Figure incontournable de la scène post-hardcore française, LUGOSi signent leur retour le 18 septembre avec The Scars, un deuxième album à la fois plus ambitieux et plus riche sur le plan musical que son prédécesseur. À travers ces nouveaux morceaux, le groupe explore des thématiques fortes comme le traumatisme, l’espoir et la brutalité, dressant un miroir saisissant de notre société et du contexte politique actuel. Mais au-delà de cette lecture collective, The Scars touche également à l’intime et résonnera sans doute auprès de nombreux auditeurs à travers ses réflexions profondément humaines.
par Marye Davenne
English version below
À travers neuf morceaux intenses, The Scars parle autant de politique que d’intime. Il est question de mémoire, de santé mentale, d’épuisement, de deuil, d’amour et de résistance. Un disque qui refuse le fatalisme malgré le constat souvent sombre qu’il dresse de notre époque. Dès l’ouverture, « Matches » frappe en plein visage. Les hurlements surgissent instantanément et rappellent immédiatement les meilleurs moments de Birds In Row. Derrière sa violence sonore, le morceau traduit ce besoin viscéral de conserver une étincelle d’espoir dans un monde où toutes les lumières semblent progressivement s’éteindre. L’intensité émotionnelle ne retombe pas avec « Kate Whispers », probablement l’un des titres les plus bouleversants de l’album. Véritable cri contre le désespoir, la chanson aborde les séparations, les blessures et ces relations qui survivent malgré l’impossibilité de rester ensemble. La répétition lancinante de « I’ll wait for you somewhere » agit comme un coup au ventre. Entre chanson d’amour et hommage aux morceaux qui nous sauvent durant les périodes les plus sombres de notre existence, « Kate Whispers » rappelle avec une justesse désarmante pourquoi cette musique nous touche autant.
Avec « The Fire », LUGOSi s’attaque frontalement à l’impuissance ressentie face à un monde qui semble se consumer sous nos yeux. Le groupe convoque plusieurs figures de la résistance et de l’engagement politique, notamment Bobby Sands et Victor Jara. La citation de Bobby Sands lors de la grêve de la faim pour les conditions de détention des prisonniers politiques, « Our revenge will be the laughter of our children », apporte une forme d’espoir au milieu des ruines, tandis que l’évocation de Victor Jara qui demandait le droit de vivre en paix, dans sa chanson “El derecho de vivir en paz” avant d’être assassiné par les forces militaires soutenues par la CIA qui ont renversé Salvador Allende, le premier président socialiste élu démocratiquement du Chili, rappelle que la lutte pour la justice sociale traverse les générations. Musicalement, le morceau est l’un des plus abrasifs du disque, flirtant avec des sonorités noise particulièrement oppressantes et c’est une surprise de taille qui nous attends sur le final. En effet, Patrick Shiroishi du groupe The Armed vient sublimer une colère lucide face à la montée des extrémismes et à la brutalisation du débat public avec son saxophone. Une composition puissante qui rappelle l’importance de continuer à résister, à militer et à ne jamais baisser les bras, surtout à la veille d’une élection présidentielle.
Plus introspectif, « Another Downer » plonge dans les méandres de la santé mentale. Le morceau avance progressivement vers une forme de catharsis, porté par un chant habité qui semble constamment osciller entre rupture et survie. Cette lutte intérieure trouve un écho particulièrement fort dans « I Must Be Fine ». D’abord spoken word, le titre met en scène toutes ces douleurs que l’on dissimule derrière un sourire de façade. Puis la tension explose. Les cris apparaissent comme une tentative désespérée de conserver la tête haute quand tout s’effondre à l’intérieur. Les nombreux breaks et changements de dynamique traduisent parfaitement ces montagnes russes émotionnelles qui caractérisent les combats psychologiques invisibles. Parmi les moments les plus marquants de l’album figure également « A Taste for Chaos ». Son propos est brutal, presque impossible à ignorer : comment les violences extérieures peuvent-elles encore atteindre quelqu’un qui s’inflige déjà ses propres blessures ? Lorsque le morceau suggère que les paroles de certaines chansons ressemblent à des lettres de suicide, l’impact est immense. Difficile de rester insensible face à une telle honnêteté.
Avec « Ghosts of Christmas Past », le groupe aborde l’acceptation de la mortalité. Doté d’une âme profondément screamo, le morceau touche en plein cœur grâce à une interprétation bouleversante et une conclusion guitare particulièrement inspirée qui laisse une empreinte durable. L’urgence revient avec « and Nothing Hurt », véritable décharge d’énergie nourrie autant par le punk que par le post-punk. Derrière son rythme effréné se cache une réflexion sur l’épuisement, le vide et l’absurdité d’un quotidien qui finit par broyer les individus. Enfin, « Everything Ends » referme l’album avec une intensité remarquable. Le morceau rassemble tous les thèmes développés précédemment : l’impuissance, la mélancolie, la colère et malgré tout une fragile forme d’espoir. Son crescendo émotionnel est soutenu par l’arrivée de cuivres majestueux (trompette, saxophone ténor, trombone et cor d’harmonie) qui amplifient encore la portée dramatique du morceau. Mais c’est surtout sa réflexion sur la place de l’art qui me touche profondément. Lorsque les mots manquent, lorsque l’on se sent incapable d’agir ou simplement incompris, il ne reste parfois que les œuvres qui nous accompagnent et donnent du sens à nos existences. LUGOSi clôt alors The Scars sur une note douce, intime, presque réconfortante.
Avec The Scars, LUGOSi réalisent bien plus qu’un excellent album de post-hardcore. Le quintet livre une œuvre nécessaire et profondément sincère, qui capture à la fois les fractures de notre époque et les blessures individuelles que nous portons tous plus ou moins en silence. On doit vous avouer être subjugué par la force des paroles, notamment sur celle lié à la santé mentale. On pense notamment à l’album Le Sang Des Pierres de Gros Enfant Mort qui avait fait un travail remarquable là dessus il y a quelques semaines. Il semblerait que LUGOSi apportent leur pierres immenses à l’édifice. Merci pour nos petits coeurs déchirés qui n’attendent qu’à être soigné par la musique.

Tracklist :
- Matches
- Kate Whispers
- The Fire (feat. Patrick Shiroishi)
- Another Downer
- I Must Be Fine
- A Taste for Chaos
- Ghosts of Christmas Past
- and Nothing Hurt
- Everything Ends
A key figure on the French post-hardcore scene, LUGOSi are making their comeback on 18 September with The Scars, a second album that is both more ambitious and musically richer than its predecessor. Through these new tracks, the band explores powerful themes such as trauma, hope and brutality, holding up a striking mirror to our society and the current political climate. But beyond this collective interpretation, The Scars also touches on deeply personal themes and will no doubt resonate with many listeners through its profoundly human reflections.
Through nine intense tracks, The Scars deals as much with politics as it does with the personal. It explores memory, mental health, exhaustion, grief, love and resistance. It is an album that rejects fatalism, despite the often bleak picture it paints of our times. Right from the opening track, “Matches” hits you right in the face. The screams burst forth instantly, immediately bringing to mind the finest moments of Birds In Row. Behind its sonic violence, the track conveys that visceral need to hold on to a spark of hope in a world where all the lights seem to be gradually going out. The emotional intensity doesn’t let up with “Kate Whispers”, arguably one of the album’s most moving tracks. A true cry against despair, the song tackles break-ups, heartbreak and those relationships that endure despite the impossibility of staying together. The haunting repetition of “I’ll wait for you somewhere” hits you like a punch in the gut. Part love song, part tribute to the tracks that save us during the darkest periods of our lives, “Kate Whispers” reminds us with disarming accuracy why this music moves us so deeply.
With “The Fire”, LUGOSi tackles head-on the sense of powerlessness felt in the face of a world that seems to be burning up before our very eyes. The band draws on several figures from the resistance and political activism, notably Bobby Sands and Victor Jara. The quote from Bobby Sands during his hunger strike over the conditions of detention for political prisoners, “Our revenge will be the laughter of our children”, offers a glimmer of hope amidst the ruins, whilst the reference to Victor Jara, who called for the right to live in peace in his song “El derecho de vivir en paz” before being murdered by CIA-backed military forces who overthrew Salvador Allende, Chile’s first democratically elected socialist president, serves as a reminder that the struggle for social justice spans generations. Musically, the track is one of the most abrasive on the album, flirting with particularly oppressive noise-rock sounds, and a major surprise awaits us in the finale. Indeed, Patrick Shiroishi of the band The Armed uses his saxophone to give voice to a lucid anger in the face of rising extremism and the brutalisation of public debate. It is a powerful composition that reminds us of the importance of continuing to resist, to campaign and never to give up, especially on the eve of a presidential election.
More introspective, “Another Downer” delves into the complexities of mental health. The track gradually builds towards a form of catharsis, driven by soul-stirring vocals that seem to oscillate constantly between breakdown and survival. This inner struggle finds a particularly powerful echo in “I Must Be Fine”. Beginning as spoken word, the track brings to light all the pain we hide behind a façade of a smile. Then the tension explodes. The screams come across as a desperate attempt to keep one’s head held high whilst everything is crumbling inside. The numerous breaks and shifts in dynamics perfectly capture the emotional rollercoaster that characterises these invisible psychological battles. Among the album’s most striking moments is also “A Taste for Chaos”. Its message is brutal, almost impossible to ignore: how can external violence still affect someone who is already inflicting their own wounds? When the track suggests that the lyrics of certain songs resemble suicide notes, the impact is immense. It’s hard to remain unmoved by such honesty.
With “Ghosts of Christmas Past”, the band tackles the theme of coming to terms with mortality. With its deeply screamo-inspired soul, the track strikes a chord thanks to a deeply moving performance and a particularly inspired guitar finale that leaves a lasting impression. The sense of urgency returns with “and Nothing Hurt”, a veritable burst of energy fuelled as much by punk as by post-punk. Behind its frenetic rhythm lies a reflection on exhaustion, emptiness and the absurdity of a daily life that ultimately grinds people down. Finally, “Everything Ends” brings the album to a close with remarkable intensity. The track brings together all the themes explored previously: powerlessness, melancholy, anger and, despite everything, a fragile glimmer of hope. Its emotional crescendo is underpinned by the arrival of majestic brass (trumpet, tenor saxophone, trombone and French horn), which further amplify the track’s dramatic impact. But it is above all its reflection on the role of art that moves me deeply. When words fail us, when we feel incapable of acting or simply misunderstood, sometimes all that remains are the works of art that accompany us and give meaning to our lives. LUGOSi thus brings The Scars to a close on a gentle, intimate, almost comforting note.
With The Scars, LUGOSi have produced far more than just an excellent post-hardcore album. The quintet deliver a vital and deeply sincere work, which captures both the fractures of our times and the individual wounds that we all carry, more or less in silence. We must admit that we are captivated by the power of the lyrics, particularly those relating to mental health. We’re particularly reminded of Gros Enfant Mort’s album Le Sang Des Pierres, which did a remarkable job on this subject a few weeks ago. It seems that LUGOSi are making their own immense contribution to the cause. Thank you for our little broken hearts, which are just waiting to be healed by music.