#Album : Getdown Services – Massive Champion (14/08/2026)

Ce 14 août, les Anglais de Getdown Services reviennent avec Massive Champion, un nouvel album rempli de nostalgie, de références à l’enfance britannique et surtout de ces observations du quotidien transformées en poésie délicieusement absurde dont eux seuls ont le secret. A peine un an après Primordial Slot Machine, les anglais continuent de nous surprendre et nous faire danser sur de la disco dépressive. 

par Marye Davenne

English version below


Si Getdown Services n’ont officiellement vu le jour qu’en 2020, le duo n’a pas mis longtemps à passer des salles miteuses jouées devant deux personnes à des concerts affichant complet un peu partout en Europe. Un bouche-à-oreille redoutablement efficace, le soutien des playlists de plateformes de streaming où nous les avons découverts, mais surtout des prestations scéniques totalement déjantées ont rapidement propulsé Josh Law et Ben Sadler dans une catégorie à part. Du côté de Sounding Shivers, le compteur affiche déjà trois concerts, autant de chroniques et plusieurs interviews où leur nom revient inévitablement dans la conversation. En bref, vous l’aurez compris : nous sommes complètement tombés sous le charme de leur univers, et nous ferons tout pour vous convaincre d’y plonger les yeux fermés.

Proto-punk absurde, disco dansante, post-punk nonchalant, électro bricolée ou pop déviante : difficile de coller une étiquette à la musique du duo. Une chose est néanmoins certaine, leur créativité semble sans limite. Que ce soit à travers des paroles qui paraissent absurdes au premier abord mais qui cachent souvent des vérités universelles, ou dans la manière dont ils assemblent des influences improbables, Getdown Services ne ressemblent à personne. Mais alors, de quoi parle ce nouvel album ?

L’album s’ouvre avec « Poor Bannister » sur des sonorités folk-country accompagnant un voyage en bus. C’est drôle, simple et immédiatement attachant, comme une comptine pour adultes qui nous invite à décrocher quelques minutes du réel pour nous laisser porter par le récit. Mais les amplis s’allument et l’énergie monte d’un cran avec « I can’t die like that ». Derrière son apparente légèreté musicale, le morceau évoque pourtant le suicide avec l’humour noir caractéristique du duo. Ce contraste constant entre le fond et la forme est déjà une des grandes forces de l’album. « Probiotic » fait s’emballer la guitare et le groupe plonge franchement dans le post-punk. Les riffs mordent, les solos surgissent de partout tandis que la batterie électronique frappe sans retenue. Un des morceaux les plus directs et les plus rock du disque. « Cha Cha Slide », c’est le single de l’album. Musicalement, on retrouve quelque chose qui rappelle davantage les premiers EP du duo : une base disco irrésistiblement dansante portée par leur nonchalance habituelle. Derrière le groove se cache pourtant une vraie mélancolie, une vraie tristesse, sur la difficulté à créer des liens avec les autres.

Alors oui, avec Getdown Services, on ne sait jamais à quoi s’attendre. « The Radiator » démarre sur des sonorités pop qui évoquent par moments les premiers Metronomy avant de bifurquer vers quelque chose de beaucoup plus délirant. La rythmique électronique finit par prendre le contrôle pour un résultat particulièrement addictif. Quant aux paroles, elles évoquent notamment l’idée de se fracasser le visage contre un radiateur. Une métaphore de l’évasion face à la réalité ? Peut-être. Avec eux, le doute fait partie du plaisir. On voit tout de même une ligne directrice se dessiner dans les paroles. Tristesse, mort, nous voici avec « The Definitive Map » face à un semblant de harcèlement. La basse mène la danse sur ce titre accrocheur qui évoque un personnage prétendant posséder une ruelle entière pour imposer ses propres règles. Une situation qui rappelle immédiatement les tyrannies de cour de récréation qui nous marquent toute notre vie.

Mais derrière tous ces côtés assez dur, il y a le quotidien. L’album ralentit momentanément le rythme avec « A Crazy Story », plus calme construit autour d’un appel téléphonique à propos d’une carte d’anniversaire. Une banalité du quotidien transformée en petite scène surréaliste. Avant de partir vers « What’s On Your Mind? », une véritable chanson d’amour, douce et aérienne. Le morceau flotte avec élégance et procure cette sensation délicieuse d’être assis sur un nuage pendant quelques minutes. Mais ce répit ne sera que de courte durée, puisque vient « Stop Living » où les sonorités funky et les textures cristallines donnent au titre une atmosphère étonnamment positive alors que les paroles abordent le fait d’arrêter de vivre. Une fois encore, le décalage entre musique lumineuse et thématique sombre fait mouche. C’est drôle mais surtout troublant.

Les thèmes sont lourds et après un enregistrement issu de l’enfance, « No One Likes Me » aborde la tristesse que l’on ne soupçonne jamais chez celui ou celle que tout le monde considère comme le clown de la famille. Les synthétiseurs aux accents très années 90 renforcent encore cette sensation de nostalgie, pour virer dans la pop-disco particulièrement entraînante de « Check The Definition ». Impossible de ne pas bouger la tête au passage puis c’est un retour en enfance avec un morceau qui part dans toutes les directions possibles. On y parle de poux, de médicaments et d’autres petits tracas du quotidien avec la spontanéité désarmante d’un enfant racontant ses soucis de santé avec le même sérieux que son dernier déjeuner. Ridicule, absurde et parfaitement réussi. Enfin, le disque se conclut sur une réflexion douce-amère sur le temps qui passe avec « 600 Dance Lessons ». On vieillit, les mariages d’amis se multiplient et, malgré tous les cours de danse du monde, on continue de ne jamais vraiment savoir danser correctement. Une métaphore simple mais efficace sur cette étrange impression de continuer à improviser sa vie même à l’âge adulte.

Une fois encore, Getdown Services restent fidèle à eux-même. Le duo nous livre une collection de chansons aussi absurdes qu’attachantes, remplies de références très britanniques qui nous font parfois regretter de ne pas avoir grandi de l’autre côté de la Manche. Pourtant, derrière cette couche culturelle spécifique, l’album touche à quelque chose de profondément universel. Les peurs de l’enfance, la gêne sociale, les souvenirs embarrassants, le passage à l’âge adulte ou encore ce sentiment permanent de ne jamais vraiment savoir ce que l’on fait : autant de thèmes que nous partageons tous. Avec Massive Champion, Josh Law et Ben Sadler démontrent une nouvelle fois qu’ils sont capables de transformer les situations les plus banales en petites œuvres d’art absurdes, drôles et étonnamment touchantes. Un disque qui se vit autant qu’il s’écoute, et qui confirme que Getdown Services demeurent l’un des groupes les plus singuliers et attachants de la scène britannique actuelle, un coup de coeur qu’on ne cesse de vous recommander. 

Tracklist :

  1. Poor Bannister
  2. I can’t die like that
  3. Probiotic
  4. Cha Cha Slide
  5. The Radiator
  6. The Definitive Map
  7. A Crazy Story
  8. What’s On Your Mind?
  9. Stop Living
  10. No One Likes Me
  11. Check The Definition
  12. Lentils
  13. 600 Dance Lessons

On August 14th, the British band Getdown Services are back with Massive Champion, a new album brimming with nostalgia, references to British childhood and, above all, those observations of everyday life transformed into delightfully absurd poetry – a talent unique to them. Barely a year on from Primordial Slot Machine, the band continue to surprise us and get us dancing to their ‘depressive disco’.

by Marye Davenne

Although Getdown Services only officially formed in 2020, it didn’t take the duo long to go from playing in dingy venues in front of just two people to headlining sold-out gigs all over Europe. Incredibly effective word of mouth, support from streaming platform playlists, where we first discovered them, but above all their utterly wild live performances have quickly propelled Josh Law and Ben Sadler into a league of their own. Here at Sounding Shivers, they’ve already clocked up three gigs, just as many reviews and several interviews where their name inevitably comes up in conversation. In short, as you’ll have gathered: we’ve completely fallen under the spell of their world, and we’ll do everything we can to convince you to dive right in without a second thought.

Absurd proto-punk, danceable disco, laid-back post-punk, DIY electro or offbeat pop: it’s hard to pin a label on the duo’s music. One thing is certain, however: their creativity seems boundless. Whether through lyrics that seem absurd at first glance but often conceal universal truths, or in the way they blend unlikely influences, Getdown Services are unlike anyone else. So, what is this new album about?

The album opens with “Poor Bannister”, set to folk-country sounds that accompany a bus journey. It’s funny, simple and instantly endearing, like a nursery rhyme for adults that invites us to switch off from reality for a few minutes and let ourselves be carried away by the story. But then the amps kick in and the energy rises a notch with “I Can’t Die Like That”. Behind its apparent musical lightness, however, the track tackles the subject of suicide with the duo’s characteristic black humour. This constant contrast between form and content is already one of the album’s great strengths. “Probiotic” lets the guitar run wild as the band dives headfirst into post-punk. The riffs bite, solos burst forth from all directions whilst the electronic drums pound relentlessly. One of the most direct and rock-oriented tracks on the record. “Cha Cha Slide” is the album’s single. Musically, it’s more reminiscent of the duo’s early EPs: an irresistibly danceable disco beat carried by their usual nonchalance. Behind the groove, however, lies a genuine melancholy, a real sadness, about the difficulty of forming bonds with others.

So yes, with Getdown Services, you never know what to expect. “The Radiator” kicks off with pop sounds that at times bring to mind early Metronomy, before veering off into something far more wild. The electronic rhythm eventually takes over, creating a particularly addictive track. As for the lyrics, they refer in particular to the idea of smashing one’s face against a radiator. A metaphor for escapism in the face of reality? Perhaps. With them, the uncertainty is part of the fun. Nevertheless, a common thread begins to emerge in the lyrics. Sadness, death, on “The Definitive Map”, we’re confronted with a form of harassment. The bass takes the lead on this catchy track, which depicts a character claiming to own an entire alleyway in order to impose his own rules. A situation that immediately brings to mind the playground tyrannies that leave a lasting mark on us throughout our lives.

But behind all these rather harsh elements lies everyday life. The album momentarily slows the pace with “A Crazy Story”, a calmer track built around a phone call about a birthday card. An everyday triviality transformed into a little surrealist scene. Before moving on to “What’s On Your Mind?”, a true love song, gentle and ethereal. The track floats elegantly and gives you that delightful sensation of sitting on a cloud for a few minutes. But this respite is short-lived, as ‘Stop Living’ follows, where funky sounds and crystalline textures lend the track a surprisingly positive atmosphere, whilst the lyrics tackle the idea of stopping living. Once again, the contrast between the bright music and the dark theme hits the mark. It’s funny, but above all unsettling.

The themes are heavy, and following a track from his childhood, “No One Likes Me” explores the sadness one would never suspect in the person everyone sees as the family clown. The synths, with their distinctly 90s feel, further heighten this sense of nostalgia, before shifting into the particularly catchy pop-disco of “Check The Definition”. It’s impossible not to nod your head along to this one, and then it’s a trip back to childhood with a track that goes off in every possible direction. It talks about head lice, medicines and other little everyday worries with the disarming spontaneity of a child recounting their health concerns with the same seriousness as their last lunch. Ridiculous, absurd and perfectly executed. Finally, the album concludes with a bittersweet reflection on the passing of time in “600 Dance Lessons”. We’re getting older, our friends are getting married left, right and centre, and, despite all the dance lessons in the world, we still never really know how to dance properly. A simple yet effective metaphor for that strange feeling of continuing to improvise our lives even as adults.

Once again, Getdown Services remain true to form. The duo deliver a collection of songs that are as absurd as they are endearing, packed with distinctly British references that sometimes make us wish we’d grown up on the other side of the Channel. Yet, beneath this specific cultural layer, the album touches on something deeply universal. Childhood fears, social awkwardness, embarrassing memories, the transition to adulthood, or even that constant feeling of never really knowing what you’re doing: these are all themes we share. With Massive Champion, Josh Law and Ben Sadler demonstrate once again that they’re capable of transforming the most mundane situations into little works of art that are absurd, funny and surprisingly touching. An album that’s as much an experience to be lived as it is to be listened to, and one that confirms that Getdown Services remain one of the most unique and endearing bands on the current British scene – a favourite we can’t stop recommending.

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