Deux ans après le remarquable Insolence, Mourir signent leur retour avec Nous, Le Venin, deuxième long-format qui paraîtra le 10 juillet chez Pelagic Records. Fidèle à son approche d’un black metal aventureux, le quatuor français continue d’explorer les frontières du genre en y injectant des éléments post-metal, doom et même quelques textures plus inattendues. Un disque dense, habité et profondément immersif, qui s’impose déjà comme l’une des sorties françaises incontournables de cet été.
par Marye DAVENNE
English version below
Dès « Feu d’un Regard », Mourir installent leur univers. Une introduction presque tribale fait monter la tension avec patience, avant de laisser émerger des guitares aux contours plus dissonants. Certains passages évoquent même l’approche singulière d’Imperial Triumphant dans le travail des cordes, apportant une dimension étrange et fascinante à cette ouverture en clair-obscur. Le groupe accélère brutalement avec « Ennui Ennemi », probablement l’un des morceaux les plus chaotiques du disque. La batterie y livre une prestation impressionnante, menée à un rythme effréné. Pourtant, au cœur de cette tempête surgit un instant de suspension totale : un quasi-silence où les notes deviennent douces, lentes et presque apaisantes. Une respiration aussi inattendue qu’efficace avant que la machine ne reparte de plus belle. Le titre s’achève dans un déchirement vocal qui se fond naturellement dans le morceau suivant.
Sous ses apparences de titre post-metal, « Mon Rêve Animal » dévoile rapidement son caractère hypnotique. Mourir y prend davantage leur temps, laissant respirer leurs mélodies et développant une atmosphère entêtante qui s’installe durablement dans l’esprit de l’auditeur. Avec « Je est Absent », le groupe offre l’une des pièces maîtresses de l’album. Les guitares adoptent des tonalités plus lumineuses, mais d’une lumière froide, presque glaciale. Le chant, lui, conserve toute sa profonde intensité tandis que les mélodies prennent une place centrale, y compris lorsque la batterie s’emballe complètement. À mi-parcours, le morceau bascule dans une toute autre dimension : lente, pesante, presque doom, mais toujours profondément mélodique. On pense par moments à la délicatesse mélancolique de Messa avant qu’une nouvelle explosion sonore ne vienne tout emporter. La conclusion, portée par un bruit évoquant une pelle raclant terre et gravier, achève de renforcer l’étrangeté du voyage.
Le morceau-titre, « Nous, le Venin », constitue quant à lui l’apogée du disque. Aux alentours de la cinquième minute surgit un riff absolument splendide, de ceux qui s’impriment instantanément dans la mémoire. Mourir ont l’intelligence de le laisser vivre longuement, le répétant jusqu’à en faire une véritable obsession. C’est sans doute là que l’équilibre entre black metal et post-metal est le plus réussi. Le final, porté par des voix superposées aux allures de chant choral presque liturgique, apporte une conclusion aussi grandiose qu’émouvante.
Avec Nous, Le Venin, Mourir livrent une œuvre forte qui confirme son importance grandissante au sein de la scène black metal française. Ni totalement black métal, ni véritablement post métal, le groupe façonne une identité singulière où les thématiques parfois proches du DSBM côtoient une approche plus nuancée, moins désespérée que réellement introspective. Porté par une écriture inspirée et des compositions qui savent alterner violence, contemplation et lourdeur écrasante, l’album s’écoute avec une facilité déconcertante malgré sa richesse. Et après avoir eu la chance d’entendre une partie de ces morceaux résonner il y a quelques jours sur la scène du Rock In Bourlon, difficile de conclure autrement que par un sincère et mérité : bravo pour les travaux.

Tracklist :
01. Feu d’un Regard
02. Ennui Ennemi
03. Mon Rêve Animal
04. Je est Absent
05. Aux Inutiles
06. Nous, le Venin
Two years on from the remarkable Insolence, Mourir are making their comeback with Nous, Le Venin, their second full-length album, due for release on July 10th via Pelagic Records. Staying true to their adventurous approach to black metal, the French quartet continue to push the boundaries of the genre by infusing it with elements of post-metal, doom and even some more unexpected textures. A dense, intense and deeply immersive album, which is already establishing itself as one of this summer’s must-have French releases.
Right from ‘Feu d’un Regard’, Mourir establish their own world. An almost tribal introduction patiently builds the tension, before giving way to guitars with more dissonant tones. Certain passages even evoke Imperial Triumphant’s distinctive approach to string work, lending a strange and fascinating dimension to this chiaroscuro opening. The band shifts into high gear abruptly with ‘Ennui Ennemi’, arguably one of the album’s most chaotic tracks. The drums deliver an impressive performance here, driven at a frantic pace. Yet, at the heart of this storm, a moment of total stillness emerges: a near-silence where the notes become soft, slow and almost soothing. A breather as unexpected as it is effective, before the machine kicks into gear once more. The track ends with a vocal outburst that blends naturally into the next track.
Despite its post-metal credentials, ‘Mon Rêve Animal’ quickly reveals its hypnotic nature. Mourir take their time here, allowing their melodies to breathe and building a haunting atmosphere that lingers in the listener’s mind. With “Je est Absent”, the band delivers one of the album’s standout tracks. The guitars take on brighter tones, though of a cold, almost icy light. The vocals, meanwhile, retain all their profound intensity whilst the melodies take centre stage, even when the drums go completely wild. Halfway through, the track shifts into a completely different dimension: slow, heavy, almost doom-like, yet still deeply melodic. At times, it brings to mind the melancholic delicacy of Messa, before a fresh sonic explosion sweeps everything away. The conclusion, driven by a sound reminiscent of a shovel scraping earth and gravel, further heightens the strangeness of the journey.
The title track, ‘Nous, le Venin’, is the highlight of the album. Around the five-minute mark, an absolutely splendid riff emerges, the sort that sticks in your memory instantly. Mourir are clever enough to let it play out at length, repeating it until it becomes a veritable obsession. It is undoubtedly here that the balance between black metal and post-metal is most successfully achieved. The finale, carried by layered vocals reminiscent of almost liturgical choral singing, provides a conclusion that is as grandiose as it is moving.
With Nous, Le Venin, Mourir deliver a powerful work that confirms their growing importance within the French black metal scene. Neither entirely black metal nor strictly post-metal, the band forges a unique identity where themes at times reminiscent of DSBM sit alongside a more nuanced approach, less desperate than genuinely introspective. Driven by inspired songwriting and compositions that skilfully alternate between violence, contemplation and crushing heaviness, the album is surprisingly easy to listen to despite its richness. And having had the chance to hear some of these tracks performed live a few days ago at Rock In Bourlon, it’s hard to conclude with anything other than a sincere and well-deserved: well done on this work!
A lire aussi / Also to be read :
