Deux ans après un précédent album absolument monumental, les Suisses de Coilguns reviennent ce 6 novembre avec Everything We Love, We Destroy, toujours chez Humus Records. Un album qui regarde le monde droit dans les yeux, sans détourner le regard des catastrophes qu’il produit, avec tout de même un peu d’espoir. Entre urgence punk, noise désarticulée, post hardcore ravageur et mélodies plus lumineuses qu’à l’accoutumée, le quatuor continue de faire évoluer sa formule sans perdre de leur identité.
par Marye Davenne
English version below
Depuis leurs débuts, Coilguns ont toujours su transformer le chaos en quelque chose de profondément vivant. Si vous les avez déjà vu en live, c’est d’autant plus vrai ! Là où certains groupes de post hardcore misent tout sur la violence ou la technicité, les Suisses excellent dans l’art de créer du mouvement. On le ressent dès le morceau éponyme de ce nouvel opus, « Everything We Love, We Destroy », qui ouvre l’album dans un déluge de guitares dissonantes et de saturation avant d’être repris par une batterie martiale qui donne au titre un sentiment d’urgence immédiat. Même lorsqu’un piano inattendu vient s’inviter au milieu du tumulte, il ne sert pas de respiration mais vient plutôt accentuer un sentiment de fatalité presque ironique. Cette urgence ne quittera jamais véritablement l’album. « Peace Trader » évoque par moments Birds In Row dans sa façon d’opposer des cris collectifs à des mélodies étonnamment lumineuses. « Punisher Disclaimer », sans doute le morceau le plus proche du Coilguns d’hier, fonce tête baissée dans un punk abrasif où la batterie mène la danse tandis que ces guitares immédiatement reconnaissables viennent lacérer l’ensemble. Plus loin, « Carbon Magic » impressionne par sa capacité à passer d’un refrain scandé et fédérateur à quelque chose de plus lourd et pesant, sans jamais perdre l’auditeur en route. Un choix de single qui apparaît comme une évidence tant le morceau concentre tout ce que le groupe sait faire aujourd’hui.
Mais ce qui frappe le plus sur Everything We Love, We Destroy, c’est probablement son travail sur les dynamiques. L’arrivée de Kevin dans l’écriture semble avoir profondément transformé les équilibres internes du groupe. La basse occupe désormais une place centrale et devient même le moteur de certains titres. « Replication Crisis » en est l’exemple le plus frappant. Derrière son introduction dépouillée et son explosion quasi immédiate, le morceau repose sur une ligne de basse omniprésente qui porte l’un des refrains les plus accrocheurs jamais écrits par Coilguns. Même constat sur « Teach Ourselves », où elle domine largement le mix, guidant l’auditeur à travers un morceau qui change constamment de forme sans jamais perdre sa cohérence. Cette évolution permet également au groupe d’explorer des terrains plus fragiles. « Platform Decay » surprend par son atmosphère plus calme et l’utilisation discrète de synthétiseurs, tandis que « Forever Chemicals » s’ouvre presque à voix basse, accompagné d’un simple clavier, comme si la colère avait momentanément laissé place au constat. Quant à « Days Before The War », porté par la seule voix de Louis Jucker et une guitare acoustique, il constitue probablement le moment le plus bouleversant du disque. Impossible de ne pas penser aux expériences menées par le chanteur sur A Pharmacy of Songs. Sans appartenir à ce projet, ce morceau en partage la simplicité désarmante et la capacité à toucher juste avec très peu d’éléments.
Car malgré tous les sujets brûlants qu’il aborde, des guerres aux crises environnementales en passant par les dérives du numérique, Everything We Love, We Destroy n’est jamais un album de slogans. Derrière la rage permanente se cachent surtout de la tendresse, de l’inquiétude et beaucoup d’empathie. Coilguns semblent moins intéressé par le fait de désigner des coupables que par celui de comprendre comment continuer à vivre au milieu des ruines. Le très étrange « Perfect Fit Content », qui clôture l’album, résume parfaitement cette philosophie. Morceau improbable, presque difforme dans sa construction, il refuse délibérément toute logique de consommation rapide. Pourtant, ce qui aurait pu apparaître comme un assemblage de pièces disparates trouve progressivement son sens jusqu’à devenir une conclusion particulièrement émouvante.
Avec Everything We Love, We Destroy, Coilguns réussissent le pari toujours risqué de l’après Odd Love. Plutôt que de reproduire une formule qui fonctionnait déjà à merveille, le groupe élargit son spectre, accorde davantage de place aux mélodies, aux textures et aux émotions, tout en conservant cette capacité unique à nous prendre à la gorge. Un album qui parle d’un monde qui s’abîme, mais qui continue malgré tout à chercher des raisons d’espérer.

Tracklist :
- Everything We Love, We Destroy
- Peace Trader
- Replication Crisis
- Platform Decay
- Punisher Disclaimer
- Days Before The War
- Teach Ourselves
- Carbon Magic
- Forever Chemicals
- Perfect Fit Content
Two years on from their previous, truly monumental album, Swiss band Coilguns are back on November 6th with Everything We Love, We Destroy, once again on Humus Records. It’s an album that looks the world straight in the eye, without turning away from the disasters it brings about, whilst still offering a glimmer of hope. Blending punk urgency, disjointed noise, devastating post-hardcore and melodies that are brighter than usual, the quartet continues to evolve their sound without losing their identity.
Ever since their early days, Coilguns have always managed to transform chaos into something deeply alive. If you’ve ever seen them live, this is all the more true! Whilst some post-hardcore bands rely entirely on violence or technical prowess, the Swiss band excel in the art of creating movement. You can feel it right from the title track of this new album, ‘Everything We Love, We Destroy’, which opens with a deluge of dissonant guitars and distortion before giving way to martial drumming that lends the track an immediate sense of urgency. Even when an unexpected piano makes an appearance amidst the turmoil, it doesn’t serve as a breather but rather accentuates a sense of almost ironic inevitability. This sense of urgency never truly leaves the album. ‘Peace Trader’ is at times reminiscent of Birds In Row in the way it contrasts collective shouts with surprisingly luminous melodies. ‘Punisher Disclaimer’, arguably the track closest to the Coilguns of yesteryear, plunges headlong into abrasive punk where the drums call the shots whilst those instantly recognisable guitars tear through the mix. Further on, ‘Carbon Magic’ impresses with its ability to shift from a chanted, unifying chorus to something heavier and more oppressive, without ever losing the listener along the way. It’s an obvious choice for a single, as the track encapsulates everything the band is capable of today.
But what is perhaps most striking about Everything We Love, We Destroy is its handling of dynamics. Kevin’s arrival as a songwriter seems to have profoundly transformed the band’s internal balance. The bass now takes centre stage and even becomes the driving force behind certain tracks. ‘Replication Crisis’ is the most striking example of this. Behind its stripped-back introduction and almost immediate explosion, the track rests on an ever-present bassline that carries one of the catchiest choruses ever written by Coilguns. The same is true of ‘Teach Ourselves’, where the bassline largely dominates the mix, guiding the listener through a track that constantly shifts shape without ever losing its coherence. This evolution also allows the band to explore more delicate territory. ‘Platform Decay’ surprises with its calmer atmosphere and the subtle use of synthesisers, whilst ‘Forever Chemicals’ opens almost in a whisper, accompanied by a simple keyboard, as if anger had momentarily given way to acceptance. As for ‘Days Before The War’, carried solely by Louis Jucker’s voice and an acoustic guitar, it is arguably the most moving moment on the album. It is impossible not to think of the experiments the singer undertook on A Pharmacy of Songs. Whilst not part of that project, this track shares its disarming simplicity and its ability to strike just the right chord with very few elements.
For despite all the burning issues it tackles, from wars to environmental crises and the excesses of the digital age, Everything We Love, We Destroy is never an album of slogans. Behind the constant rage lie, above all, tenderness, concern and a great deal of empathy. Coilguns seem less interested in pointing the finger than in understanding how to carry on living amidst the ruins. The highly unusual ‘Perfect Fit Content’, which brings the album to a close, perfectly encapsulates this philosophy. An unlikely track, almost misshapen in its structure, it deliberately defies any logic of fast-paced consumption. Yet what might have seemed like a jumble of disparate pieces gradually takes on meaning, eventually becoming a particularly moving conclusion.
With Everything We Love, We Destroy, Coilguns have successfully navigated the ever-risky challenge of moving on from Odd Love. Rather than replicating a formula that already worked a treat, the band broadens its scope, giving more space to melodies, textures and emotions, whilst retaining that unique ability to grab you by the throat. An album that speaks of a world falling apart, yet one that continues, despite everything, to seek reasons for hope.
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