a raw energy that makes you want to move as much as to surrender to the weight of the riffs.

Beyond its sonic power, Anhedonia is deeply imbued with emotion. It follows on from Vanta emotionally, but with a different perspective. Whereas the latter exorcised immediate pain, this new EP explores its aftermath: that moment when, despite the trials endured and the victories won, something remains unresolved. This idea lies at the heart of the project. Guitarist James Falck describes this state of limbo, a mix of gratitude and detachment, born after years marked by illness, loss and uncertainty. A kind of emotional numbness that the music captures with almost unsettling accuracy. For his part, bassist Dries Verhaert emphasises the authenticity of the approach: Anhedonia is said to be BEAR’s most vulnerable, but also their most sincere album. And you can hear it. Every note seems imbued with purpose, every break gives the impression of an inner struggle.

Short but dense, Anhedonia offers no respite. Five tracks, not a second of filler, and a constant intensity that strikes both body and mind. Here, BEAR succeed in combining extreme technicality with emotional impact, making this EP far more than a mere outlet.

 

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